Critique Mauvaise fille, de Justine Lévy

Publié le : 23/09/2009

Note : 4/5

« Je viens voir maman tous les jours. J’arrive en sautillant, en pensant à autre chose, le ventre déjà un peu tendu par mon enfant à venir, c’est magnifique me disent les gens, la vie continue, elle poursuit son programme sacré, cette chaîne magnifique des morts et des vivants, la mère, la fille, sa fille, vous savez ce qui arrive à Louise? Vous pouvez croire à cette coïncidence ? Vous vous rendez compte ? La vérité c’est que je n’en peux plus. Je déteste ce pathos. Je me sens accablée, écrasée, sous le poids de leurs commentaires débiles ».

Mauvaise fille est le troisième roman de Justine Levy. J’avais beaucoup aimé le deuxième, jamais terminé le premier et… le troisième m’a beaucoup plu même s’il est sans doute encore plus triste et cruel que les autres. Les lecteurs de Rien de grave y retrouveront des personnages familiers, puisque de toute manière chez Justine, tout est autobiographique.

L’histoire ? Louise va mettre au monde son premier enfant alors que sa mère se meurt, mortellement atteinte par un cancer. Entre deux pôles, entre joie et peine, entre mort et vie, elle se sent assez mal à l’aise et a du mal à faire face aux situations. S’ensuit une réflexion sur la relation mère/fille. Elle avec sa propre mère qui n’a plus rien d’une mère, malade, fatiguée et dont il faut s’occuper comme d’un bébé. Elle avec Angèle, sa petite fille à naître.  Et puis aussi Angèle et sa mère, qui ne se connaîtront jamais car une mourra avant que l’autre naisse. Est-on une mauvaise fille parce que l’on a une mauvaise mère ? Sur quoi juge-t-on qu’on a une bonne mère, ou pas ? Comme toujours, Justine Levy, se la joue un peu martyre et ne se donne absolument pas le bon rôle. Dès le titre, elle a décidé de s’accuser. Mais les choses ne sont pas si simples et nous découvrirons, au fil des pages, que la mère de l’héroïne était du genre plutôt insouciante et l’enfant, plutôt inquiète et peureuse.

L’écriture de ce roman est à l’image de son auteur et des sentiments qu’elle souhaitait y exprimer. Fragile, pleine d’hésitations. Névrosée aussi. Ce qui n’empêche pas le roman d’être très facile à lire. On ne peut que partager la souffrance de l’auteur tout en se laissant trimballer entre chapitres légers et presque drôles, et d’autres, beaucoup plus dramatiques (notamment les descriptions de la mère sur son lit d’hôpital, tellement dures qu’on se demande si elles n’ont pas été écrites pour se faire du mal).

Pour finir, on peut dire que Mauvaise fille est un roman qui sait parler de la vie, de ses bonheurs et de ses malheurs qui, souvent, se mélangent. À mes yeux c’est une histoire poignante qui a tous les traits de la sincérité et face à laquelle on ne peut humainement pas rester de marbre.

À savoir : Mauvaise fille sera prochainement adapté sur grand écran avec Carole Bouquet dans le rôle de la mère et la jeune chanteuse Izia dans le rôle de la fille.

8 comments

    • petiteconne says:

      Non, d’ailleurs je crois que je t’en avais parlé à une époque…
      J’avais adoré Rien de grave, découvert grâce à toi, d’ailleurs. Mauvaise fille est dans la même veine mais Rendez vous, j’en ai lu seulement une trentaine de pages. J’avais trouvé ça niais. Je me dis que je me suis peut être trompé et qu’il faudrait que je retente… Je peux pas croire qu’on puisse adorer les deux derniers et pas aimer du tout le premier…

  1. Avant l'averse says:

    J’hésite à lire ce qu’elle écrit. C’est exactement la même impression que j’ai avec Beigbeder: chaque fois que je vais dans une librairie, je vois l’un de ces types de livres bien placé, je regarde, je lis le résumé, je repose le livre. Il faudrait que je m’y mette un jour car je ne sais toujours pas si c’est bien-génial-merdique ou juste une question de mode. A tester 🙂

    • petiteconne says:

      C’est sur qu’en librairie, c’est parfois dur d’échapper à la vue de certaines couvertures. Justine Levy écrit un roman de temps en temps mais Fréderic est souvent en tête de gondole, il commencerait presque à être agaçant!

      Si tu devais en lire un plus que l’autre, je te dirais de commencer par Justine Levy. Déjà, elle a écrit que trois romans donc c’est bien plus facile de dire « ô j’ai lu TOUT justine levy », et puis c’est…moins facile comme romans.

      Je suis loin d’avoir tout Beigbeder, j’ai du en lire 4. Des fois c’est bien, y a des passages sympas,… mais la majeure partie du temps je me dis : celui là, il a trouvé le bon filon parce qu’il est pas si extraordinaire que ça, comme écrivain.
      Cependant, son dernier bouquin Un roman français, m’a paru bien plus supérieur aux autres…

  2. Avant l'averse says:

    Oui, une amie m’avait dit de lire Un roman français, car selon elle c’est autre chose qu’un ‘Beigbeder’ [en gros il faudrait que je me plonge dans toute sa bibliographie pour comprendre le sens de cette phrase]. J’avais vu l’adaptation de 99 francs, c’était trop intellectuellement prise de tête pour moi 🙂 J’ai déjà essayé de lire ce type d’ouvrages avec Hell, mais pour moi c’est sans plus…

    • petiteconne says:

      Ce n’est pas vraiment mon auteur préféré non plus, voire pas du tout.
      Je l’ai surtout lu par curiosité, au début, vu que tout le monde en parlait et que je le voyais dans plein d’émissions, forcément ça intrigue.
      Je trouve que ses romans sont plutôt racoleurs.
      Tu parles de Hell… le Lolita Pille? Je l’ai lu il y a quelques années aussi, au bord d’une piscine de camping. ça se lit mais pour moi c’est de la littérature poubelle. Enfin un truc que tu lis quand t’as pas envie d’utiliser ton cerveau, comme quand tu lis des magasines (si ça t’arrive de temps en temps). C’est agréable mais tu le fais pas de manière sérieuse.

  3. Avant l'averse says:

    Oui, c’est bien ce dont je parlais. Pour ma part je l’avais lu en ayant une bonne grosse angine, j’étais clouée au fond de mon lit et comme je m’ennuyais à mourir… Depuis je suis un peu réticente sur les ouvrages ‘à la mode’, car celui-ci ne m’avait pas franchement emballée. Je sais qu’il faut que je revois mon jugement, mais pour l’instant l’occasion ne se présente pas / grosse flemme – ça, c’est la vraie raison -.

    • petiteconne says:

      Garde ton envie et ton temps libre pour des choses plus intéressantes 😉
      et garde ce genre de lecture pour ta prochaine angine! (quoiqu’avec l’arrivée des beaux jours (oui j’y crois), tu risques d’être tranquille pour un moment 😉

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