Critique Solitude d’un autre genre, Kabi Nagata

J’ai reçu Solitude d’un autre genre dans le cadre d’une masse critique Babelio. Autant vous dire que j’étais ravie de recevoir un manga car je n’en avais pas lu depuis plusieurs mois. J’ai trouvé ce récit autobiographique intéressant car introspectif et soulevant des sujets que je n’ai pas souvent croisé. Cependant, ces derniers sont trop loin de ma propre réalité pour m’avoir vraiment touchée.

Résumé éditeur

Kabi Nagata, 28 ans, souffrant de dépression et de troubles alimentaires, vit encore chez ses parents, et n’a pas trouvé sa place dans la société. Après de nombreux échecs et petits boulots, elle réalise ce qu’elle souhaite vraiment faire : dessiner des mangas ! En parallèle de ses débuts artistiques, elle se sent terriblement seule et réalise qu’elle n’a aucune expérience sexuelle. Elle désespère d’avoir quelqu’un ne serait-ce que pour la prendre dans ses bras. Elle décide alors, pour le bien de sa création artistique mais aussi pour elle-même, d’avoir recours à une prostituée afin de trouver ce “doux nectar” dont les autres semblent jouir en secret…

Mon pote de lecture.

Mon avis

Solitude d’un nouveau genre est un manga dur, très brut, honnête et qui va droit au but. Ne vous fiez pas à la couverture, ce n’est pas un récit érotique. Ne vous fiez pas au rose qui prédomine : ce n’est pas une histoire girly et mignonne.

L’histoire qui nous est racontée ici a tout d’abord été publiée sur le site internet Pixiv puis a été reprise par un éditeur et est sortie en papier au Japon lors de l’été 2016. Depuis, elle a trouvé preneur à l’international : pour ce qui est de la France, ce sont les éditions Pika qui s’en ont chargé.

Côté dessins : clairement pas de coup de cœur pour moi. Le style est classique, assez épuré malgré tout. Notons que de nombreuses touches de rose viennent habiller les dessins en noir et blanc.

Côté histoire, c’est particulier. Le thème n’a rien de réjouissant. Notre héroine a 28 ans, est célibataire et vierge, qui plus est. Cela n’est évidemment ni une tare, ni un problème, même si ces particularités, dans la société actuelle, sont particulièrement pesantes. Non, cela ne serait rien si cette fille n’était pas en pleine souffrance. Anorexique, boulimique, mal dans sa peau, qui s’arrache les cheveux (au sens propre du terme), qui se scarifie… en somme, qui est si mal et si incapable de nouer des liens avec autrui et de trouver sa place qu’elle s’auto détruit. L’auteure le souligne à plusieurs reprises : prendre soin d’elle n’a jamais été son fort.

Sans amour, sans amis, sans travail : notre héroine fait rapidement peine à voir. Son comportement souvent incompréhensible (et destructeur, comme souligné plus haut) pourrait fortement agacer s’il n’était pas le reflet de profondes souffrances. Il ne faut pas se leurrer : malgré un ton volontairement « froid », détaché et sans affect, le récit qui nous est donné ici est vraiment poignant. S’il n’est évidemment pas « que » ça, Solitude d’un nouveau genre est bel et bien l’histoire d’une jeune femme qui voudrait que quelqu’un la serre dans ses bras. L’histoire d’une femme dans une cage de verre, qui voit évoluer les gens autour d’elle, qui voudrait se fondre dans la foule mais qui ne peut tout simplement pas.

Bien sûr, ce manga parle également de la découverte de sa sexualité et dans le cas présent, de son homosexualité ce qui est particulièrement compliquée dans une société japonaise très normée, très culpabilisante et où les hommes et femmes ont la pression jusque dans leurs ébats. Les tabous, le manque d’éducation sexuelle et d’informations et la prostitution sont également des thèmes qui font de cette œuvre, un récit intéressant pour ceux ou celles qui veulent se pencher sur cette problématique.

En quelques mots,

Dans son œuvre, Nabi Nagata fait preuve d’une grande sincérité et livre ses pensées intimes, sans fard, sans peur de choquer et avec une sincérité désarmante. On pourra être surpris par son ton volontairement détaché, presque scientifique, peut-être le reflet d’une certaine pudeur, malgré tout ou bien d’une envie de se montrer la plus lucide et la plus objective possible. Dommage que le récit ne soit pas plus creusé et surtout, qu’il se finisse de manière aussi abrupte. Je crois qu’une suite a été publiée mais qu’elle n’est pas encore disponible en français.

8 comments

    • Audrey says:

      Oui c’est intéressant 🙂 Et à la fin, il y a un grand article sur la société japonaise, son rapport à l’homosexualité, la pression subie, tout ça tout ça… Mais ce n’est pas forcément très drôle et distrayant, il faut bien l’avouer (sans être plombant)..

      • Zofia says:

        C’est vrai qu’on ne parle jamais de la perception de l’homosexualité au Japon… on parle beaucoup des pays musulmans etc mais je pense qu’il doit y avoir d’autres pays où les choses sont difficiles et je ne connais rien sur le sujet.
        Zofia Articles récents…Bilan de décembreMy Profile

        • Audrey says:

          Pour m’intéresser un peu à ce pays, je savais que c’était un peu compliqué pour la communauté homosexuelle. J’imagine que la société japonaise est très frustrante sur bien des points, notamment sur celui-là. Gare à ceux qui ne rentrent pas dans la norme…

  1. Audrey says:

    Malgré la complexité et la dureté des thèmes abordés, l’ouvrage a l’air intéressant. Dommage pour la fin, mais j’espère que si suite il y a, elle sera également publiée en France…

    • Audrey says:

      Je ne sais pas du tout mais je pense qu’ils la publieront ! 🙂 Je resterai à l’affût malgré tout, d’ici là j’aurais peut-être envie d’en apprendre un peu plus même si à mon avis, le gros de la problématique est déjà évoqué dans ce premier tome. Je ne vois pas trop ce que pourrait apporter une suite.

  2. Après l'averse says:

    Je suis curieuse de savoir comment est reçu le livre au Japon ! J’ai vu un documentaire sur Netflix consacré aux relations sentimentales / la sexualité au Japon, c’était assez triste.

    • Audrey says:

      Oh oui, ce n’est pas un cliché de dire que les japonais ont quelques soucis de ce point de vue là. Bien sûr, il ne faut pas généraliser à l’ensemble de la population mais ne serait-ce qu’au niveau des relations sentimentales, c’est un peu compliqué oui ! Alors quand tu es gay, t’imagine bien le souci…

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