Critique Un endroit discret

J’ai commencé Un endroit discret il y a plusieurs semaines. Le livre n’est pas très gros et je pensais le terminer en quelques jours seulement. Manquant de motivation, j’ai mis beaucoup plus de temps et vous l’aurez sans doute compris : je n’en conseille pas vraiment la lecture. Je vais peut-être en dire un peu trop sur l’histoire alors passez votre chemin si vous voulez rester vierge de toutes informations !

Un endroit discret nous raconte le drame qui bouleverse la vie de Tsuneo Asai, un homme d’une quarantaine d’années. En mission à Kobê, il apprend que sa jeune épouse, malade du cœur, vient de mourir d’une crise cardiaque. Si, dans un premier temps, il n’est pas surpris de la mort d’Eiko, qui était particulièrement fragile, il finit peu à peu par se douter que sa femme n’était pas aussi irréprochable qu’il voulait bien le penser durant leur vie commune. La quête de la vérité devient une obsession et le mènera à considérer d’un nouvel œil le vide de sa propre existence.

Ce livre a été publié durant les années 70, si je me souviens bien, et il met parfaitement en scène la société japonaise de ces années-là. Ce n’est pas vraiment un roman policier à proprement parler, mais plutôt une peinture des mœurs de l’époque. De cette société étouffée par les conventions, les règles de politesse. Par le carriérisme à outrance qui amène les hommes (et les femmes) à passer à côté de leur existence. La mise en scène de ces destins influencés par le qu’en dira-t-on, la pression sociale et les protocoles est vraiment cruelle et m’a laissé un goût amer. Il y a une tragédie latente derrière tout ça, celle de tout un peuple.

Le personnage d’Asai est vraiment étrange pour nous, les occidentaux des années 2000. Faisant passer sa vie professionnelle avant sa vie personnelle, il pense avant tout au regard qu’ont ses supérieurs pour lui, faisant souvent du zèle…pour rien. Dans cette histoire, il finit par craquer et commet l’irréparable. L’auteur nous montre qu’il aurait pu commettre le crime parfait s’il n’avait pas cru bon de vouloir tout maitriser. Cet homme qui, suite à un moment de folie (qui ressemble, finalement, à son seul moment d’humanité dans le sens où il réagit de manière spontanée), va basculer du mauvais côté et court à sa perte tout seul, comme un grand. C’est très ironique et encore une fois, très cruel.

J’ai trouvé le style de l’auteur très lourd tout au long du roman. Pour tout vous dire, il est adepte des répétions et pendant 150 pages, l’histoire n’avance pas d’un poil. Ou presque. C’est long. Du coup il est très difficile de ne pas décrocher ou même, de ne pas se lasser. J’ai été déçue car je m’attendais à un vrai polar. A mes yeux, ce livre n’a rien à faire dans cette collection. J’ai eu envie de laisser Asai où il en était mais je ne peux décidemment pas me résoudre à abandonner un livre que j’ai choisi moi-même. A partir de ces 150 pages, l’intrigue se met finalement en place ou du moins, la tension est enfin là. Asai a tué. Asai a peur d’être retrouvé et il manigance plein de choses pour s’en sortir. C’est déjà un peu plus palpitant mais la fin arrive vite et il faut refermer le livre.

Un endroit discret n’est pas un polar, encore moins un roman à suspens étant donné que l’on comprend toute l’histoire dès le début. Cette lecture m’a laissée très perplexe et je suis particulièrement décontenancée. Reste la très belle peinture de la société japonaise avec sa hiérarchisation et ses coutumes qui contraignent les gens à vivre dans l’hypocrisie, le déni et la frustration.

 

 

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