Critique L’homme aux deux ombres, Steven Price

Steven Price est un romancier et un poète né en Colombie-Britannique.Professeur à l’Université de Victoria, il a écrit plusieurs recueils de poésie et deux romans. Le second, L’homme aux deux ombres, est paru aux Éditions Denoël le 9 novembre 2017 et a été traduit par Pierre Ménard.

Photo : Centric Photography

De quoi ça parle ?

Londres, 1885. Une tête de femme est repêchée dans les eaux sombres de la Tamise. En charge de l’enquête, le grand détective William Pinkerton se lance sur la piste du célèbre Edward Shade, mais ce dernier lui file sans cesse entre les doigts. Pinkerton s’engouffre alors dans les bas-fonds londoniens : réverbères dans la brume, fumeries d’opium, égouts tortueux, séances de spiritisme. Il y découvre un monde d’espions, de maîtres chanteurs, d’adeptes de sectes, de voleurs à la petite semaine et de tueurs sans pitié.

Mon avis

Le mois dernier je me plaignais de ne pas avoir de coup de cœur, d’enchaîner les lectures qui, au mieux, me plaisaient vaguement. Puis j’ai fait la rencontre de L’Homme aux deux ombres et j’ai été rassurée. Non, ce désenchantement littéraire n’était pas MA faute, c’était la faute des livres qui avaient croisé ma route. J’étais encore capable de prendre du plaisir à lire.

Au départ, je n’avais pas d’attentes particulières vis à vis de ce livre. Je recherchais évidemment un contexte, un décor : l’époque victorienne. J’avais également envie d’une atmosphère sombre, de personnages ambigus et complexes.

J’ai été servie !

Le roman alterne deux points de vue masculins. Celui de William Pinkerton, un détective américain connu pour sa violence, sa ténacité. Et celui d’Adam Foole, un voleur, un homme qui fuit et dont le passé, on le devine rapidement, est aussi trouble que complexe. Au dessus de ces hommes plane le nom d’Edward Shade. Le premier le traque depuis des mois, prenant ainsi la relève de son père qui est mort sans venir à bout de cette quête. Le second semblait bien le connaître… Ces hommes sont indéniablement liés. Mais en quoi ?

L’Homme aux deux ombres nous plonge au cœur d’un Londres victorien saisissant de réalisme, dur, mystérieux où les ruelles, les souterrains des égouts, les maisons sont pleins de secrets et de recoins sombres. Les personnages, tous autant qu’ils sont, sont saisissants et nos deux protagonistes sont particulièrement charismatiques.

Nous, lecteurs, suivons cette chasse à l’homme mais découvrons également les passés respectifs de William et d’Adam. Pour ce faire, l’auteur nous envoie notamment en Inde, aux États-Unis (notamment pendant la guerre de Sécession) ou encore en Afrique du Sud, autant de voyages dans le temps et dans l’espace qui nous permettent d’en savoir plus et de comprendre peu à peu quels sont les liens qui unissent les personnages. Difficile, malgré tout, de se faire un avis sur ces deux hommes car ils sont fuyants, difficiles à déterminer et en cela, aussi agaçants que passionnants.

J’ai aussi beaucoup aimé les deux personnages féminins principaux, même si on les voit finalement peu. Soit Molly, la gamine des rues qui vit et intrigue avec Adam. Vraie petite femme malgré son jeune âge, brisée par la vie mais pleine de ressources. Quant à Charlotte et bien… Ce personnage de voleuse qu’on croise par petites touches m’a captivé. J’aurais tellement voulu en savoir plus !

Le seul défaut que je pourrais trouver au roman, c’est peut-être sa longueur. Elle est justifiée à bien des égards mais le roman fait quand même 771 pages. En le terminant, je me suis dit que l’auteur aurait pu faire bien plus court s’il l’avait voulu, sans forcément dénaturer son œuvre. Il y a des intrigues secondaires qui plombent un peu le récit central et qui, à la longue, peuvent faire un peu décrocher. Mais bon, cela n’empêche pas de se laisser séduire malgré tout car la plume de l’auteur est ciselée, fluide.

En quelques mots,

L’Homme aux deux ombres sera l’une de mes belles rencontres littéraires de l’année. C’est un roman que je n’ai pas peur de qualifier d’envoûtant. C’est un roman qui se déguste et avec lequel il faut prendre son temps. J’en ai apprécié les personnages, le décor, le style. J’ai aimé l’aspect tortueux de l’histoire, les secrets et bien sûr, la personnalité très sombre de l’œuvre. Je le conseille aux amateurs de polars historiques pleins de caractère, mais lents. Pas forcément à ceux qui recherchent un thriller ultra dynamique avec des rebondissements de folie toutes les deux pages.

Fait « marrant » : tout au long du roman, l’auteur ne ponctue pas ses dialogues. On arrive facilement à savoir qui s’exprime malgré tout !

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