Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855)

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Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) a été publié le 13 avril 2017 par les éditions La Table Ronde, dans la Collection Quai Voltaire. C’est une lecture qui a été très importante à faire pour moi et qui sera certainement l’un de mes plus beaux moments de lecture de 2017. Ces lettres, qui n’avaient encore jamais été publiées en France, ont été traduites et annotées par Constance Lacroix et nous permettent de nous immerger véritablement dans la vie des Brontë. La traduction nous donne souvent des indications très importantes avant certaines lettres clés si bien qu’il est possible de s’y retrouver sans être un spécialiste de la famille Bronte pour autant.

Afin de vous éviter certaines déceptions, je préfère vous prévenir dès à présent : la majorité des missives qui vous sont présentées ici sont de la plume de Charlotte.

En effet, sur plus de 300 lettres (et 600 pages), on ne trouve que deux ou trois billets de la part d’Emily, des lettres courtes, qui vont droit au but, d’une sobriété peu étonnante. Quelques lettres d’Anne, d’une douceur et d’une sagesse sans commune mesure. Lettres choisies de la famille Brontë vous permettra aussi de découvrir ou de redécouvrir un pan de la personnalité de Branwell, ce frère adulé dont on attendait beaucoup mais qui a brûlé ses cartouches bien avant l’heure. Le révérend Patrick Brontë n’a pas été oublié et semble être à mille lieues à lieues de l’image sévère et acariâtre qu’on a parfois voulu lui donner. En réalité, c’est un père aimant qui transparait derrière les mots qu’il a laissé.

Le gros de l’ouvrage est constitué des lettres de Charlotte. Elle s’adresse à quelques connaissances puis à des hommes de lettres et à des éditeurs (des passages très intéressants pour qui souhaite en apprendre plus sur son travail, l’évolution de ses manuscrits et l’accueil que leur a réservé le lectorat d’alors). Il y a même un ou deux des fameuses lettres qu’elle a écrit à son fameux Mr Héger, le professeur dont elle tomba amoureuse et qui fut à l’origine de tant de souffrances. Sa correspondante la plus régulière reste néanmoins son amie Ellen Nussey avec qui elle avait l’habitude de discuter de tout et de n’importe quoi, notamment de leur célibat respectif.  Ce sont les lettres que j’ai trouvé les intéressantes car ce sont des lettres d’une amie à une autre, vous voyez ce que je veux dire ? Charlotte y a un ton amical et familier particulièrement touchant.

La peinture d’une vie de famille

De lettre en lettre, d’année en année, c’est toute une peinture d’une famille qui nous est donnée à voir. Avec ses bons moments, ses voyages (notamment le fameux séjour à Bruxelles) et ses drames. Vous vous doutez que les lettres écrites par Charlotte comprennent une bonne dose de mauvaises nouvelles, notamment à partir des morts de Branwell et d’Emily. Lui qui part en un jour, consumé par ses excès et elle, qui traine sa maladie pendant des mois et refuse de voir tout médecin. Elle ne s’y décidera que lorsque cela sera trop tard. Mais finalement, alors qu’Emily a ma préférence, c’est la mort d’Anne qui m’a la plus émue. J’ai dû stopper ma lecture une petite heure car les lettres qui suivent son décès, ces lettres où Charlotte raconte le vide de la maison familiale quand elle revient au bercail (Anne Bronte meurt durant un séjour à Scarborough, ce qui n’était une surprise pour personne étant donné son état de santé) sont pleines de pudeur mais en même temps, particulièrement déchirantes et je vous mets au défi de les lire sans verser quelques larmes ! Par la suite, elle confiera souvent ses passages de dépression à son amie Ellen. L’attachement ente le père et sa dernière fille n’en semblera que plus fort : étant tous les deux de constitution fragile, ils semblent constamment craindre que l’autre suivre le reste de la famille dans la tombe. Imaginez l’ambiance ! Notamment la fois où, un peu malade, Charlotte ne rentre pas à la maison le jour convenu : on a l’impression que Patrick Brontë en devient à moitié fou !

Le portrait de femmes de lettres

L’écriture est présente du début à la fin de l’œuvre. Cela commence avec Branwell qui écrit à divers hommes de lettres afin de leur présenter ses récits en vue de récolter un avis, des remarques et peut-être même, la publication dont il rêve. Puis Charlotte prend le relai. Elle se voit d’abord découragée dans ses projets puis l’aventure Bell se chargera de sceller son destin, mais aussi ceux de ses sœurs qui, ont le sait, auront quand même le mérite d’écrire quelques grands classiques de la littérature britannique ! Non mais quelle famille, vraiment !

Toutes les lettres en lien avec l’envoi des manuscrits, les corrections, les publications et tout le secret derrière les sœurs se cachent sont plaisants à découvrir du côté de Charlotte. De nature réservée (bien qu’étant franchement la plus sociable des trois sœurs), elle semblait plutôt bien le vivre, ses séjours à Londres la mettant visiblement dans des états de fébrilité sans doute peu agréables. Les fans d’Elizabeth Gaskell apprécieront certainement de connaître les prémices de l’amitié littéraire qui unira les deux femmes.

En bref,

Porté par la merveilleuse plume de leurs auteurs, Lettres choisies de la famille Brontë se dévore comme un roman à plusieurs voix et m’a permis d’avancer, année après année, aux côtés d’une famille qui a toujours été très chère à mon cœur. Je conseille VIVEMENT cet ouvrage à celles qui ont lu les soeurs Brontë, celles qui les adorent et à celles qui sont curieuses d’en savoir plus, de pénétrer une sphère plus intime.

9 comments

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Sympa ! ! 😉 Je ne savais pas que la correspondance des soeurs Brontë avait été publiée, qui plus est, en français. En tous cas, c’est un livre qui m’intéresse bien ! J’aime leur univers, sans le connaître à fond pour autant. Et leurs personnalités m’intriguent… 😉 Je trouve ces trois femmes très mystérieuses. Bref, je note ! 😉
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…Hortense de Beauharnais ; Marie-Hélène BaylacMy Profile

    • Audrey says:

      Et tellement talentueuses ! <3
      Je ne découvre leurs livres que très lentement (même si j'ai lu Les hauts de hurlevent et Jane Eyre plusieurs fois) pour le plaisir de faire durer ! Je vais me lancer dans Shirley début juin et je lirai Villette en août ! 🙂 Il me restera Le Professeur. J'ai lu les deux romans d'Anne mais j'aimerais relire les poèmes d'Emily. Le Palais de la mort: et autres nouvelles me tente aussi, c'est un ouvrage qui regroupe les rédactions que Charlotte et Emily ont fait durant leur séjour en Belgique 🙂

      • zofia says:

        J’ai bien aimé les livres que j’ai lu d’elles, après c’est pas qu’elles ne m’intéressent pas, au contraire même. Peut-être que ce livre pourrait me les faire découvrir et aimer plus, il faudrait que je regarde s’il est à la bibliothèque, car j’hésiterais à l’acheter à cause de ça quand même…
        zofia Articles récents…Vu, Lu, EntenduMy Profile

        • Audrey says:

          Oui mais ce que je veux dire, c’est qu’il faut peut être avoir un certain « amour » pour elles, pour avoir envie de lire leurs lettres ! 🙂 C’est quand même particulier comme lecture… Je sais que ma mère aime bien Jane Eyre et les Hauts de hurlevent, par exemple, mais je ne vais pas lui prêter ce livre car je sais que ça ne l’intéressera pas…
          Peut être qu’il sortira en poche ? Parce qu’il coûte quand même 25 euros donc il faut être sûr d’aimer ! Si on avait été voisines, je te l’aurai prêté mais là, ça va être compliqué ^^

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