Le coeur régulier

Note : 3.5/5

« Personne n’a envie de mourir. Tout le monde veut vivre. Seulement, à certaines périodes de votre vie, ça devient juste impossible ».

Sarah est en fuite. Sarah a abandonné ses enfants, son mari, sa vie d’avant. Lassée de tout, ne pouvant pas continuer ainsi, Sarah est venue se réfugier au Japon, dans ce petit village au pied des falaises. C’est là que son frère était venu passer de longues semaines avant qu’il ne meurt, en France, dans un accident de voiture. Là où il avait été si heureux. Là où il avait presque réussi à se réconcilier avec la vie. Maintenant qu’il est mort, qu’elle ne sait même plus si c’était un vrai accident, ou un suicide, Sarah se remet en question. C’est toute sa vie qu’elle analyse, qu’elle dissèque, qu’elle juge, souvent bien durement. Partie sur les traces d’un frère dont elle s’était éloignée à cause de choix de vie différents, c’est finalement son moi profond qu’elle va tenter de retrouver.

Une nouvelle fois, l’auteur Je vais bien ne t’en fais pas, se plonge au cœur de thèmes tels que l’absence, le manque, les liens familiaux avec beaucoup de subtilité et d’intelligence. Sarah est une femme comme une autre et en cela, touche forcément le lecteur. Elle est bien payée pour un travail qu’elle déteste, mère de deux adolescents en pleine crise, femme d’un homme attentif et bien sous tous rapports qui se tape des putes de l’est tous les jeudis, en rentrant du boulot. Sa vie n’est si totalement horrible, ni totalement géniale. Puis tout s’écroule quand elle apprend que son frère, son presque-jumeau, leur a fait le coup du platane, comme elle dit. La mort d’un proche vient tout chambouler et se confronter aux réalités fait souvent mal. Sarah effectue ce que beaucoup de personnes passent leur vie à repousser : elle fait le bilan. Et quel autre pays aurait-elle pu choisir, pour cette quête spirituelle, que le Japon ? Ce village excentré dans lequel elle a élu domicile a pourtant une histoire assez glauque : il se trouve pile poil dans une zone qu’affectionnent les suicidaires.  Ces falaises, très belles, sont également très utiles pour ceux qui veulent mourir… Et ce n’est pas rare d’un voir un sauter, ni de voir un corps être ramené sur la plage par la marée.

Sarah est une femme qui a besoin qu’on s’occupe d’elle et dans sa vie d’avant, personne ne le faisait vraiment. Ce n’est donc un hasard si elle atterrit chez Natsume, un ancien flic qui, depuis sa retraite, patrouille sans cesse en haut des falaises pour retenir sur la terre ferme les éventuels sauteurs dans le vide. Natsume a recueilli Nathan, à l’époque et quand Sarah débarque dans cette maison, son frère est partout. Il y a encore son tee-shirt dans le placard, son souvenir dans les yeux de Natsume mais également dans ceux d’Hiromi, une jeune dévergondée mais non moins sympathique, qui se rappelle sans doute de lui parce qu’il est le seul à lui avoir résisté. C’est dans cette maison pleine d’égarés en sursit que Sarah tente de retrouver les forces nécessaires pour continuer.

J’ai eu du mal à rentrer dans le nouveau roman d’Olivier Adam. Au départ, il est difficile d’être en adéquation avec la voix de Sarah. Elle en dit trop peu sur elle. Trop peu sur ses raisons. Il y a bien trop de descriptions et dieu sait que je ne suis pas une fan du genre. Pourtant, cet art de la description est plus qu’utile car il nous sert à rentrer totalement dans une ambiance, à la fois feutrée et sauvage. C’est une description de la sensation qui met en éveil nos cinq sens et qui, sans que nous nous en rendions vraiment compte, impriment ces ambiances dans notre peau. J’ai néanmoins, et de loin, préféré les petites histoires tout autour de ces descriptions, connaître ce frère mort, les gens du village, en savoir plus sur la vie de Sarah,…tout est cela était très agréable à lire, bien écrit et décrivant des sentiments vrais, qui ont parfois fait écho à ma propre vie.

Le cœur régulier est un récit d’une finesse incroyable, qui peut lasser, mais qui nous délivre, à la longue, une histoire mélancolique mais pas triste à mourir pour autant. Une histoire qui pense à un mieux, et qui veut nous amener, si nous le souhaitons nous aussi, vers ce mieux-là.

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