Une banale histoire – Anton Tchekhov

Note : 3/5

« Il existe en Russie un professeur émérite du nom de Nicolai Stépanovitch, conseiller secret et chevalier des ordres de l’empire ; il a tant de décorations, russes ou étrangères, que, lorsqu’il les met, les étudiants l’appellent l’iconoclaste. Ses relations sont des plus aristocratiques ; à tout le moins, il n’y a pas eu en Russie, depuis vingt-cinq à trente ans, de savant illustre qu’il n’ait intimement connu. Aujourd’hui il n’a personne avec qui se lier, mais si l’on veut parler du passé la longue liste de ses amis s’achève sur des noms comme ceux de Pirogov, de… »

Cette nouvelle, sous titrée « Fragments du journal d’un vieil homme » raconte l’histoire d’un vieux savant, professeur de médecine reconnu et respecté, atteint d’une maladie incurable et qui se voit peu à peu dépérir (et qui semble aimer ça ? le vouloir ? rien ne nous dit qu’il est réellement malade). Le personnage, peu sympathique, nous révèle un caractère plutôt râleur, aigri et critique sur ceux qui l’entourent que ce soit ses collègues, ses élèves ou même sa famille. Sa femme, qui n’aime sans doute plus depuis longtemps (s’il l’a jamais aimée), vient lui rendre visite tous les matins et parle toujours des mêmes choses. Sa fille souhaite épouser un homme qu’il déteste et pire, méprise. Il y a Katia, aussi, une jeune femme qu’il a recueilli quand elle était enfant, à la mort de son père qui était un de ses amis les plus proches. Longtemps complices, ils se sont éloignées et la relation qu’ils entretiennent reste à présent distante, mais tellement plus profonde qu’avec sa propre fille…Il se réfugie souvent chez elle.

Au fil de la lecture on comprend que cet homme, lassé et désenchantée, observe sa vie plus qu’il ne la vit. Il conserve en toutes circonstances un recul qui lui permet de juger en permanence. Son discours frappe par sa lucidité : loin de se voiler la face, Stépanovitch affronte le quotidien de plein fouet. Mais Une banale histoire raconte aussi la vie de personnes en manque d’amour et de reconnaissance. Stépanovitch est un homme qui appartient au passé. Il le sait, il le sent, il va bientôt mourir et il devrait passer la main, laisser la place à des professeurs plus modernes. Il est dépassé, même au sein de sa famille…le bonheur et la sérénité semble, dès lors, être des choses impossibles à obtenir.

Une banale histoire reste une nouvelle très sombre, tout semble vain, faux, sans intérêt, fade. Ce n’est pas le genre de littérature qui donne le sourire mais pourtant, cette lecture m’a plu, à moi qui n’avait jamais rien lu de Tchekhov. J’ai trouvé le style de cette nouvelle très agréable à lire, sans fioritures, allant droit au but. Sobre. J’ai aimé ce portrait d’homme sur le déclin et toute la cruauté qui en découle.  Malgré son coté antipathique, j’ai finalement réussi à le trouver touchant et à être de son côté plutôt que de celui des autres. J’ai aimé le personnage de Katia, ancienne actrice de théâtre ayant plus ou moins raté sa vie, beaucoup plus intéressant que la fille du docteur par exemple.

This entry was posted in A lire.

Laisser un commentaire

CommentLuv badge