Critique Mommy

Sortie : 8 octobre 2014

Quand tu attends presque une semaine pour aller voir un film que tout le monde adore, t’as le droit d’avoir peur. D’avoir peur de la déception, bien entendu. D’avoir mis la barre trop haut. J’ai finalement tenté l’expérience et, ô soulagement, j’ai absolument adoré le nouveau Dolan. Je suis donc rassurée. Il me reste Laurence Anyways à voir mais à mes yeux, Mommy est de loin le meilleur film du jeune réalisateur.

Il y a déjà un petit moment, Xavier Dolan faisait scandale avec son clip, réalisé pour la chanson College Boy, du groupe Indochine. On y voyait un jeune lycéen se faire harceler puis littéralement tuer par ses camarades de classe. Au cœur de ce véritable court métrage, Antoine-Olivier Pilon (17 ans), devenu l’acteur principal de Mommy (mais qu’on retrouve aussi dans Laurence Anyways, si je fais confiance à Allociné. Dolan a l’air, de toute manière, de recycler certains acteurs de film en film, comme de nombreux réalisateurs peuvent le faire).

L’histoire : Diane Després, veuve depuis trois ans, hérite finalement de la garde de son fils Steve. Impulsif, violent, incontrôlable, il ne peut plus rester dans le centre qui l’accueillait jusque là. Manque de moyens et galères à répétitions font dès lors partie de leur quotidien. Ils vont pourtant bénéficier de l’aide inattendue de Kyla, leur voisine bègue, qui va donner des cours à Steve. Une petite vie se met en place, un certain équilibre remplace l’agitation des débuts. Mais tout ce petit monde menace de s’écrouler à tout instant.

Les bons films au cinéma sont rares. Les films auxquels on repense le lendemain de la séance ne courent pas les rues. Ceux qu’on a envie de revoir à peine avoir terminé leur visionnage se comptent sur les doigts de la main. Vous l’aurez compris, Mommy fait partie de ceux là. Ce qui le rend précieux à mes yeux car si je vois beaucoup de films chaque mois, très peu m’interpellent vraiment.

J’aurais pu vous parler de la beauté des images (belle utilisation de la lumière de l’automne), des musiques très pop (Dido, Céline Dion, Lana del Rey et même…Eiffel 65, oui oui) qui feront forcément écho en vous et de la tension qui plane sur tout le film qui dure quand même presque 2h20. J’aurais pu vous parler de l’humour aussi, celui de certains dialogues, celui de certaines scènes. Sans oublier les relations conflictuelles mais ô combien passionnelles entre une mère normale et son fils anormal. Sans oublier aussi cette drôle de voisine qui se greffe presque naturellement à ce duo détonnant.

J’aurais pu. Mais bon, beaucoup l’ont déjà fait sur la toile et en parlent bien mieux que moi.

J’ai aussi lu les critiques des râleurs qui critiquent toujours autant Dolan. Peut être parce qu’il est trop jeune pour être si talentueux, peut être parce qu’ils sont jaloux. Sans doute parce qu’ils sont trop vieux. J’ai lu les critiques des râleurs qui disent que le réalisateur a soigné la forme de Mommy au détriment du fond. Que le film est vide de tout, une belle coquille vide, pire même : qu’il est narcissique.

A mes yeux, Mommy est justement loin d’être narcissique. Au contraire, il est tourné vers nous, les spectateurs. Peut-être parce qu’il raconte simplement (mais avec beaucoup de tendresse) la vie de ces gens ordinaires, de ceux qui vivent leur quotidien dans la plus grande indifférence. Le commun des mortels quoi. Le drame que vivent Steve et sa mère n’intéresserait personne car ils ne sont ni des héros, ni des stars. Et surtout Mommy est loin d’être vide tant il regorge d’émotions fortes : l’amour d’une mère, la tristesse suite à la perte d’un être cher, la culpabilité de la mère qui n’arrive pas à tenir le cap, la violence insensée du fils, l’insensibilité du mari de Kyla, cette dernière étant confrontée à ses propres drames,… Xavier Dolan ne sombre jamais dans le pathos facile, ne cherche pas à nous tirer des larmes et j’apprécie cette sobriété.

J’ai beau chercher, je ne trouve pas vraiment de défauts à Mommy et plutôt que de faire de longs discours, et si ce n’est pas déjà fait, je vous ordonne de courir en salles avant qu’il disparaisse de nos programmations.

5 comments

Laisser un commentaire

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.