Critique Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier

Avant de tomber sur Ma cousine Rachel dans la bibliothèque de ma mère, je n’avais pas éprouvé l’envie de le relire. Il a pourtant suffit d’un coup d’oeil sur sa couverture pour que de bons souvenirs de lecture me reviennent et j’ai décidé de profiter de mes vacances pour m’y replonger. J’associe parfois mes lectures avec des époques particulières de ma vie et je saurais que j’ai commencé et bien entamé Ma cousine Rachel dans le train entre Tokyo et Hiroshima.

Alors, c’est qui cette fameuse Rachel ?

Ma cousine Rachel raconte l’histoire de Philip, jeune homme de presque 25 ans, jadis recueilli et élevé par son cousin, Ambroise. Ce dernier était le propriétaire d’un grand domaine et bien que célibataire endurci, il a su guider et aimer son jeune cousin comme s’il était son propre fils. Ils étaient très proches et heureux ensemble. Ambroise avait 43 ans lorsqu’il mourut lors d’un long séjour en Italie, une région où les médecins l’envoyaient chaque hiver à cause de sa santé fragile. Quelques mois avant de mourir, Ambroise avait (à la surprise de tous) épousé une certaine Rachel, une lointaine parente rencontrée là bas par le plus grand des hasards.

Les choses auraient pu en rester là… sauf que Philip juge (à tort ou à raison) cette mort trop soudaine pour être honnête. Il a des raisons pour avoir des doutes : les dernières semaines de son existence, Ambroise lui envoyait des lettres enfiévrées où il accusait Rachel, sa propre femme, de vouloir sa perte. Rachel l’a-t-elle vraiment empoisonné comme Ambroise avait l’air de le penser ? Ou le jeune homme, n’acceptant pas la mort de son cousin, cherche-t-il des coupables imaginaires ? Philip l’avait imaginée horrible, cruelle et manipulatrice mais la Rachel qu’il rencontre n’a rien à voir ce monstre imaginé. Il en tombe amoureux à son tour, ignorant les mises en garde de ses proches…

Je fais peut-être une fixation sur Daphné du Maurier mais j’ai 1001 raisons de vous conseiller ce bouquin !

  • Son décor et des paysages sont très romanesques. Pensez à un manoir anglais au milieu de la nature. La mer et la forêt sont à proximité. Des lieux idylliques en hiver comme en été. De longues promenades en cheval et des pique niques dans l’herbe.
  • Son narrateur, Philip, est un gentil garçon. Il est doux, naïf, impulsif…C’est un grand enfant qui découvre l’amour pour la première fois. Ce n’est peut-être pas le jeune premier qu’on imagine, le mec super sûr de lui, mais il est à la fois très touchant et souvent très agaçant de par son comportement et devrait-on dire, sa folie.
  • Rachel, la fameuse cousine, est un personnage extrêmement marquant : faut-il lui donner le bon dieu sans confession ou, au contraire, s’en méfier comme la peste ? Elle a suffisamment de secrets et un passé suffisamment trouble pour brouiller les pistes et nous laisser le doute…
  • Ma cousine Rachel se distingue également par la grande tension qui parcourt tout le roman et ce, de la première à la dernière page. Malgré beaucoup de suspens, ne faut évidemment pas s’attendre à beaucoup d’action, cela reste subtil et très progressif mais on comprend, dès les premières pages, qu’un drame se joue et que notre héros ne s’en sortira pas indemne.

A ces qualités, j’ajoute bien évidemment le style à la fois classique et accessible de Daphné du Maurier. C’est élégant, sobre et à la fois, tellement évocateur !

Ma cousine Rachel est un roman sombre, un roman où le non-dit prédomine, un roman du Doute ! Je suis extrêmement fan de cette ambiance et de l’espèce de malaise qui m’a assailli à la fin, comme lors de ma première lecture il y a bien des années maintenant.

Un petit extrait pour finir ? (voici le début du roman)

Dans l’ancien temps, on pendait les gens au carrefour des Quatre-Chemins.
On ne le fait plus. Maintenant, quand un assassin paie sa dette à la société, cela se passe à Bodmin, après jugement en due forme aux assises. Je parle des cas où la loi le condamne avant que sa propre conscience ne l’ait tué. C’est mieux ainsi. Cela ressemble à une opération chirurgicale, et le cadavre reçoit une sépulture décente bien que la tombe reste anonyme. Dans mon enfance, il en allait autrement. Je me rappelle avoir vu, petit garçon, un homme enchaîné et pendu au carrefour où se croisent les quatre chemins. Son visage et son corps étaient enduits de goudron afin d’en retarder la corruption. Il resta pendu là cinq semaines avant d’être décroché et ce fut la quatrième semaine que je le vis.
Il se balançait sur son gibet, entre ciel et terre, ou, comme me le dit mon cousin Ambrose, entre ciel et enfer. Il n’atteindrait jamais le ciel et l’enfer qu’il avait connu était perdu pour lui. Ambrose toucha le cadavre du bout de sa canne. Je le vois encore, remuant au vent comme une girouette sur un pivot rouillé, pauvre épouvantail qui avait été un homme. La pluie avait pourri sa culotte, sinon son corps, et des lambeaux de coutil se détachaient, comme des bandes de papier, de ses membres enflés.

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