Critique Les Sœurs Brontë

Est-ce que ça vous le fait aussi parfois, croire avoir vu un film puis finalement, ne pas en être si certain que ça ? Moi c’est exactement ce que j’ai vécu avec Les Sœurs Brontë. J’avais ce sentiment avant de l’avoir vu et même après l’avoir visionné, je reste persuadée de l’avoir vu il y a longtemps, sans en être certaine pour autant.

les-soeurs-bronte-poster_424571_6469Je suis passionnée par les sœurs Brontë et donc, pas forcément la mieux placée pour juger une œuvre qui parle d’elles parce qu’en toute logique, si une œuvre parle d’elles, je vais forcément aimer. Vous voyez le genre ?

Pour ce qui est de l’histoire de ce film, il y a tout et rien en particulier : on suit la vie des Bronte au début des années 1840. Il y aura tout : l’amour de Branwell pour une femme mariée et sa descente aux enfers, le travail de gouvernante d’Anne, le séjour d’Emily et Charlotte à Bruxelles, leurs premiers écrits, la publication puis la mort de Branwell, d’Emily et d’Anne sans oublier le mariage de Charlotte et un peu de sa vie d’après.

soeursbronte05

Le film d’André Téchiné date de 1979 avec tout ce que cela implique comme « défauts » même si je ne l’ai pas trouvé si vieilli que ça, après tout…

Le ciel est éternellement plombé mais chaque scène semble être construite comme un tableau ce qui donne une dimension très esthétique à l’ensemble. On sent qu’on est vraiment dans le film d’auteur où tout a été pensé dans un but bien précis. C »est intéressant mais en même temps, cela donne un côté très figé, très poseur.

Est-ce dû aux 37 ans du film ? Mais je dois avouer que j’ai eu un peu de mal avec le jeu des trois actrices que j’ai trouvé souvent théâtral, très froid et manquant de naturel. Isabelle Adjani, qui campe une Emily en mode sauvageonne, parle souvent d’une voix monocorde, Anne (Isabelle Huppert) paraît presque terne et que dire de la scène où Marie-France Pisier, qui joue Charlotte, écrit frénétiquement à son professeur bruxellois les yeux au ciel, sans même regarder sa page, comme prise d’une passion rageuse, d’une transe presque plus ridicule que touchante ? Si je comprends quels sentiments a voulu exprimer le réalisateur, j’ai détesté la direction d’acteurs….

Enfin globalement.

critique-les-soeurs-bronte-techine2

Car à ma grande surprise, j’ai beaucoup apprécié la prestation de Pascal Greggory qui incarne Branwell et que j’ai trouvé étrangement touchant. Parce que soyons honnête : j’ai toujours plus accordé d’importance aux trois sœurs qu’à leur frangin. Déjà, parce qu’il ne m’a pas laissé de livre à découvrir, parce qu’il meurt en premier et parce qu’il m’a toujours semblé être un être égoïste, alcoolique et trop autodestructeur pour que je puisse vraiment l’aimer.

Ici, Branwell m’a touchée, m’a fait de la peine et j’ai été d’autant plus attristée par son parcours, par ses vices, par son hypersensibilité et même, par son égocentrisme pur et dur. Plus que jamais, cet homme est présenté ici comme l’une des inspirations principales d’Emily pour ses Hauts de Hurlevent et semble avoir donné ses traits de caractère ambivalents à Heathcliff et Edgar Linton, les deux principaux personnages masculins d’Emily.

97091582Là où j’ai été surprise par ce film, c’est qu’il ne parle pas de la création littéraire en tant que telle mais plutôt des sources d’inspiration des trois auteurs.

Pour Anne, c’est sans doute sa condition de gouvernante, où elle est sans cesse ramenée à sa condition d’employée par la famille chez qui elle travaille, qui est l’origine de son ambition d’écrivain (du moins, dans le cas de son premier roman Agnès Grey).

Pour Charlotte, c’est bien sa passion contrariée pour son professeur de Bruxelles qui nourrira en partir son livre Jane Eyre puis Le Professeur.

Emily est présentée comme la plus insaisissable des trois, la sauvage, celle qui court la lande habillée comme un homme. C’est aussi pour ça que c’est ma préférée même si je la verrais toujours comme quelqu’un de peu liant et de peu accessible, ce qui ne la rend pas sympathique. D’ailleurs, je crois que l’on peut dire que son unique roman n’est pas sympathique, à son image, mais c’est un chef d’œuvre. Et c’est toujours sa mort à elle qui me rend la plus triste.

les-soeurs-bronteGlobalement, le film d’André Téchiné est quand même un film sacrément austère et un poil tristounet mais vu le thème, ça ne pouvait pas être autrement. Je ne peux que le conseiller à ceux et celles qui connaissent un peu l’univers de cette famille. Sinon, je pense que l’ennui pourra arriver assez vite chez les autres. Pour ma part, après une certaine déconvenue de départ, je considère que le film est plutôt intéressant et je me ferai un plaisir de le revoir dans quelques mois.

3 comments

  1. Zofia says:

    Ca ne m’étonne pas que l’ambiance soit un peu plombée, c’est vrai que le sujet ne permet pas forcément autre chose, par contre je suis un peu étonnée du casting et d’une réalisation française, il ,n’y a jamais eu de films britanniques sur les sœurs Brontë ?! Non pas que je doute du talent du réalisateur et des actrices 😉
    Zofia Articles récents…Vu, Lu, Entendu et bilan de la dernière semaine du Marathon de l’EpouvanteMy Profile

    • Audrey says:

      Je sais qu’il y a un film qui date de 1946 mais il ne me tente absolument pas ! Et je crois que la BBC va prochainement sortir un téléfilm sur elles (peut être en plusieurs épisodes ??) et cela va être forcément bien !
      Il y a beaucoup d’adaptations de leurs romans mais pas grand chose sur leur vie à elles et en effet, c’est étrange de voir que la production la plus récente est française !
      A moins que je me trompe et qu’il y ait eu autre chose entre temps ? Mais ça m’étonnerait.

Laisser un commentaire

CommentLuv badge