Critique Pour le réconfort

Vincent Macaigne est un comédien et metteur en scène au théâtre. Depuis quelques années, on le voit souvent au cinéma. Pour le réconfort est son premier film en tant que réalisateur. Ce long métrage a été réalisé avec un budget très très limité, pour ne pas dire inexistant ce qui lui donne un côté rugueux et presque « amateur ». Passé ces considérations esthétiques, il s’agit malgré tout d’un « vrai » film avec une vraie histoire et des acteurs très impliqués (avec qui il travaille généralement au théâtre).

De quoi ça parle ?

Pascal et Pauline reviennent sur les terres de leurs parents après des années de voyage, et se retrouvent dans l’impossibilité de payer les traites du domaine. Ils se confrontent à leurs amis d’enfance, qui eux, d’origine modeste, n’ont jamais quitté leur campagne. Et à Emmanuel surtout, qui veut racheter leur terrain au meilleur prix pour l’expansion de ses maisons de retraite.

Entre les amitiés d’hier et les envies de demain, la guerre aura-t-elle lieu ?

Mon avis

Difficile de parler d’un film aussi atypique (« marginal » serait peut-être un terme mieux adapté pour le qualifier) que Pour le réconfort… Librement inspiré de La Cerisaie de Tchekhov, ce long métrage revient sur un thème aussi casse gueule que la lutte des classes avec une opposition que l’on croyait terminée depuis longtemps et qui confronte, vous l’avez deviné, les dominants (les propriétaires terriens à qui tout est tombé dans le bec juste parce qu’ils sont nés dans la « bonne » famille) aux dominés (ceux qui doivent se battre pour avoir leur part du gâteau).

Arrogants ou vindicatifs, médiocres et conscients de l’être ou tout simplement indifférents à ce qui ne les concerne pas directement, les personnages s’affrontent durant 1h30 avec, en toile de fond, la fameuse vente aux enchères qui va dépouiller Pascal et Pauline de leur bien familial (qu’Emmanuel compte bien racheter). En conséquence, leurs moments passés ensembles sont tendus, violents, pleins de rancœur et de jalousie, de sous entendus et d’égoïsme. Malgré leurs dissensions évidentes, ils n’en forment pas moins un groupe lié par un passé commun, bien que ce passé n’ait visiblement pas la même valeur pour tous.

Ce film est à part dans le sens où il est très « brut ». Ce n’est pas du cinéma classique avec des acteurs maquillés, une belle lumière en toute situation des jolis lieux de cinéma. Non, c’est un cinéma réaliste avec des passages un peu moins à mon goût (les monologues, notamment) mais dont les dialogues restent merveilleusement bien écrits et délicieux à écouter. Il y avait quelque chose de tellement réaliste et de tellement piquant dans les échanges que j’ai bien accroché à l’ensemble (malgré les digressions parfois hystéro des personnages). Je pense qu’il y avait aussi beaucoup d’impro là dedans, cela se sent et donne aussi un aspect très particulier à l’ensemble.

En quelques mots,

Pour le réconfort n’est pas un film à mettre devant tous les yeux mais il plaira aux cinéphiles qui recherchent autre chose ou aux fans de Macaigne qui souhaitent retrouver sa patte. Le film pose beaucoup de questions et quelque part, n’en résout aucune. Rageuse mais pas politique (car ici ce sont les sentiments qui priment sur l’argumentation), souvent mélancolique, l’histoire est interprétée avec une belle conviction et vaut la peine d’être suivie si on apprécie le cinéma d’auteur.

8 comments

    • Audrey says:

      Je comprends ! Si je n’avais pas été fan de l’acteur/réalisateur, je ne serai pas allée le voir ! 😉 On y est allés vendredi à 18h45. Il était diffusé dans la grande salle du ciné et on était… que tous les deux 😀

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