No et moi – Delphine de Vigan

Date de sortie : 22/08/2007

Adaptation au ciné sortie le 17/11/2010

Note : 3.5/5

« La gare d’Austerlitz, j’y vais souvent, le mardi ou le vendredi, quand je finis les cours plus tôt. J’y vais pour regarder les trains qui partent, à cause de l’émotion, c’est un truc que j’aime bien, voir l’émotion des gens, c’est pour ça que je ne rate jamais les matchs de foot à la télévision, j’adore quand ils s’embrassent après les buts, ils courent avec les bras en l’air et ils s’enlacent, et puis aussi Qui veut gagner des millions, il faut voir les filles quand elles donnent la bonne réponse, elles mettent leurs mains devant leur bouche, renversent la tête en arrière, poussent des cris et tout, avec des grosses larmes dans leurs yeux. Dans les gares, c’est autre chose, l’émotion se devine dans les regards, les gestes, les mouvements, il y a les amoureux qui se quittent, les mamies qui repartent, les dames avec des grands manteaux qui abandonnent des hommes au col relevé, ou l’inverse, j’observe ces gens qui s’en vont, on ne sait pas où, ni pourquoi, ni pour combien de temps, ils se disent au revoir à travers la vitre, d’un petit signe, ou s’évertuent à crier alors qu’on ne les entend pas ».

Lou, l’héroïne de cette histoire a treize ans et est une adolescente particulièrement précoce (comme Paloma dans L’élégance de l’hérisson). Malgré son jeune âge elle réfléchit et analyse la vie, les gens, les situations. Fille unique, elle vit entre sa mère (en dépression depuis la mort d’un bébé), et son père qui fait ce qu’il peut pour que la famille continue à tenir la route. Pendant le cours de Monsieur Marin, un prof assez exigeant et difficile à satisfaire, Lou s’est engagée à faire un exposé sur les sans-abris. Pour ce faire, elle aimerait interviewer une jeune SDF. C’est à la gare d’Austerlitz, où elle va souvent se promener sans raisons particulières, qu’elle rencontre No. Peu à peu, de rencontres en rencontres, elles vont faire connaissance et Lou sera de plus en plus décidée à sauver No de la rue, quitte à l’accueillir chez elle, avec ses parents,…Mais malgré ses bonnes intentions, elle va vite découvrir que les bons sentiments ne font pas tout.

No et moi est un roman bien plus facile à lire que Jours sans faim, malgré le fait qu’il ait lui aussi un thème plutôt dur. Delphine de Vigan a réussi à construire un roman plein de subtilités, qui n’enfonce pas des portes ouvertes, qui n’est pas là pour nous dire « Bouh ! vous êtes des méchants, vous ne faites jamais rien pour ceux qui sont dehors et qui auraient besoin de vous ». L’histoire aurait pu être naïve, nous montrer l’histoire d’une réussite totale, nous dépeindre un monde où tout est noir, ou blanc. Sauf que No est grise. Parfois adorable et prête à tout pour changer de vie, parfois en proie à ses démons et légèrement décourageante. Lou et son copain Lucas (qui l’aide dans cette entreprise) vont vite se trouver débordés et c’est là que réside tout le réalisme du roman : dans les limites humaines. No et moi pose le doigt sur une catégorie de population niée dans sa dignité et l’injustice parait d’autant plus grande quand elle touche des personnes aussi jeunes que No, des gens qui devraient avoir l’avenir devant eux et qui n’ont que des miettes.

Je ne vais pas dire que Delphine de Vigan m’a ouvert les yeux sur un problème de société. Qui n’est pas au courant ? Qui n’a jamais été mal à l’aise devant une main qui se tend, une main d’humain pourtant assis par terre, dans la poussière et la saleté que soulèvent nos chaussures de marque ? Comme beaucoup, j’ai de belles idées, de belles paroles mais je n’ai jamais été foutue de faire autre chose que de donner quelques euros, par-ci par-là. Ce qui beau dans l’histoire de Lou, c’est qu’elle va au bout de ses principes, malgré ses treize ans.

No et moi est un livre très agréable à lire, le style est vif et simple. Je n’ai toujours pas vu son adaptation au cinéma mais j’ai hâte de voir ce qu’ils en ont fait sur grand écran.

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