Critique Lucia, Lucia, Adriana Trigiani

Adriana Trigiani est romancière et scénariste pour la télévision. Ses romans ont été publiés dans 36 pays. Sont parus aux éditions Charleston : L’italienne, Bienvenue à Big Stone Gap et plus récemment, Lucia Lucia.

De quoi ça parle ?

New York, 1950. Lucia a 25 ans et elle est la plus jolie du quartier, qualité qui ne l’empêche pas d’être également très talentueuse (c’est une très bonne couturière, une artiste) et d’exercer avec brio son métier au très apprécié grand magasin B. Altman sur la 5e Avenue. Tout irait pour le mieux entre des parents aimants, ses frères aînés et son fiancé, Dante, si Lucia ne rêvait pas d’autre chose. Mas comment le faire comprendre à un entourage caché derrière les traditions ? A une époque où se marier signifie forcément abandonner toute carrière professionnelle pour s’occuper scrupuleusement de son ménage, il est difficile de parler d’indépendance et pourtant…

                                                                                                Mon avis

Lucia Lucia est un roman que j’ai beaucoup aimé mais auquel je ne m’attendais pas. Tout simplement parce qu’en le commençant, j’avais l’impression de déjà le connaître alors qu’en réalité, je n’avais jamais été aussi loin du compte. La raison du décalage entre l’image que j’en avais et ce que j’ai découvert durant ma lecture tient en trois mots : pas de clichés. Adriana Trigiani les contourne avec brio et nous offre une héroïne qui sort de l’ordinaire et qui restera fidèle à ses valeurs et à son esprit d’indépendance. Qualités d’autant plus notables que dans les années 50, choisir son destin n’était pas forcément au programme…

De la peinture historique du New York des années 50 (tellement captivante et réjouissante), à la galerie de personnages secondaires (les amies de Lucia mais également ses grands frères, si protecteurs et ses parents), ce livre est un petit bijou. Avec un certain brio, l’auteure nous plonge dans une ambiance, dans un contexte bien particulier d’autant plus que les américains dont il est question ici sont d’origine italienne. Vous imaginez un peu ? Dans la famille Sartori, on parle beaucoup, on se dispute beaucoup, mais on se sert les coudes aussi, on s’adore et on mange ! J’ai bien aimé que l’auteure intègre quelques recettes à son roman, par l’intermédiaire de la si touchante Rosemary qui voue un culte à ses fiches de cuisine familiales.

J’ai également beaucoup aimé l’ensemble des thèmes qui tournent autour du personnage de Lucia. La question du mariage VS travail est forcément au centre de tout, toute mariée étant censée abandonner son poste pour se consacrer à son mari puis à sa famille. Beaucoup se plient à cette règle tacite avec plus ou moins de bonne volonté, tous les maris ne se montrant d’ailleurs pas aussi stricts sur la question que les jeunes italiens pour qui la tradition est la tradition et puis c’est tout ! L’évolution de la société de consommation de l’après guerre (les Sartori tiennent une grande épicerie italienne) ainsi que la mode et ses évolutions (après tout, Lucia est couturière) servent également de toile de fond à un roman relativement court mais vraiment très riche en thèmes et en questionnements.

Tout ce qui concerne la vie sentimentale de Lucia m’a, par contre, peu captivée. Je n’ai pas spécialement apprécié le personnage de Dante qui, de toute manière, est peu mis en valeur (même s’il a quelque chose de touchant) et je n’ai pas pu accrocher au personnage de John Talbot. Pas du tout le genre de figure masculine du genre à me faire craquer. Même s’il est riche en surprises.

En quelques mots,

Lucia Lucia est une très jolie lecture. LE roman féministe par excellence. Sans doute l’un des Charleston que j’ai le plus apprécié de lire au cours de cette année. Du moins, il est de ceux dont j’ai aimé l’écriture et dont j’ai apprécié chaque retournement de situation. Il saura plaire aux lectrices qui aiment les beaux portraits féminins, à celles qui aiment les héroïnes fortes mais qui ne souhaitent pas forcément suivre le destin d’une grande amoureuse. Il y a en a, de la romance, dans Lucia Lucia mais le thème est traité à travers le prisme du personnage de Lucia qui, bien que d’un caractère passionnée, est trop libre et trop ambitieuse pour mettre l’amour au cœur de sa vie.

6 comments

    • Audrey says:

      Je pense que tu peux foncer les yeux fermés. Il est très plaisant et je trouve, bien écrit 🙂 Je trouve que le résumé de la maison d’édition en dit bien trop, dans le mien j’ai essayé de ne pas trop parler de l’histoire en effet… Si tu as l’occasion de le lire, je serai ravie de savoir ce que tu en as pensé !

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