Critique Un bon parti, Curtis Sittenfeld

L’histoire

La tension est palpable chez toutes les mères de Cincinnati : Chip Bingley, beau médecin, célèbre participant d’une émission de téléréalité, vient de s’installer en ville et… c’est un cœur à prendre. Elizabeth, de passage pour aider sa mère après l’accident de son père, se fiche bien de tous cette agitation, d’autant que Chip est toujours accompagné de son insupportable et suffisant collègue, Fitzwilliam Darcy. Elle tente de redresser les finances familiales en dépit d’une mère qui utilise le shopping en ligne comme psychothérapie et de ses trois sœurs qui vivent encore au crochet de leurs parents dans une maison qui part à vau-l’eau. Mais elle doit aussi veiller sur son père, qui préférerait s’enfiler un bon steak plutôt que de respecter les recommandations du médecin, et sur sa sœur Jane, en train de succomber au charme, ennuyeux mais certain, de Chip.

Mon avis

Transposer l’histoire d’Orgueil des Préjugés en 2013, à Cincinnati, il fallait oser !

Bon, tout comme moi, vous avez certainement déjà lu pas mal d’austeneries. Il est même fort probable que vous ayez déjà parcouru des austeneries contemporaines et mangé nos personnages à la sauce années 2000. Mais à mon avis, aussi folles qu’elles aient pu paraitre, aucun n’égalait celle de Curtis Sittenfeld en matière d’inventivité.

C’est le gros point fort du roman, du moins si on est ouvert à ce genre de fantaisie (si on ne l’est pas, autant ne pas commencer ce bouquin, ça parait logique) : l’auteure est allée au bout de son délire, si j’ose dire.

Pour ma part, j’ai trouvé que le travail sur les personnages était particulièrement intéressant et marrant à découvrir. Prenons Jane et Lizzie, par exemple. Dans l’œuvre originale, elles ont la vingtaine et à ce titre, elles sont presque considérées comme des vieilles filles. Dans une version 2013, elles ne pouvaient pas être considérées comme telles et avoir 20 ans et des poussières. Ainsi, Jane va sur ses 40 ans et Lizzie a 38 ans ce qui rend leur célibat beaucoup plus délicat. Charlotte est célibataire aussi mais selon Madame Bennet, c’est avant tout à cause de son obésité, Kitty et Lydia sont délicieusement futiles, superficielles et adeptes du Crossfit et Madame Bennet est accro au shopping : elle achète, achète, entasse et représente à elle seule le fléau de la société de consommation. Bingley et Darcy sont médecins dans un grand hôpital… Le premier est un héros de télé-réalité (ouais je sais, c’est bizarre) et le second, un neurochirurgien accro au jogging. Et super sexy.

Et tous ces personnages, bien loin du monde de Jane Austen, ont des préoccupations bien modernes. On parle d’internet, de réseaux sociaux, de fécondation in vitro, d’homosexualité, de téléréalité, autant de thèmes auxquels viennent s’ajouter des sujets intemporels que sont les problèmes familiaux, la recherche de l’âme sœur et les problèmes d’argent.

L’ensemble forme un tout assez délirant.

A mes yeux, ce roman est à prendre au 1000ème degré. Juste pour rire et pour passer un bon moment car l’histoire est assez fofolle sur les bords et surtout, beaucoup moins forte que chez Austen. Pas une fois mon cœur n’a palpité pour les héroïnes et leurs amours. Aucun romantisme là-dedans (et je vous arrête tout de suite, oui il y a des histoires d’amour modernes que je trouve romantiques. On est pas obligés d’être crus et trop directs.). J’ai trouvé Jane fidèle à elle-même mais j’ai détesté la Lizzie de 2013 que j’ai trouvé cynique, désagréable, dure et finalement, assez pathétique sur les bords. Où est passée la fille cultivée, impertinente mais terriblement fine et intelligente de la version originale ? Aucune idée.

D’ailleurs, pour être honnête, je dirais que l’ensemble des personnages de Un bon parti sont assez… antipathiques, finalement. Du moins, extrêmement agaçants. Sauf Jane, encore une fois. Et Mary ! Car figurez-vous que si elle reste (comme toujours !) terriblement en retrait, son personnage n’en est pas moins super intéressant. C’est finalement la seule femme libre de l’histoire, celle qui se fout des conventions, qui ne recherche ni l’amour, ni la reconnaissance et qui trace sa route selon ses propres envies sans se soucier de ce qu’on pense d’elle. J’adore !

En quelques mots,

J’ai commencé Un bon parti sur les chapeaux de roue mais j’ai eu du mal à arriver au bout de son dernier tiers tant l’histoire met du temps à se terminer. Ou alors c’était moi qui en avais assez, je ne sais plus vraiment. Je ne voudrais néanmoins pas vous donner une idée négative d’un roman qui a l’avantage de se lire très facilement et qui permet vraiment, vraiment de passer un bon moment de lecture. Arrivée à la fin, je lui reprocherais malgré tout un manque cruel de finesse et de subtilité, ce qui est quand même dommage, vous en conviendrez !

10 comments

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Je n’ai jamais lu de réécritures de Jane Austen et pourtant, Dieu sait qu’il y’en a et que je pourrais certainement y trouver mon bonheur, mais…sans être une fan absolue de Jane comme peuvent l’être d’autres lectrices et d’autres blogueuses, j’avoue avoir un peu peur… un peu peur d’être déçue, un peu peur de ce que les auteurs contemporains vont en faire… J’ai cédé au roman Une saison à Longbourn, de Jo Baker, qui apparemment, est très bien écrit et fidèle à l’univers austenien… 😉 Celui-ci en tous cas a l’air bien délirant en effet, et plutôt sympa… Contente de voir que cette lecture t’a plu et fait passer un bon moment. Après tout, c’est le principal ! 😉
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…L’Autre Rive du Bosphore ; Theresa RévayMy Profile

    • Audrey says:

      C’est sûr qu’entre les réécritures des classiques de Jane Austen + les romans qui s’inspirent de cet univers, il y a de quoi faire ! Pour ma part, je suis comme toi, j’aime bien l’auteure mais je n’en suis pas une fan absolue et je suis donc d’autant plus « ouverte » aux petites folies que l’on peut trouver sur le marché du livre. Là, je reconnais que Un bon parti est un livre hyper amusant mais les meilleures blagues sont souvent les plus courtes, comme on dit et je trouve qu’il traine un peu en longueur ! Puis je ne suis pas sure d’avoir reconnu tous les personnages.

    • Audrey says:

      J’ai hâte d’aller voir ce que tu en penses, alors 🙂
      Les avis que j’ai lu Babelio sont assez mitigés, dans l’ensemble mais nous sommes quand même beaucoup à nous accorder sur une chose : ça se lit agréablement !

  2. Après l'averse says:

    Je ne savais pas du tout que des réécritures contemporaines des romans de Jane Austen existaient ! Ca a l’air complètement tordu mais assez drôle ! J’aime bien le fait que les fléaux de notre société soient décrits dans l’intrigue, ça doit être intéressant à lire.

    • Audrey says:

      Jane Austen déclenche bien des passions, aussi bien chez les lectrices que chez les écrivains 🙂 C’est vrai que l’auteure nous propose ici une certaine critique la société d’aujourd’hui mais finalement, c’est beaucoup moins fin et beaucoup moins piquant (et beaucoup moins audacieux) que ce que proposait Austen en son temps.

    • Audrey says:

      Peut-être… En même temps, je pense qu’il est préférable de bien connaitre l’oeuvre originale, justement pour comprendre les clins d’oeil et le travail de l’auteure. Mais c’est vrai que le grand écart est un peu… difficile ^^

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