Critique Nord et Sud, d’Elisabeth Gaskell

« Au contraire, chez Mr Thornton, des sourcils très droits dominaient immédiatement des yeux clairs, enfoncés, dont le regard sérieux, s’il n’était pas désagréablement perçant, semblait cependant assez intense pour pénétrer l’objet de son observation jusqu’au tréfonds. Son visage était dessiné à grands traits aussi fermes que s’ils avaient été sculptés dans du marbre, concentrés surtout autour des lèvres, qu’il avait tendance à serrer un peu sur une rangée de dents parfaites. Lorsque le sourire, rare et éclatant, jaillissait d’un coup, on avait l’impression d’une brusque apparition du soleil : il illuminait d’abord les yeux puis transformait la mine sévère et résolue d’un homme prêt à tout faire et à tout oser, la métamorphosait et laissait voir le pur plaisir que donne l’instant pleinement savouré, une expression qu’on ne voir guère surgir avec pareille spontanéité que chez les enfants. »

Nord et sud, pour moi, c’est un peu la rencontre manquée par excellence. La déception qui fait mal. Le livre qui m’a fait me poser de vraies questions sur mes attentes en littérature.

En septembre dernier, j’ai vu une adaptation du roman d’Elisabeth Gaskell, une série BBC qui, en peu d’épisodes, m’avait franchement emballée. J’ai donc acheté le bouquin, certaine d’avoir entre les mains un livre qui allait devenir culte pour moi. J’avais en tête Jane Austen, Charlotte Brontë et sa frangine Emily et ce que j’avais lu sur l’œuvre me faisait pressentir que Nord et Sud était dans la même veine.

Et bien je ne suis pas parvenue au bout de ces 680 pages et quelques. J’ai dû stopper il y a un moment avec l’idée de revenir dessus plus tard mais après réflexion, je ne continuerai pas ma lecture. Chose qui m’arrive très rarement quand je commence un bouquin, surtout un bouquin venu de l’Angleterre du 19ème siècle.

L’histoire, que je connaissais donc déjà, est la suivante : Margaret Hale vit dans un tranquille petit village anglais, au sud du pays. Son père pasteur, fait une crise de foi. Il quitte le clergé et débarque à Milton avec sa femme et sa fille. Cette ville du nord est industrielle et n’a rien à voir avec ce qu’ils connaissent déjà. L’acclimatation va être difficile pour Margaret. D’autant que les industriels tels que Thornton ne trouvent pas forcément grâce à ses yeux.

Si l’adaptation BBC mettait bien en avant la question du développement industriel de l’Angleterre et la difficulté de la vie des ouvriers, elle s’axait quand même beaucoup sur la romance compliquée entre Margaret et Thornton. On était un peu en plein Orgueil et préjugés, sauf qu’il n’était pas question de bals à préparer mais plutôt d’usines.

Dans le livre, Margaret est encore plus engagée, encore plus soucieuse des problèmes sociaux de son époque. Ancrée dans son temps, elle est loin d’être frivole et sait rester digne alors que les malheurs successifs s’abattent sur elle les uns après les autres. Oui mais voilà, Margaret, je l’ai vite trouvée très chiante et surtout, un brin moralisatrice. Le genre de personnages que j’ai du mal à supporter longtemps. De plus, l’histoire m’a vite semblé tourner en rond. C’est long, très long. Les mêmes scènes du quotidien se répètent et comme le livre est long, écrit en petit dans un style assez « précieux », j’ai vite eu du mal à continuer. C’est un regret.

Alors non, c’est vrai, je ne suis pas prête à me taper un bouquin de presque 700 pages quand il s’agit de suivre une héroïne peu attachante à mes yeux. Quand le style de l’auteur me semble, de plus, assez « alambiqué », du moins trop classique. Je reconnais malgré tout que Nord et Sud est un livre d’envergure avec des thèmes importants (la religion, la place de la femme dans la société, les problèmes sociaux d’une nation en pleine révolution industrielle…tout ça, tout ça). Mais je n’ai pas réussi à me sentir concernée par l’histoire.

2 comments

    • Audrey says:

      Je l’ai trouvé assez prise de tête mais il est une référence pour beaucoup de lectrices… Sincèrement, je ne te le conseille pas, surtout qu’il est long ! Si tu n’as pas vraiment l’envie à la base, mieux vaut passer ton chemin.

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