La nostalgie de l'ange

Note : 4/5

« Mr. Harvey pressait ses lèvres contre les miennes. Elles étaient couleur myrtille, et mouillées ;j’avais envie de crier parce que j’avais trop peur et que j’étais trop épuisée pour la lutte. J’avais été embrassée une fois par quelqu’un que j’aimais. Il s’appelait Ray et il était indien. Il avait un accent et le teint mat. Je n’étais pas supposée l’aimer. Clarissa trouvait que ses grands yeux aux paupières à moitié closes étaient « psychédélices » mais il était gentil et intelligent et m’avait aidée à tricher pour mon interro d’algèbre tout en faisant semblant du contraire. Il m’avait embrassée près de mon casier. Je me souviens que ses lèvres étaient gercées ».


La nostalgie de l’ange est une histoire racontée post-mortem. L’ange, c’est Susie. La nostalgie, c’est le sentiment qu’elle éprouve, du haut de son paradis où elle s’ennuie énormément depuis qu’elle a été obligée d’y établir demeure. Nous sommes dans les années 70. Avant, Susie était une adolescente normale, vivant sa petite vie entre ses amis et sa famille.  Un soir comme les autres, elle a été violée, tuée et découpée en morceaux. À partir de là, ce n’est pas seulement sa vie qui a été bouleversée, c’est celle de sa famille, du lycée et d’une ville entière, même, qui s’est trouvée perturbée.

En lisant le résumé de ce roman on peut prendre peur. Raconter l’histoire d’une ado violée et surtout découpée… on peut s’attendre à : soit du trash, soit du mélodramatique pur. Et bien figurez-vous que non. La scène du viol est racontée sans fioritures et avec une grande pudeur, quant à la suite du roman, même si elle est évidemment dramatique et cruelle, elle ne cherche pas à nous arracher des larmes. Les thèmes de la mort, de l’injustice, de l’acceptation, de la vie qui est toujours à construire malgré le traumatisme de la mort violente d’une enfant, d’une sœur sont présents tout au long du roman et nous feraient, mine de rien, réfléchir sur notre propre existence et même sur notre rapport à nos morts.

À travers les yeux de l’héroïne, on suivra non seulement toute l’enquête qui suit le meurtre de Susie, nous qui savons déjà tout, mais aussi l’évolution de chaque personnage. L’auteur n’hésitera pas à nous faire revenir dans le passé, que ce soit celui de Susie par exemple, ou même celui de son agresseur afin de nous permettre de mieux saisir le personnage.

Alice Sebold a connu un « incident » proche de celui que connaît son personnage Susie, à la différence qu’elle s’en est sorti, bien évidemment. L’auteur évoque ce fait dans un autre roman, Lucky, qui sera sans doute ma prochaine lecture. Pour ce qui est de La nostalgie de l’ange, je peux dire que c’est un livre qui m’a paru poétique et forcément très marquant. Insolite et sensible. J’ai malheureusement vu l’adaptation cinématographique avant de lire le roman, je connaissais donc toute l’histoire mais il fut quand même très intéressant de noter les différences (même si je trouve le film plutôt fidèle dans les grandes lignes et l’esprit) qui existent entre les deux versions.

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