Drive, de James Sallis

« Le Chauffeur n’était pas un fan de lecture. De cinéma non plus, à vrai dire. Il avait bien aimé La femme aux cigarettes, sauf que ça remontait à loin. Il n’allait jamais voir les films dans lesquels il avait piloté, mais parfois, après avoir traîné avec les scénaristes – en général, les autres types sur le plateau qui n’avaient pas grand-chose à faire de la journée – il lisait les livres dont ils étaient tirés. Allez savoir pourquoi ».

Bien entendu, si j’étais une bonne critique, si je savais parler de cinéma ou de littérature, bref, si j’étais quelqu’un de crédible dans cet exercice, j’aurais parlé du livre en tant que tel sans m’attarder une seconde à le comparer au film qui est sorti il y a quelques semaines sur nos écrans. Mais bon, être amateur, c’est avoir le droit de tout mélanger, ce que je vais faire avec joie.

Dans un premier temps, je pourrais dire tout bêtement que j’ai beaucoup aimé ce livre, son atmosphère froide, ses nombreuses descriptions d’un Los Angeles où les petites frappes sont les reines et où les règles établies ne sont pas celles du commun des mortels. Au milieu de tout ça, au milieu de tous ces personnages secondaires évolue « le Chauffeur » dont on ne saura jamais le nom. Contrairement au film, où le mec en question a la trentaine, le Chauffeur du roman a à peine 20 ans. Il est arrivé en ville après être passé de famille d’accueil en famille accueil. Recueilli par un gars, rencontre un soir, dans un bar, il aura finalement accès aux plateaux de tournages et pourra y faire ce qu’il aime le plus : conduire.

En parallèle, il rencontre Irina (et non pas Irène), une mexicaine (et non pas une petite blonde toute mimi) mariée à un petit malfrat : Standard. Dans le livre, pas de romance entre le Chauffeur et Irina (qui meurt assez rapidement de toute manière et de manière violente), juste quelques moments passés ensemble et une amitié beaucoup plus forte entre le Chauffeur et Standard, sorti de prison il y a peu. C’est d’ailleurs Standard qui entraîne le Chauffeur dans ses petites magouilles, le lançant sur un nouveau marché : être chauffeur pour voleurs. Rien à voir avec le film, d’ailleurs, où le Chauffeur, rompu à ce type d’activités clandestines, accepte d’aider Standard pour un dernier coup. Pas d’apologie de la vie de famille non plus, Standard paraît beaucoup plus égoïste, pas vraiment intéressé par sa femme ni par son fils.

Drive m’a tout de même posé un souci : je n’ai pas aimé les flash-back constants et pas très clairs qui nous font passer, de chapitre en chapitre, à des époques différentes qu’on a parfois du mal à identifier. Bref, on s’y perd un peu sur les bords même s’ils apportent des informations plus qu’utiles pour comprendre le personnage et ses motivations.

Là où je dirais que le film illustre fidèlement le livre, c’est dans son traitement du personnage principal. Solitaire, silencieux, plein de violence contenue (ou pas), il évolue dans un univers sombre en électron libre, un peu paumé, un peu errant, sans attaches et sans envie de s’attacher. Il pourrait presque paraître comme un être inhumain mais il donne toute sa consistance à l’histoire et nous fascine, encore et toujours.

D’une certaine manière, suite à cette lecture, on a presque envie de dire que, malgré leurs très nombreuses différences (qui semblent les éloigner), le film et le livre sont complémentaires. Les questions, les vides, les manques du film peuvent trouver leurs réponses dans le livre et inversement. Je reste pourtant stupéfaite des différences entre les deux et je crois que j’aurais été très décontenancée par le film si j’avais lu le roman avant. L’ambiance et les personnages restent cependant très bien retranscrits à l’écran.

4 comments

  1. Clownface says:

    Pour el coup tu me donne bien envie de le lire. J’étais un peu réticent après avoir vu le film tellement l’intrigue était prétexte à servir la mise en scène et les acteurs. Mais là, j’ai l’impression qu’on se retrouve avec quelque chose de tellement différent !
    En plus, j’aime beaucoup les éditions de Rivages/noir, la texture des couv est super je trouve, même si fragile.
    Sinon, pour un polar, ça t’as paru bien écrit ?

  2. petiteconne says:

    J’ai beaucoup aimé le film et j’avais un peu peur en commençant ce bouquin j’avoue…

    A mes yeux, le livre est différent tout en étant bien adapté à l’écran…enfin si l’on peut dire, car finalement, le film fait beaucoup de raccourcis et n’a pas donné la même importance aux choses. Tout dépend ce qu’on entend par « bien adapté ».

    J’avais aucun livre de cette collection, tu t’en doute, mais en effet, la texture est franchement sympa!! Et oui, c’était bien écrit. Un peu trop de descriptions pour moi, j’ai toujours détesté ça, mais bon, il en faut!!

    • petiteconne says:

      C’est vrai que c’est toujours délicat de découvrir un bouquin quand t’as encore bien le film en tête…surtout quand c’est SI différent…
      Drole de surprise mais bon, ça m’a au moins fait découvrir un auteur!

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