Critique Retour à Whitechapel, Michel Moatti

retour-a-whitechapelQuand j’ai vu la critique de Zofia, j’ai eu comme un flash : je me souvenu que j’avais ce livre dans ma bibliothèque !

Résumé

Dans ce roman, Michel Moatti nous propose de revenir à Whitechapel et de marcher dans les pas de Jack l’Éventreur. Pour ce faire, il a choisi un contexte bien particulier : la seconde guerre mondiale. Amélia Pritlowe, son héroïne, n’a rien d’une jeune première. A plus de 50 ans, elle vit seule, sans enfants et est une infirmière du London Hospital. Chaque jour, elle travaille dur pour soigner, soulager les blessés et comme tout le monde, vit au rythme des bombes qui dévastent la ville. Nous sommes en 1941.

C’est dans ces circonstances qu’Amélia perd son père. Dans une lettre posthume, ce dernier lui annonce que Mary Jane Kelly, la dernière victime de Jack l’Éventreur, n’était autre que sa mère. Outrée par cette révélation fracassante, Amélia va utiliser chaque seconde de son temps libre pour essayer de remonter la piste du célèbre tueur en série. Mais 53 ans après le meurtre, a-t-elle encore des chances de retrouver celui qui a tué sa mère ?

Mon avis

J’ai lu ce livre en deux jours et lors d’une de mes séances de lecture (à 3h30 du matin, dans le silence le plus total), je peux vous assurer que je n’étais pas vraiment rassurée. Non, ce livre n’a rien de très très effrayant, nous ne sommes pas dans l’horreur pure mais l’ambiance de Whitechapel m’a paru si palpable que j’en étais un peu crispée. Les histoires mystérieuses et sordides ont toujours eu plus d’impact sur moi que le gore pur et dur (bien que les crimes de Jack n’en soient évidemment pas dénués).

Tout ça pour vous dire que Retour à Whitechapel m’a offert une immersion totale dans le Londres victorien et que j’en ai savouré chaque seconde. J’ai plongé dans l’époque victorienne dans ce qu’elle avait de plus sordide. Avec ses rues pauvres, dégueulasses, sa noirceur et sa cruauté.

Mais n’allons pas trop vite…

Le roman de Michel Moatti s’articule autour de trois formes de récit :

  1. On a tout d’abord les carnets d’Amélia Pritlowe. Ce sont des sortes de journaux intimes où elle raconte un peu de son quotidien, un peu de son passé mais où elle livre surtout ses impressions sur ses découvertes et son enquête.
  2. Les lecteurs sont, de plus, régulièrement projetés en 1888 pour assister aux différents interrogatoires de police. Nous sommes alors juste après le meurtre de Mary Jane Kelly et tout son entourage proche est interrogé.
  3. Enfin, nous avons également des passages purement narratifs qui se concentrent sur les derniers instants des différentes victimes. Nous vivrons quelques temps aux côtés de Mary Ann Nichols, d’Annie Chapman, d’Elizabeth Stride, de Catherine Eddowes et enfin, de Mary Jane Kelly. J’ai aimé ces passages même s’ils « puent » la souffrance, la misère, la maladie parce que l’auteur a redonné vie à des femmes, à des êtres humains avec une histoire et des sentiments, qui disparaissent un peu trop souvent derrière les crimes eux mêmes (et dernière le mythe de l’Éventreur). Moi même, j’ai bien souvent associé l’image de Jack l’Éventreur à ce petit frisson d’horreur mi-plaisant, mi-flippant mais j’ai souvent oublié d’avoir de la compassion pour ses victimes et Retour à Whitechapel m’a bien remis les pendules à l’heure. Et j’ai aimé ça. Le Londres victorien sordide, je ne connaissais déjà un peu grâce à Lee Jackson mais il n’a jamais été aussi bien reconstitué qu’avec Michel Moatti.

Trois ans de recherches ont été nécessaires pour écrire ce roman et cela se sent. Il est extrêmement bien documenté. C’est un livre dense, palpitant, riche tout en restant fluide et plaisant à lire. Les recherches d’Amélie sont ordonnées, organisées, fondées sur des informations réelles qui nous permettent de glisser doucement vers la thèse soumise par l’auteur, une thèse qui semble tout à fait cohérente et crédible.

Si les passages narratifs évoqués plus haut, loin d’être larmoyants, provoquent quand même quelques émotions, l’œuvre se caractérise principalement par sa rigueur « scientifique ». C’est un roman, certes, mais pas tout à fait. Si vous recherchez une fiction pure autour du mythe de Jack l’Éventreur, passez votre chemin. Amélia Pritlowe est un personnage fictif mais les descriptions de l’époque, les descriptions des corps, les personnages mis en scènes… tout cela est réel.

Nous sommes dans un dossier d’enquête terriblement passionnant et prenant, entre une fiction bien menée et la démonstration d’une thèse.

 

 

7 comments

  1. Zofia says:

    Contente de voir qu’on a le même ressenti 🙂
    C’est vrai que les victimes ne sont pas souvent représentées, à part à l’état de cadavres totalement abîmés (dans les histoires qui concernent Jack l’éventreur) et là, c’était bien de faire vivre les victimes, de parler de leur vie ou de leur famille.
    Zofia Articles récents…Sexe and the seriesMy Profile

  2. sanasan says:

    Jack l’éventreur ou le serial killer le plus mystérieux de tous les temps. Du coup, c’est vrai que son histoire fascine (bon ok c’est glauque). La mienne a commencé il y a des années avec un vieux téléfilm dans lequel Jouait Michael Caine. Le scénario proposait une résolution de l’énigme plutôt intelligente (je ne dis rien au cas ou tu voudrais le visionner un jour).
    sanasan Articles récents…DRAGON LOYALTY AWARDMy Profile

    • Audrey says:

      Ce qui est dingue c’est que des décennies plus tard, ça continue à inspirer et à fasciner les gens ! J’adore ce mystère moi aussi même si quelque part, je trouve ça terrible qu’on prenne la peine de se souvenir d’un maniaque pareil ! C’est lui faire trop d’honneurs.

      Oui peut être que je le verrai donc tu as bien fait de ne pas en dire plus ! 😉

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