Critique Le ventre de Paris, Émile Zola

3ème tome des Rougon-Macquart !

le-ventre-de-paris-1245L’histoire

Ce troisième tome se déroule principalement aux Halles centrales de Paris, un lieu décrit comme grouillant. Grouillant d’hommes, de femmes mais surtout, débordant de nourriture. Nous sommes en 1858.

Par définition, la nourriture y est synonyme de prospérité. Le manque de nourriture entraîne la pitié mais également la suspicion. Dès lors, Zola divise ses personnages en deux groupes que tout opposera au cours du roman : les gras et les maigres.

  • Si tu es bien gras, c’est que tu manges bien et donc, c’est que tes affaires vont bien. Généralement, on fait confiance à un gras. Un gras est forcément quelqu’un d’honnête.
  • Si tu es maigre, c’est que tu es un malfrat, un bon à rien. Quelqu’un de forcément malhonnête. Une personne rongée par les vices.

Parmi les gras de cette histoire, nous avons Quenu et Lisa, un couple de charcutiers vraiment prospères. Ils sont bien dodus, respectés. Tout va bien. Quand Florent, un maigre, et accessoirement le demi-frère de Quenu s’évade de Cayenne (où il a été injustement arrêté suite au coup d’état du 2 décembre 1851) et débarque chez eux, les choses se corsent. Que veut vraiment ce sac d’os qui, malgré les bons soins, n’aura jamais que la peau sur les os ?

Entre ragots, politique, légumes, viandes et rancœurs, Zola dresse le portrait de toute une petite communauté de marchants/commerçants mis à nu.

Mon avis

Les personnages

Bon, en lisant mon résumé, vous vous direz : ok mais les Rougon et les Macquart, ils sont où dans l’histoire ?

Et bien figurez-vous que la charcutière Lisa est justement une Macquart. Lisa est la fille d’Antoine Macquart (elle est emmenée à Paris comme bonne dans La fortune des Rougon) et donc, vient de la lignée bâtarde, lignée que l’on associe toujours à la paresse, à l’alcoolisme. Néanmoins, elle refuse tout à fait ses origines, n’a plus aucun contact avec sa famille et comme pour contrer son héritage, elle fait en sorte d’être travailleuse et surtout, toujours impeccable.

Il sera également fait mention de Saccart, Aristide Macquart, et de ses succès douteux de spéculateur (voir le tome 2, La Curée).

Ah oui ! J’ai aussi rencontré le peintre Claude Lantier ! Il est notamment le héros d’un autre tome, L’œuvre, que j’ai dû étudier en cours car je l’ai découvert un peu par hasard dans ma bibliothèque (oui, j’ai tellement de poche classiques que j’oublie les titres que je possède, honte à moi).

Je ne peux évidemment pas évoquer tous les personnages présents dans ce volume. Marjolin, La Sariette, La Belle Normande, La vieille mademoiselle Saget… Toutes ces personnes alimentent à merveilles les intrigues secondaires (ou non) que je me suis fait un délice de découvrir.

Des descriptions… écœurantes

Beaucoup de fans de Zola mettent en avant la beauté des descriptions présentes dans ce volume. Et ils ont raison. Émile Zola nous dépeint la vie des Halles sous toutes ses coutures. Pour cela, il faut appel à nos cinq sens et plus particulièrement à notre vision et notre odorat qu’il stimulent constamment. Les odeurs sont agréables sur certains étals, d’autres beaucoup moins. La charcuterie, qui fait partie des lieux-clefs de l’histoire m’a particulièrement dégoûtée avec son odeur douçâtre de graisse figée à un point tel que même la Belle Normande et ses poissons me semblait déjà plus appétissants, c’est dire !

Ces descriptions sont indispensables pour faire revivre l’ambiance des Halles, aujourd’hui disparues. Malgré tout, je les ai souvent trouvées un peu trop longues à mon goût. Mais je n’ai jamais été très fan du genre descriptif.

Le ventre de Paris VS Florent

Mais le ventre de Paris, qu’est ce c’est finalement ? Sans doute une sorte de monstre dévoreur d’hommes. Dans ces Halles, les commerçants et les marchands ont des histoires bien différentes mais ils ont principalement en commun leur manque de cœur. Ils forment une sorte d’organisme qui va rejeter le corps étranger qu’est Florent. Celui par qui les problèmes arrivent.

Quand il débarque aux Halles, Florent crève la dalle et s’il commence par se laisser séduire par les odeurs et les couleurs des Halles, il va vite les détester et se trouver mal à l’aise face à toute cette opulence de bouffe, de denrées périssables qui pourrissent, se détériorent tout au long de la journée sous ses yeux (il travaille alors aux Halles). En comparaison, le jardin potager de Madame François, la maraîchère qui le « sauve » au début du roman,  et qui vit à l’extérieur de Paris est décrit comme un paradis sur terre. Les légumes y sont pleins de vie et…notre Florent aussi.

Bien sûr, Florent est également l’élément politique de l’histoire puisque son histoire perso est associée à celle du coup d’état de 51… Même si on comprend bien qu’il a été condamné de manière injuste., le complot politique qu’il tente de mettre sur pieds va lui attirer quelques ennemis parmi les gras…

Faut dire aussi que Florent n’y met pas beaucoup de lui même : il demeure maigre ! Un scandale pour Lisa et sa bande !

En bref,

Difficile de ressortir du Ventre de Paris en ayant faim. On est écœuré par l’atmosphère saturée des Halles, par les odeurs, par les animaux morts, par ce temple de la consommation où les humains ne font pas vraiment preuve d’humanité. Pendant plus de 500 pages, Zola nous a enfermé dans un quartier en particulier, ne nous laissant que peu d’occasions d’en sortir d’où une impression d’oppression. Ce tome ne restera pas mon préféré et ce, pour de multiples raisons mais j’ai quand même beaucoup aimé les nombreux portraits que nous offre l’auteur. Certains personnages comme Lisa, Claude ou même Florent resteront gravés dans mon esprit.

Inutile de vous dire que j’ai déjà commencé le 4ème tome, La conquête de Plassans ?

7 comments

  1. Zofia says:

    Le côté un peu écoeurant me fait un peu penser au Parfum, du moins le début qui se passe à Paris sur le marche où nait Grenouille.
    En parlant de Zola, tu vas aller voir le film avec Canet et Galliene ? je les ai vu hier soir à Mardi Cinéma, et en fait le personnage de Claude Lantier est plus ou moins inspiré par Cézanne, avec qui Zola a été très ami. Je ne pensais pas aller le voir mais j’irais peut-être jeter un œil finalement.
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    • Audrey says:

      Franchement j’ai trop du mal avec Galienne (depuis son film Guillaume) même si je ne doute pas qu’il fasse un bon Cézanne. Le souci c’est plus Canet en Zola …..c’est vraiment étrange ! ^^ ça me tente pas des masses je t’avoue… je le verrai mais pas au ciné. Mais j’espère que tu m’en reparleras si jamais tu vas le voir !

      Quant aux vrais Cézanne et Zola,…. je me souviens que j’avais fait tout un parcours à Aix en Provence dans le cadre d’une visite organisée qui permettaient de voir les lieux de leur enfance partagée, avec un final dans L’atelier de Cézanne, bien entendu. C’était très intéressant et cest vraiment un truc que je voudrais refaire un jour…

      C’est sûr qu’on peut considérer que Claude Lantier a été inspiré par Cézanne mais certains y ont vus aussi Monet et Manet… ces derniers ne souhaitaient d’ailleurs pas du tout être associés à l’image du peintre-râté qui est développée dans le tome L’œuvre… Et c’est vrai que je me souviens que le parcours de Claude n’était pas glorieux… ce qui me donne ENCORE PLUS envie de relire ce volume mais j’en suis encore très très loin snifff

      Sinon faudrait vraiment que je lise Le parfum un jour !!

      • Zofia says:

        Il t’énerve Guillaume ? moi je l’ai un peu découvert avec Guillaume et les garçons donc je n’en suis pas encore lassée… Dans l’émission, ils ont montré des extraits et les acteurs ont l’air super biens, et je trouve que Canet s’efface bien derrière le personnage, même si je ne le connais pas assez pour savoir s’il est juste ou pas.
        En fait, je ne savais même pas que Zola et Cézanne avait été amis ! Ca doit être chouette comme visite, j’aime bien ce genre de choses.

        Ah Le parfum ! 😉 je pense franchement que tu pourrais aimer. Ce livre est devenu tellement à part pour moi.
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  2. Aurore says:

    Je n’ai pas lu ce tome.
    J’ai l’impression qu’on adore ou que l’on déteste Zola mais qu’il ne laisse pas indifférent. J’ai dévoré nombre de ses romans, et je fais parti de la seconde « catégorie » !

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