Jours dans faim – Delphine de Vigan

Note : 3/5

« C’était quelque chose en dehors d’elle qu’elle ne savait pas nommer. Une énergie silencieuse qui l’aveuglait et régissait ses journées. Une forme de défonce aussi, de destruction.
Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance, qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s’asseoir. En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l’insomnie qui accompagne la faim qu’on ne sait plus reconnaître ».


Jours sans faim est le premier roman de Delphine de Vigan. Vous la connaissez peut-être, c’est aussi elle qui a écrit No et moi, récemment adapté au cinéma et dont nous parlerons plus tard.

Ce roman, c’est l’histoire de Laure. Laure n’a pas vingt ans. Laure est anorexique. Laure, quelque part, voudrait s’en sortir mais tout en elle l’empêche de s’extirper de ses habitudes durement acquises : ne rien manger, ou le minimum et marcher, beaucoup marcher, toujours marcher, marcher toute la journée. Laure a un double, c’est Lanor. Elles sont en guerre. Lanor est douée, Lanor sait toujours comment dépenser les quelques calories ingérées et c’est parfois elle qui se jouera du docteur B car il est bon de le préciser : 90% de ce roman se passe à l’hôpital.

Dans ce livre, on dirait que les personnages n’ont pas réellement d’importance. Ce sont les situations qui sont mises en évidence. Les attitudes. Le contexte aide à bien comprendre la chose : dans le service où Laure a été admise, il y a déjà eu de jeunes anorexiques. Et après elle, il y en aura d’autres. Elle n’est pas unique. D’ailleurs, c’est très tard qu’on apprend son prénom, tout comme celui des autres personnages principaux, comme si c’était sans importance.

De plus, ce roman est écrit à la troisième personne ce qui rend peut-être le propos un peu impersonnel, distancé, et la narration, étrange. C’est l’histoire de Laure, mais ce n’est pas elle qui raconte et à la longue, ce choix est légèrement pesant. Beaucoup de descriptions aussi (des faits et des états d’âme), et dieu sait que ce n’est pas ma tasse de thé, qui font un peu décrocher de l’histoire. Néanmoins, cette œuvre est intéressante et intelligente dans le sens où elle ne se contente pas de faire le portrait d’une anorexique, dans le sens où elle ne juge ni ne cautionne, mais explique. Inutile d’en douter, il y a un peu d’autobiographie qui traîne par là…

C’est un livre que je ne pense pas relire, du moins pas avant longtemps car le sujet est difficile, mais je suis satisfaite d’avoir croisé son chemin.

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