Noir de lune

Note : 3.5/5

L’héroïne de Noir de Lune ne va pas et ne veut d’ailleurs pas nous le cacher : dès le début du roman le lecteur apprend qu’elle vient de tuer sa mère. Ce jour-là,Helen Knightly ( une femme d’une quarantaine d’années) était comme souvent chez sa vieille mère acariâtre et à moitié impotente. Depuis des années, elle s’en occupe et arrive à saturation. Par réflexe, alors qu’elle était en train d’essayer de la laver, elle a l’a étouffé. Ce geste si monstrueux et cruel (car sa mère n’était pas en état de se défendre, c’était un combat inégal) paraît finalement presque normal tant cette femme était impossible à vivre, méchante, tout bonnement : mé-chan-te depuis la nuit des temps. Au moment où elle rend compte qu’elle a connu un acte immonde et évidemment répréhensible, Helen commence à se poser de grosses questions sur son avenir : que faire du corps ? faut-il se rendre ? se tuer ? quitter la ville ?

Le meurtre de la mère débute un roman très dense dont l’intrigue ne s’étend pourtant sur vingt-quatre heures. Une journée de questionnements, d’errance, de souvenirs, de mises au point. Helen se trouve, comme toujours, coincée entre l’amour et la haine qu’elle éprouve pour la femme qui l’a mise au monde. Alice Sebold évoque, tout comme elle le faisait dans La nostalgie de l’ange, une violence qui opère dans le quotidien le plus banal, le plus insignifiant et elle fait encore une fois mouche. Le lecteur est sans cesse bousculé, les descriptions sont crues et intenses, nous laissant un peu mal à l’aise. L’auteur ne tourne jamais autour du pot. Pas de bons sentiments bien politiquement corrects, on se retrouve au cœur de l’esprit humain avec toutes ses divagations, tous ses paradoxes et toute sa cruauté. Quoiqu’il en soit, et malgré les apparences, on comprendra vite qu’à ce niveau, Helen est loin d’être la championne. L’intimité des familles, le regard des autres, la vie en communauté, les rapports de force dans le ménage, la tristesse et les regrets d’une vie, la relation mère/fille sont autant de thèmes qui seront abordés de manière très fine, très psychologique, nous faisant naviguer sans cesse entre présent et passé, passé et présent.

Au départ, il est assez dur d’être en empathie avec le personnage principal. On peut comprendre le meurtre mais du coup c’est un peu comme si on se méfiait d’Helen. Cette femme vient de tuer sa mère ! Quel genre de femme est-ce donc ? Pourtant, au fur et à mesure des pages, on rentre dans sa conscience et surtout, dans son histoire et l’on se rend compte qu’elle est loin d’être une femme inhumaine. Certains trouveront que les réactions du personnage et ses changements d’attitude sont incompréhensibles mais de mon côté j’ai aimé sa fragilité et surtout, sa complexité.

Noir de lune raconte l’histoire d’une femme, une femme comme les autres, qui va déraper. C’est un roman très efficace qui a le culot d’être long mais de se concentrer sur un laps de temps très court, c’est un concept qui me plait et qui permet de ne pas perdre en intensité, je pense.

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