Entre Dieu et moi, c'est fini de Katarina Mazetti

« Cette nuit, j’ai rêvé du mur. Ce mur auquel j’ai parlé tout au long de l’été dernier. « On a vraiment l’impression de parler à un mur », me disaient-ils toujours après m’avoir soûlée pendant trois heures avec leurs trucs. Des trucs de merde, genre qu’« on » ne sort pas à vélo quand il pleut des cordes et qu’« on » ne donne pas ses vêtements aux autres. Et que même si je pense que mon répugnant prof de bio devrait se faire interner, c’est quand même lui qui me donne les notes qui vont rester dans mon dossier scolaire.

Des trucs habituels qui te cassent les pieds. C’est pour ça que je me suis efforcée d’imiter un mur. Un mur, ça se tait. Ça a l’air d’être en veille quand on lui parle. Ça reste muré dans son silence, en toute indépendance. Moi d’ailleurs, je préfère parler à un mur plutôt qu’à la plupart des gens. Les murs ne te font pas ces remarques ridicules que t’as pas envie d’entendre mais qui te trottent quand même dans la tête »

Linnea est une grande perche d’1m80. Au lycée, tout le monde se moque d’elle à cause de ça. Les garçons ne s’intéressent pas à elle, normal ils sont jaloux : elle est plus grande qu’eux ! Complexée, loin d’être populaire, un peu étrange, un peu originale, elle a du mal à se faire sa place. Elle vit avec sa mère, son beau-père Ingo, un artiste raté qui profiter de la faiblesse de celle qui partage sa vie et son demi-frère qu’elle adore plus que tout. Tout aurait bien pu continuer comme ça mais, lors d’une rentrée scolaire, Linnea rencontre Pia. Pia est tout aussi étrange qu’elle et, ô joie, leurs têtes naviguent à la même altitude. Contrairement à Linnea, Pia vit sa vie à 100kms/h. Elle n’est ni belle ni bien foutue mais elle consomme les garçons par dizaine, juste parce qu’elle est sure d’elle. Elle inspire Linnea. Avec elle, elle peut parler de tout. Mais est-elle vraiment certaine de bien connaître Pia, cette fille secrète au passé familial plutôt difficile ?

Comme tous les romans de Katarina Mazetti, Entre dieu et moi, c’est fini est un livre qui se lit bien. Portée par une écriture simple et fluide, l’histoire se déroule tranquillement sous nos yeux, pétillante et triste à la fois. Mystérieuse. Grâce au récit de Linnea, nous remontons l’année scolaire jusqu’à arriver au drame qui a marqué le mois de Juin. Ce livre raconte une très belle amitié de cent vingt jours, celle qui a uni deux adolescentes marquées à vif par les troubles et les questionnements de cet âge que beaucoup qualifient d’ingrat. Dès le départ, le lecteur sait que Pia est morte et que Linnea, telle une âme en peine, erre dans les méandres du lycée, plus seule que jamais.

Bien que construit sur un base dramatique, le roman n’est jamais triste pour autant ou du moins, il rebondit toujours bien sur ces petites anecdotes, ces petits faits qui font une vie et qui rendent les deux ados très attachantes. Beaucoup de fraîcheur, beaucoup d’humour aussi, quand Linnea parle des garçons, de ses parents et de Dieu, cette entité étrange dont elle ne sait plus quoi penser. Surtout depuis que son amie est morte.

La fin du roman donne des moitiés de réponses et laisse le lecteur, tout comme Linnea, sur sa faim, jamais certain de pouvoir vraiment comprendre qui était Pia et la raison pour laquelle elle est morte. En plus d’une réflexion sur la famille, sur la société et sur l’adolescence, Entre Dieu et moi, c’est fini évoque un thème délicat : connaissons-nous vraiment les personnes que nous fréquentons tous les jours ?

Peut-être pas un grand bouquin mais beaucoup de sensibilité, de drôlerie et d’émotion que j’espère retrouver dans les deux autres romans qui suivent le premier et dans lesquels nous retrouvons Linnea : Entre le petit chaperon rouge et le loup, c’est fini et La fin n’est que le début.

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4 comments

  1. Clownface says:

    Non, je ne craquerais pas, non, je ne craquerais pas…
    Si c’est comme celui que j’ai lu, ça va se lire à une vitesse astronomique, c’est pas rentable !

  2. Petiteconne says:

    C’est clair que ça se lit atrocement vite…ajouté au fait que c’est plutôt court comme roman. En plus, on se sent un peu obligés d’acheter les deux autres ^^

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