Critique Petite femme d’Anna Giurickovic Dato

Écrit par Anna Giurickovic Dato, Petite femme a été traduit de l’italien par Lise Caillat. Il a été publié aux éditions Denoël le 31 mai 2018.

 

L’auteure

Quel bonheur de la voir comme ça ! Elle ne cache pas sa tristesse derrière des sourires timides, elle ne regarde pas son assiette avec ennui, non, elle remplit la pièce de regards enjoués et sincères. Je ne suis pas habituée à cette Maria, je voudrais qu’elle soit toujours ainsi. Antonio, j’en suis certaine, est béat d’admiration. Il doit penser : Quel charme, cette Maria, vraiment une belle enfant (p.45).

Résumé éditeur

Silvia, son mari Giorgio et Maria, leur petite fille de cinq ans, vivent au Maroc. Giorgio est un père présent et attentionné. Tout irait pour le mieux si Maria n’avait pas un comportement violent et exhibitionniste avec ses camarades. À l’école, on s’interroge : quelqu’un aurait-il eu des gestes déplacés envers l’enfant? La mère refoule les sentiments contradictoires qu’éveille en elle cette question. Un jour, alors qu’elle rentre du marché, elle découvre un attroupement devant leur maison. Giorgio est tombé par la fenêtre. Maria, qui était à la cuisine, n’a rien vu.

Des années plus tard, la mère et la fille s’installent à Rome, où Silvia tombe amoureuse d’un autre homme, Antonio. Le déjeuner organisé par la femme pour présenter son nouveau compagnon à sa fille va réveiller de vieux démons. Mère et fille se retrouvent enfin face à face, la défiance de l’une attisant la culpabilité de l’autre.

Mon avis

Très court (il fait moins de 200 pages), Petite Femme est un roman troublant, sensuel et ambigu qui explore avec brio les tréfonds et les contradictions de l’âme humaine.

Rabat. Maria est une enfant étrange, une petite fille au comportement problématique, impudique. Elle éprouve une admiration dévorante pour son père tout en ayant terriblement peur de lui. On comprendra très vite pourquoi.

Devenue adolescente et de retour à Rome, avec sa mère comme seule compagnie, Maria ne sera plus qu’une jeune femme diaphane, déscolarisée, incapable de sortir de chez elle sans paniquer sur son apparence et sur les gens qu’elle risque d’y rencontrer. Belle, elle est capricieuse et fait tourner sa mère en bourrique. Quand cette dernière ramène un nouvel homme à la maison, elle s’attend à tout : Maria va devenir folle, elle va forcément mal le prendre… Mais non, bien au contraire. Plutôt consciente de ses charmes et de ce qu’ils peuvent provoquer chez les hommes, Maria s’amuse avec l’amoureux de maman. La dépossède de son histoire d’amour, la fait culpabiliser en silence.

Bientôt, nous, lecteurs, ne savons plus trop comment la considérer. Devons-nous la prendre en pitié ? Maria est-elle une victime, pauvre adolescente torturée par un traumatisme passé, mais immense, et incapable de se contrôler ? À moins qu’elle ne soit finalement qu’un démon, une créature de l’enfer sans morale et sans innocence dont il faudrait se méfier ?

J’adore les romans aux personnages ambigus, marchant sur la frontière étroite entre innocence et dépravation et j’ai aimé le personnage de Maria pour son ambiguité et pour le doute qui nous suit tout au long du roman. J’ai également beaucoup aimé la belle plume de l’auteure, notamment ses descriptions du Maroc et de l’Italie, que j’ai trouvé très visuelles, élégantes et poétiques.

En quelques mots,

Si vous recherchez un roman court, maitrisé et bien écrit, bien plus profond que vous ne pourriez le croire au premier abord, vous risquez de fortement d’apprécier Petite femme. Il s’agit d’un premier roman mais rien, ni la complexité des sentiments évoqués, ni la plume de l’auteure ne pourraient le faire croire. Étirée sur la longueur, une telle histoire aurait pu paraître moins intense, peut-être même surjouée mais la brièveté du récit joue vraiment en faveur de la tension permanente qu’il instille de la première à la dernière page.

 

6 comments

    • Audrey says:

      Oui la couverture est vraiment jolie ! J’aime beaucoup ses teintes, les chaussures… Elle donne une impression d’innocence.

      Je pense que tu saurais apprécier la qualité de l’écriture mais en effet, je ne suis pas certaine que ça soit un roman qui puisse te plaire à 100%. Du moins, il ne correspond pas forcément à ton genre de prédilection.

      Merci pour le fond d’écran ^^ Petits tatouages vintage 😉

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