Critique L’île des oubliés, de Victoria Hislop

« À son arrivée sur l’îlot, le Dr Lapakis avait été choqué par les conditions de vie de nombre de lépreux. Il était essentiel qu’ils nettoient leurs plaies. Pourtant, lors de sa première visite, il les avait découverts dans un état proche de l’apathie. Ils se sentaient oubliés, et les dommages psychologiques causés par leur isolement forcé étaient souvent pires que les séquelles physiques de la maladie. Beaucoup ne tenaient plus à la vie. Et pourquoi en aurait-il été autrement ? La vie ne tenait plus à eux ».

J’ai offert L’île des oubliés à ma grand-mère à Noël dernier. Depuis, elle m’a souvent parlé de me le prêter mais pas vraiment motivée, j’ai mis des mois à l’emporter finalement chez moi. Avant de partir en Crète, j’ai essayé de me plonger dans cette lecture mais il n’y avait rien à faire : je trouvais les premières pages un brin cucul et suivre le parcours de cette étudiante anglaise qui voulait plaquer son mec…euh merci, très peu pour moi.

C’est en revenant de voyage, après être passée par des villes comme Héraklion, La Canée, Elounda mais surtout par l’île de Spinalonga, jadis léproserie et complètement abandonnée depuis des décennies, j’ai eu envie de découvrir cette histoire. Et j’ai eu raison d’attendre car avoir mis les pieds en de tels lieux m’a aidé à trouver intérêt au roman et surtout, à m’immerger totalement dans l’histoire.

L’île des oubliés est une sorte de saga familiale. Si nous commençons l’histoire en Angleterre, aux côtés de la jeune Alexis, nous partons bien vite pour la Crète avec elle, pays qui n’est autre que le pays d’enfance de sa mère. L’île des oubliés raconte donc une véritable quête, un désir d’en savoir plus sur ses origines…et vous vous doutez bien que de nombreux secrets de famille vont être dépoussiérés.

Au hasard des blogs, j’ai lu une critique qui parlait de ce roman comme d’une merveilleuse histoire « exotique », une sorte d’invitation au voyage. La personne semblait avoir beaucoup apprécié l’immersion dans la société crétoise mais rien, dans son article, ne sous-entendait un fait qui, pour moi, est capital : L’île des oubliés est un roman très très émouvant et parfois un peu dur. Je ne sais pas si c’est parce que je suis allée moi-même sur cette ancienne île de lépreux, je ne sais pas si je suis particulièrement sensible en ce moment (enfin, plus que d’habitude) mais j’ai vraiment été bouleversée par certains passages.

Dans les premières pages (cette première partie se passe avant la seconde guerre mondiale), Eleni, l’institutrice du village de Plaka (qui se trouve juste en face de Spinalonga) s’apprête à partir pour l’île car on vient de découvrir qu’elle a la lèpre. Elle part avec un petit garçon de sa classe, Dimitri, également malade et soupçonné d’avoir contaminé sa maîtresse d’école. Eleni laisse Maria et Anna, ses filles et son mari, un pêcheur qui boucle ses fins de mois en effectuant les livraisons entre Plaka et l’île. Cette arrivée est particulièrement oppressante et nous permet de découvrir comment vivre les lépreux et surtout, d’en apprendre plus sur une maladie que l’on connait finalement très peu.

L’île de Spinalonga a une longue histoire, elle est fortifiée (et a été occupée par les Vénitiens et par une colonie turque) et en 1903, elle est devenue une léproserie où furent parqués tous les lépreux de Crète puis ceux de la Grèce tout entière. Durant les 4 premières années, les lépreux avaient faim, soif et surtout, devaient se soigner entre eux car aucun médecin ne venait les voir. L’arrivée d’Eleni sur l’île  correspond avec un tournant important : les lépreux commencent à s’organiser pour de bon et à récréer une petite ville. On fait donc connaissance avec leur quotidien, leurs habitudes mais également avec les médecins qui se dévouent à leur cause. Ces passages-là sont vraiment passionnants.

Bien sûr, dans L’île des oubliés il y a également de l’amour, des trahisons, des liens familiaux brisés ou retrouvés… J’ai regretté que l’auteur revienne trop souvent à Plaka pour suivre le quotidien des villageois et de la famille d’Eleni. Je pensais vraiment que le roman allait se passer à 100% sur l’île d’où une profonde déception. Les années de guerre sont sans réel intérêt pour moi qui souhaitait en apprendre plus sur l’île et non sur la résistance des crétois durant l’occupation. Ajoutons à ça des personnages pas si fouillés que ça et surtout, des héroïnes qui sont toutes des bonnasses. C’est agaçant (c’est sûr d’une lépreuse moche, c’est beaucoup moins romanesque).

Je me rappellerai de L’île des oubliés mais si Victoria Hislop écrit un second roman, je ne pense pas que je sauterai dessus. J’ai trouvé son style finalement assez plat (même si le roman permet de se plonger dans la culture crétoise) et s’il n’y avait la puissance du lieu qu’elle évoque dans son histoire, je pense que j’aurais beaucoup moins accroché.

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