Critique Tel père, tel fils

Sortie : le 25 décembre 2013

Quand j’ai vu qu’un film japonais était à l’affiche, j’ai foncé, comme toujours. Pour moi ce fut un vrai plaisir d’entendre parler japonais pendant deux heures même si je conviens d’un fait : le film est bon mais légèrement trop long (mais j’étais très fatiguée aussi et la séance de 21h m’a achevée).

L’histoire est la suivante : obsédé par la réussite sociale et professionnelle, Ryoata a toujours été déçu par le comportement de son jeune fils, Keita, qu’il trouve trop gentil et pas assez combattif. Malgré tout, toute sa vie vole en éclats le jour où il apprend que son fils n’est pas vraiment son fils. Echangés à la naissance, Keita et Ryusei ont atterri dans la mauvaise famille. L’une est aisée et un peu snobe, l’autre ouvrière et beaucoup plus simple. Au cours des mois suivants, les deux familles vont tenter de se voir le plus souvent possible afin de préparer un nouvel échange qui risque de bouleverser leur équilibre respectif.

Tel père, tel fils qui a accessoirement eu le Prix du Jury lors du dernier festival de Cannes évoque un sujet plutôt épineux : qu’est ce qu’être père et surtout, quand le devient-on vraiment ? L’éducation est elle plus forte que les gènes ? La question des liens du sang, de la filiation, de l’héritage paternel est également importante. Quand Ryoata, l’architecte froid raconte à Yudai, le commerçant jovial qu’il n’a jamais fait telle ou telle activité avec son père à lui, le second lui rétorque qu’on est jamais obligé d’être comme son père… et l’engage à briser le schéma établi.

Les histoires d’échange d’enfants, ce n’est pas nouveau sous le soleil mais ce film a l’avantage d’être très intelligent et surtout, très subtil. Il prend son temps pour nous faire découvrir la vie des Nonomiya qui vivent dans un bel appartement et qui possèdent une belle voiture, un bel appareil photo etc. Les rapports père/fils sont également longuement évoqués. Enfin, dans ce cas précis, il est surtout question d’une absence de relation étant donné que le père est toujours en train de travailler. Quand il est à la maison, c’est pour recommander à son fils de bien travailler son piano car l’éducation passe avant le jeu. Toujours.

Nous découvrirons la vie des Saiki grâce aux séjours qu’y passe Keita. Là bas, c’est le contraire ou presque. Les gamins jouent dans le bain avec leur père et parfois, tous les membres de la famille dorment ensemble, juste pour le plaisir. On est bien loin du sérieux et de la sévérité ambiante des Nonomiya.

J’ai été marquée par le naturel des enfants et par la spontanéité de leurs jeux et de leurs rires. Il n’y a donc rien de superficiel dans un film où rien n’est superflu. Il n’y a pas de dénonciation d’une éducation en particulier car comme dit l’un des personnages, toutes les familles sont différentes. Et j’ai trouvé ce traitement intéressant car loin d’être manichéen. Malgré tout, Ryoata se démarque par sa dureté. Déçu de ne pas se sentir en connexion avec Keita, il prend la révélation de sa fausse paternité comme la réponse à ses questions. Si son enfant ne lui ressemble pas, c’est tout simplement parce qu’il n’a pas son sang. Il lui faudra du temps et voir son fils partir loin de lui pour réaliser que les 6 années passées ensemble ont tissé des liens indéfectibles.

Tel père, tel fils est un film émouvant mais qui ne sombre jamais dans le pathos pour autant car nous tirer des larmes aurait été bien trop facile. Les sentiments des parents, les questionnements des enfants, le traitement des milieux sociaux et des relations de couple nous plongent dans une ambiance que certains trouveront trop feutrée (trop japonaise ?) mais qui m’a particulièrement plu.

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