Critique Wild, de Cheryl Strayed [challenge des 12 thèmes]

Cheryl Strayed est une romancière et essayiste américaine. En 1995, brisée par le décès de sa mère, son divorce et quelques plongées dans la drogue, elle décide de se lancer dans le Pacific Crest Trail. 1750 kilomètres, 3 mois, 1 sac qui pèse un âne mort et un cruel manque d’expérience en matière de randonnée ne l’empêcheront pas de parvenir à ses fins.

Photo de l’auteure pendant sa randonnée

Le pire, quand on perd sa mère aussi jeune, ce sont les regrets. De petites choses qui me faisaient mal rien que d’y penser : toutes les fois où j’avais levé les yeux au ciel quand elle essayait d’être gentille, eu un mouvement de recul lorsqu’elle me touchait ; le jour où je lui avais dit : « Tu ne trouves pas que je suis incroyablement plus sophistiquée que toi à vingt et un ans ? » En y repensant, ce manque d’humilité me donnait la nausée. Je me comportais en sale petite arrogante et, tout à coup, ma mère était morte. Oui, j’avais été une fille aimante et oui, j’avais été là pour elle, mais j’aurais pu mieux faire. Devenir ce que je l’avais suppliée de dire que j’étais : la meilleure fille au monde.

De quoi ça parle ?

Lorsque sur un coup de tête, Cheryl Strayed boucle son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junkie, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, elle choisit de s’en remettre à la nature et de marcher. Elle part seule pour une randonnée de mille sept cents kilomètres sur le Chemin des crêtes du Pacifique, un parcours abrupt et sauvage de l’Ouest américain. Au fil de cette longue route, elle va surmonter douleurs et fatigue pour renouer avec elle-même et finalement trouver sa voie.

Mon avis

Adapté au cinéma, Wild faisait parfaitement l’affaire pour ce premier mois du challenge des 12 thèmes. Si j’avais vu le film des années plus tôt, je ne savais pas trop à quoi m’attendre et pour cause : certaines adaptations sont parfois étranges et donnent une mauvaise image des romans dont elles sont tirées Si mes souvenirs du long métrage ont vraiment été altérés par le temps, je pense avoir autant aimé le film que le livre. Quelles que soient leurs différences, l’impression finale est la même et globalement très positive. Certes, lee premier charme par sa mise en scène mais également par la beauté de son décor naturel. Le second donne évidemment plus de détails sur le parcours de Cheryl et permet de mieux comprendre son cheminement intérieur.

Difficile de ne pas avoir beaucoup de respect pour l’auteure quand on lit ces pages car outre le fait qu’elle doive lutter contre ses propres névroses et problèmes, elle affronte une sacrée épreuve en se lançant dans cette aventure.

On pourrait disserter pendant 110 ans sur tous les thèmes de ce roman mais je crois que je retiendrai surtout l’exploit physique et mental que cela représente. Sac trop lourd (qu’elle surnommera « Monster »), frottements qui irritent la peau, manque de confort, nourriture déshydratée au goût de carton, chaussures qui blessent, ongles qui tombent, le froid, la chaleur, les mauvaises nuits, l’épisode de grenouilles (horrible !), la peur des animaux sauvages reviennent en boucle tout au long du roman. Mais il y a la peur des hommes, aussi. 

Dotée d’un mental de fer, Cheryl se décrit aussi comme un être vulnérable.

Cheryl est une jeune femme qui randonne en solitaire mais qui sera régulièrement amenée à croiser des gens au cours de ses 3 mois sur la route. Elle le souligne à la fin : elle aura croisé plus de gens sympathiques et généreux que de gens néfastes mais les mauvaises rencontres ont également été au menu. Faire du stop et tomber sur le mauvais chauffeur, dormir à la belle étoile sans pouvoir se défendre en cas de besoin, se retrouver au milieu de la nature avec des inconnus en se demandant comment les choses vont tourner sont autant de petites ou grosses angoisses que toute femme peut aisément se figurer. Wild n’est pas un roman féministe car il ne revendique rien mais son discours reste résolument engagé. Cheryl aime les hommes, elle ne s’en cache pas du tout mais elle s’en méfie également beaucoup. D’une certaine manière, si le but de sa randonnée thérapeutique est de se retrouver elle-même, de faire la paix avec sa vie et son passé, elle représente également une occasion de s’affirmer en tant que femme libre d’agir comme elle le souhaite. D’aller où elle le veut.

La peur est en grande partie due aux histoires qu’on se raconte, alors j’avais décidé de me raconter autres choses que ce qu’on répète aux femmes. J’avais décidé que je ne courais aucun danger. J’étais forte. Courageuse. Rien ne pourrait me vaincre. M’en tenir à cette histoire était une forme d’autopersuasion, mais, la plupart du temps, ça fonctionnait. Chaque fois que j’entendais un bruit d’origine inconnue ou que je sentais quelque chose d’horrible prendre forme dans mon imagination, je le repoussais. Je ne me laissais tout simplement pas impressionner. La peur engendre la peur. La puissance engendre la puissance. Alors j’avais opté pour la puissance.

Sans avoir eu de coup de cœur pour la plume de l’auteure, j’ai rapidement été happée par ses mots et à quelques reprises, vraiment émue ce qui prouve qu’elle a su me toucher. Notamment quand elle évoque sa mère, bien entendu mais aussi Paul, ce mari qu’elle aime mais avec lequel elle ne peut plus vivre. Cheryl est extrêmement touchante si bien qu’on lui pardonne bien vite ses erreurs. Et à la fin du roman, on la quitte avec regrets.

En quelques mots,

Si le roman m’a parfois un peu lassée (après tout, Cheryl a beau être constamment sur la route, son quotidien de randonneuse devient rapidement une sorte de routine), Wild est un récit vraiment prenant la plupart du temps. La nature, forcément omniprésente, ne prend jamais le pas sur l’humain. Cheryl raconte sa randonnée et se laisse porter par ses souvenirs qui jaillissent parfois d’un rien, parfois parce qu’elle même va les chercher au plus profond de son cœur. En somme, Wild est une belle histoire qui m’a vraiment donné envie de prendre mon sac à dos, de dormir sous une tente et de parcourir des centaines de kilomètres.

Ou pas ! 😀

10 comments

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Contente de voir que cette première lecture du challenge t’a plu, en espérant qu’il en sera de même pour février. 😉

    Je ne connais ce roman que de nom et pour sa jolie couverture colorée, qui finalement est assez éloignée du récit (du moins est-ce que j’ai ressenti à la lecture de ton article : l’auteure a vécu des choses vraiment pas cool). Mais ce roman a l’air aussi porteur d’espoir, c’est une jeune femme qui veut s’en sortir et qui s’accroche à quelque chose qui lui donne une raison d’avancer…
    Très honnêtement, je ne sais pas si ce livre me plairait, s’il correspondrait à quelque chose que j’aime, en littérature mais, en même temps, j’ai senti mon intérêt s’éveiller à la lecture de ta chronique. Ah ! J’hésite, j’hésite ! ^^
    Je vais le noter dans un coin de ma tête, au cas où…
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…In My Mail Box – Janvier 2018My Profile

    • Audrey says:

      Ce n’est pas un roman léger mais ce n’est pas le récit d’un calvaire 😉 Juste l’histoire d’une fille qui a pas mal de soucis et comme tu dis, qui veut s’en sortir et avancer dans sa vie. L’histoire est plus porteuse d’espoir que pessimiste. Je rigole à la fin en sous entendant que ça ne m’a quand même pas donné envie de faire de même mais en réalité, c’est à moitié vrai ! Suivre Cheryl sur les chemins de Californie est vraiment distrayant et donne envie de grands espaces. La nature est très bien décrite. Puis le fait qu’elle soit totalement inexpérimentée rend l’histoire presque drôle par moment parce qu’elle fait toutes les bêtises possibles et imaginables ! 🙂

  2. zofia says:

    J’adore ce genre de récits car je trouve ça très courageux et je ne sais pas si je serais capable d’en faire autant…
    Je ne sais pas si je lirais le livre, car le film ne m’a pas frustré et j’ai l’impression qu’il est assez complet par rapport au roman.
    Par contre, j’aimerais juste savoir si elle en dit un peu plus dans le bouquin sur les deux mecs qu’elle croise et à qui elle file des pastilles pour l’eau, ceux qui sont armés d’arcs… eux, ils sont flippants !!
    zofia Articles récents…Bilan de janvierMy Profile

    • Audrey says:

      Moi je sais que je n’en serai pas capable… Sauf si j’étais obligée. Quand on a pas le choix, on fait des trucs de ouf mais il faut avoir certaines raisons pour faire ce qu’elle a fait et dieu merci, je n’ai pas de tels problèmes à « régler ».

      Je ne me souviens pas d’eux dans le film ! Dans le livre, ils sont sa principale mauvaise rencontre. Mais ça va assez vite finalement. Même si tu sens que la situation aurait vraiment vraiment pu déraper.

      • zofia says:

        Oui quand on a pas le choix, forcément ça change un peu le truc ^^ si j’avais pas le choix, je serais probablement capable de le faire… disons que physiquement, je pense en être capable, par contre, je serais trop flippée de faire des mauvaises rencontres ou autres…

        En fait dans le film, c’est assez court mais assez angoissant, dans le bouquin il se passe quoi ?
        zofia Articles récents…Tout ce qui est solide se dissout dans l’air de Darragh McKeon, déstockage de PAL en duoMy Profile

        • Audrey says:

          C’est pas tant la marche qui me ferait peur, c’est plus le port du sac super lourd et puis dormir sous la tente nuit après nuit… ^^

          Euh dans le livre elle tombe par hasard sur les deux gars qui lui disent qu’ils crèvent de soif. Ils ont pas de gourdes mais des canettes vides. Du coup elle leur propose de leur prêter son filtreur d’eau pour qu’ils les remplissent. Sauf qu’un des gars l’abime. Du coup elle leur file des pastilles pour purifier l’eau en leur disant qu’il leur faut attendre 30 minutes. Ils se barrent pas, contrairement à ce qu’elle espérait (car elle avait commencé à s’installer à cet endroit pour la nuit). Elle les trouve menaçants, elle sent qu’ils la regardent salement. Du coup, elle finit par leur dire qu’elle va partir, donc eux partent aussi. Sauf qu’une fois qu’ils sont hors de vue, elle finit de s’installer pour la nuit. L’un d’entre eux revient, il commence à se montrer franchement relou (genre il fait des remarques sur son physique, lui demande si elle a pas peur de dormir là toute seule en pleine nature blablabla). Finalement il finit par rejoindre son pote et elle, lève le camp et essaie de s’éloigner un max en espérant qu’ils l’ont pas suivie.
          C’est plutôt rapide aussi mais vraiment flippant parce que tu sens bien la tension. Le mec veut lui faire peur ou en tous cas, lui faire plus ou moins comprendre qu’elle est vulnérable.

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