Critique Madame Einstein, Marie Benedict

Les Presses de la Cité font décidément partie de mes éditeurs préférés et quand j’ai vu qu’ils publiaient Madame Einstein, je me suis dit que ce roman était pour moi. J’ai immédiatement pensé au roman que j’ai lu il y a quelques temps, sur les sœurs Curie… Le parcours de Mileva Marić (la fameuse Madame Einstein) me paraissait finalement assez similaire puisqu’elle a également été une femme de sciences dans un monde masculin. À une différence près : Marie Curie a laissé une trace dans l’Histoire, Mileva, pas.

Paru le 8 février dernier, ce roman de Marie Benedict a été traduit en français par Valérie Bourgeois.

L’auteure.

Résumé éditeur

Zurich, 1886. Mileva Marić quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion. C’est Albert Einstein. Les deux parias tombent aussitôt amoureux. Et élaborent ensemble leur pensée scientifique. Mais y a-t-il de la place pour deux génies dans un même couple ? De drames domestiques en humiliations conjugales, Mileva apprend la dure réalité du mariage, passé les premières ferveurs de l’amour.

Mon avis

Est-ce utile de vous préciser que je connaissais pas l’existence de Mileva Maric avant d’ouvrir ce roman ? D’emblée, j’ai donc considéré cette lecture comme étant riche en enseignements. Et elle l’a été !

Mileva est née en en Austro-Hongrie en 1875. Boiteuse, extrêmement timide et solitaire, elle a une autre particularité : elle est extrêmement brillante. Après avoir obtenu une dérogation pour intégrer une école de garçons, elle obtient les meilleures notes de l’établissement durant sa scolarité et parvient donc à intégreer l’université de Zurich où elle rejoint 4 autres élèves ayant décidé de suivre le cours de physique théorique. Parmi ces 4 élèves (masculins), il y a un certain Albert Einstein… Elle le trouve d’emblée assez sympathique. Il semble lui accorder toute son attention. Mais au bout de quelques temps, au lieu de succomber à ses charmes, Mileva tente de le fuir et quitte Zurich pour l’université d’Heidelberg (où elle espère pouvoir se concentrer sur ses études). A son retour, un semestre plus tard, elle retrouve néanmoins Albert. Leur relation reprend à peu près là où ils l’ont laissée, ils travaillent ensemble (et plus si affinités) et ce qui devait arriver, arriva : Mileva tombe enceinte et doit arrêter ses études.

Je m’arrête là sinon je vais finir par vous raconter tout le roman…

Porté par un rythme vif mais jamais trop rapide pour autant, Madame Einstein retrace à la perfection toutes ces années-là, soit l’arrivée de Mileva à Zurich, sa rencontre avec les filles de la pension où elle loge et qui se révèleront être les femmes intellectuelles qu’elle n’a jamais pu côtoyer jusque là (sans doute les premières femmes avec qui elle aura des atomes crochus), ses premiers temps à l’université, sa rencontre avec Albert… Puis toutes les désillusions qui s’ensuivent.

Car au vu du résumé, vous l’aurez certainement compris : la réalité, dans ce qu’elle a plus prosaïque va vite rattraper nos deux génies amoureux. Mileva, en tant que femme sera évidemment encore plus impactée par le poids des conventions sociales. Difficile d’être une scientifique brillante quand on doit faire le ménage, la cuisine et s’occuper des enfants. Difficile pour un homme comme Albert, victime d’antisémitisme et assoiffé de reconnaissance de penser à ménager celle qui fut pourtant sa coéquipière dans bien des recherches.

Écrit dans un style très agréable, facile à lire et en même temps véritablement soigné, le récit est à la première personne et nous permet de suivre les pensées les plus intimes de cette brillante élève serbe. L’immersion est totale et ce, dès les premières pages. Nous, lecteurs, ne pouvons que nous prendre d’amitié pour cette jeune fille totalement décalée par rapport aux femmes de son temps et qui aurait mérité un plus beau destin. La misogynie du milieu universitaire et de la société toute entière sont une toile de fond évidemment importante mais on peut également choisir de retenir le portrait d’une femme hors du commun, travailleuse acharnée et dotée d’un caractère qui force le respect (car il en fallait, à l’époque, pour s’imposer comme elle l’a fait).

Extrêmement documenté, le roman de Marie Benedict est parfaitement équilibré. Il parle de sujets scientifiques poussés sans jamais nous perdre mais juste assez pour donner une vraie crédibilité à l’histoire et aux personnages. L’histoire d’amour est présente mais n’est jamais le centre du récit. C’est un roman historique mais avec, en son cœur, une personnalité si moderne qu’on oublie parfois (enfin presque !) que nous sommes seulement en 1896 !

En quelques mots,

Beaucoup se sont interrogés sur la part qu’avait pris Mileva dans les travaux d’Einstein. Certains affirment qu’ils ont véritablement travaillé en duo et qu’elle a été flouée. D’autres considèrent qu’elle a peut-être participé mais que le véritable auteur de ces articles, c’est Albert. Je n’ai évidemment aucune idée de la vérité car je n’ai ni les connaissances, ni les compétences pour démêler le vrai du faux. Il semble néanmoins bon de savoir que ce roman, s’il ne dresse pas un portrait particulièrement positif d’Albert (qui n’apparait absolument pas comme un homme aimant), n’invalide évidemment par son parcours en tant que scientifique. Dans cette histoire, Marie Benedict remet juste sur scène une « oubliée de l’Histoire » qui aurait certainement mérité sa petite part de lauriers.

9 comments

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    J’aime ces romans qui montrent l’homme (ou la femme) derrière une image parfois un peu de façade, comme c’est le cas ici. D’Einstein, on connaît une certaine image, très codifiée, celle du grand scientifique un peu foldingue mais on ne va jamais chercher plus loin. Personnellement, je ne connais rien à sa vie, je ne savais même pas qu’il était marié ! Alors un roman qui peut nous faire découvrir l’envers du décor en quelque sorte, le côté un peu plus intime de ces vies très exposées me plaît bien, à plus forte raison si c’est au travers du destin de son épouse, qui m’a l’air d’être une sacrée bonne femme. Belle chronique, qui donne très envie de se plonger dans ce roman !

    Moi aussi j’aime beaucoup les éditions Presses de la Cité, je trouve qu’elles ont une ligne éditoriale vraiment sympa ! ! 😉 Tu es partenaire, non ?
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…La Femme au Temps des Cathédrales ; Régine PernoudMy Profile

    • Audrey says:

      Oui c’est vrai qu’à moins de s’être penché sur son cas, on ne connait d’Einstein que l’image du scientifique à la chevelure blanche hirsute ! ^^ Il n’est évidemment pas le personnage principal du roman mais on en apprend quand même beaucoup sur lui et c’était tout aussi intéressant que de faire connaissance de sa première femme ! 🙂

      Je ne sais pas si on peut dire que je suis partenaire de la maison d’édition mais depuis le début de l’été dernier, on me donne régulièrement la chance de choisir parmi les nouveaux titres du catalogue 🙂 J’avais évidemment lu d’autres auteurs avant mais je crois que c’est leurs publications des romans de Kate Morton qui ont attiré mon oeil sur eux 🙂 D’ailleurs, ça me fait penser que j’ai gagné un de leurs romans à une masse critique Babelio et j’ai déjà hâte de m’y plonger ! J’ai l’impression que c’est une sorte de réécriture d’Orgueil et préjugés.

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