Critique : Werner & Charlotte, Yslaire/Boidin

Le cycle Werner & Charlotte est composé de 3 chapitres :

Chapitre 1 : L’éternité de Saintange, automne 1768
Chapitre 2 : La messe rouge, automne 1768
Chapitre 3 : Votre enfant, comtesse… hiver 1768

De quoi ça parle ?

Quelle est l’origine de la tragédie des Sambre ? En remontant l’arbre généalogique de la famille maudite, le deuxième cycle intitulé Werner & Charlotte va explorer les circonstances troubles qui ont précédé la naissance du père de Hugo, Maxime-Augustin, et ainsi jeter un éclairage nouveau sur les origines de la folie qui touche Hugo et tous ses descendants.
Nous sommes à Vienne, au 18ème siècle, et faisons la connaissance de deux adolescents : Werner et Charlotte. Il est orphelin, recueilli par un riche tuteur et est affublé de deux grands yeux d’un rouge sang. Elle est issue d’une famille riche et est l’amie proche de la jeune Marie Antoinette. Ils n’ont rien à faire ensemble et pourtant, ils ne peuvent résister à l’attrait qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, quitte à s’attirer tous les ennuis du monde.

ça, si je ne me trompe pas, c’est a couverture de l’intégrale.

Mon avis

La trilogie que j’ai lu en septembre (celle d’Hugo et d’Iris) avait été dessinée par un duo d’illustrateurs dont le style ressemble beaucoup à celui d’Yslaire, si bien qu’on pouvait aisément croire que c’était lui qui avait géré la partie illustration (alors qu’il n’était en réalité qu’au scénario, comme c’est également le cas ici).
D’emblée, en découvrant le trait de Boidin, je me suis sentie un peu décontenancée car son dessin est un peu différent. J’avais peur que « l’esprit Sambre » soit perdu. J’avais peur d’être déçue. Mais dès les premières pages, j’ai compris qu’il n’en serait rien, bien au contraire, car les illustrations sont d’une finesse et d’une beauté qui les place dans la lignée de celles des autres volumes. L’ambiance, les couleurs, le détail des décors, les costumes d’époque tellement beaux, l’expression des personnages si nuancée : tout y est !! C’est un vrai bonheur à admirer ! Voilà une des raisons pour laquelle j’adore cette saga.

photo instagram prise durant ma lecture

Vous le savez (ou pas), mais je suis plus 19ème siècle que 18ème. Encore une raison qui me faisait « craindre » cette trilogie mais encore une fois, mes doutes ont vite été effacés. Je reprochais au premier volume de Hugo et Iris d’être un peu lent, force est de constater que le rythme est beaucoup plus soutenu dans les 3 volumes de Werner et Charlotte. Du moins telle a été mon impression. Il y a beaucoup de dialogues, beaucoup de thèmes soulevés, beaucoup de trajectoires qui se croisent. D’emblée, nous sommes plongés dans un univers particulier où les personnages candides et purs évoluent aux côtés de personnages sulfureux et corrompus. Il y a de la futilité dans l’air et à la fois, un parfum de religion (mais une religion austère et moralisatrice) qui colle à la peau de tous, riches ou pauvres, femmes ou hommes. On est pervers et on pervertit tout en craignant l’Enfer et la punition divine… On craint le Diable mais on crache au visage de Dieu…

Côté personnages, j’ai adoré celui de Werner, jeune homme passionné, extrêmement pieux et droit, à la recherche d’une mère qui l’a abandonné (à laquelle il voue presque un culte alors qu’il ne s’en souvient pas). Avec ses yeux rouges et ses cheveux de jais, ce jeune homme séduit mais semble au delà de tous les péchés terrestres. Mais c’est également un garçon fragile car, hémophile, il frôle la mort à chaque blessure (et dieu sait qu’il va en prendre plein la tronche dans ces 3 tomes !).

Jeanne-Sophie Sambre est littéralement au cœur de l’histoire et vole la vedette à sa fille. C’est peut-être la seule déception que j’aurais suite à cette lecture : je suis restée sur ma faim pour ce qui est de la love story entre les deux rôles titres. Charlotte est finalement peu présente et peu intéressante, si ce n’est par sa relation avec Marie Antoinette qu’il est agréable de croiser, de temps en temps. Ce dénouement, c’est un peu une entourloupe, entourloupe évidemment voulue par Yslaire qui nous propose, au passage, certainement le cycle le plus MALSAIN de toute la saga familiale. Gare à vous, lecteurs ! Vous allez être interloqués de bien des manières et comme moi, en tournant les dernières pages, vous penserez ne pas avoir tout compris ! Puis, vous serez horrifiés.

En quelques mots,

Werner & Charlotte est une bd en trois tomes où il y a beaucoup à se mettre sous la dent. Beaucoup à lire, beaucoup à voir, beaucoup à comprendre car tout ne nous est pas forcément expliqué très clairement, surtout dans le dernier tome. Je n’ai pas eu la belle histoire d’amour que j’attendais, le personnage de Charlotte m’a paru extrêmement décevant mais j’ai adoré le personnage de Werner. Je retiendrai pourtant la délicatesse du dessin et la qualité d’un scénario que j’ai trouvé franchement captivant !

6 comments

    • Audrey says:

      Je n’aime pas emprunter en bibliothèque mais je me souviens que j’aimais beaucoup y piocher parmi les bds et les mangas ! C’est idéal pour découvrir de nouvelles choses sans se ruiner ! J’espère que tu le trouveras ! Moi j’attends un peu avant d’acheter le cycle Maxime et Constance car le volume 3 sort en janvier ! C’est presque là ^^

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    De très jolis dessins qui nous transportent immédiatemment au XVIIIème siècle !
    Je ne connais cette BD (manga ? ) que de nom…en fait, je ne suis pas très fan de ce genre de lecture, disons que cela ne m’attire pas, c’est plus juste et je n’y fais donc pas réellement attention, mais là, je trouve que le graphisme donne envie de s’y arrêter et de s’y intéresser. 😉
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…In My Mail Box – Octobre 2017My Profile

    • Audrey says:

      C’est une bd franco belge, son créateur, Yslaire, étant belge.

      ==> En 1986, il lance Sambre avec Balac (pseudonyme de Yann), sous le nom d’« Yslaire ». Cette série, d’inspiration romantique, racontant l’amour impossible entre Bernard Sambre, un jeune bourgeois, et Julie, une prolétaire, durant la Révolution française de 1848, est originale de par son style graphique différent, ainsi que par la palette des couleurs utilisées, très restreinte et centrée sur le rouge. […] La même année, il publie la légende des Sambre qui retrace la création de la série et l’inscrit dans un projet beaucoup plus importants projetant l’intrigue des Sambre sur plusieurs générations. C’est ainsi qu’en 2007 est publiée La guerre des Sambre nouvelle série où Yslaire n’est plus que scénariste et confie le dessin aux jeunes dessinateurs Jean Bastide et Vincent Mézil.

      Je te conseille franchement de tenter le coup, notamment si tu vas en bibliothèque car c’est une bd très littéraire qui pourrait te plaire, en plus d’être magnifique ! 🙂

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