Critique L’essence du mal, Luca D’Andrea

Traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza et publié aux éditions Denoël (collection Sueurs Froides) le 26 octobre 2017, L’essence du mal  est un roman écrit par Luca D’Andrea. Il s’agit d’un premier roman particulièrement salué par la critique puisqu’il est (ou va être) traduit dans une trentaine de pays.

De quoi ça parle ? (résumé éditeur)

En 1985, dans les montagnes hostiles du Tyrol du Sud, trois jeunes gens sont retrouvés morts dans la forêt de Bletterbach. Ils ont été littéralement broyés pendant une tempête, leurs corps tellement mutilés que la police n’a pu déterminer à l’époque si le massacre était l’œuvre d’un humain ou d’un animal.  Cette forêt est depuis la nuit des temps le théâtre de terribles histoires, transmises de génération en génération. Trente ans plus tard, Jeremiah Salinger, réalisateur américain de documentaires marié à une femme de la région, entend parler de ce drame et décide de partir à la recherche de la vérité. À Siebenhoch, petite ville des Dolomites où le couple s’est installé, les habitants font tout – parfois de manière menaçante – pour qu’il renonce à son enquête. Comme si, à Bletterbach, une force meurtrière qu’on pensait disparue s’était réveillée.

Mon avis

Il m’est arrivé d’être déçue par un livre dont le résumé m’avait paru mensonger. Ce n’est pas le cas ici, loin de là. Mais je dois toutefois avouer que l’histoire qui est racontée entre ces pages m’a surprise de bien des manières. Il faut dire que l’auteur, du moins dans le premier tiers,  prend son temps avant de nous mettre dans le vif du succès et d’en venir enfin au fameux massacre de la forêt de Bletterbach. Je crois que je ne m’attendais pas à cette longue introduction mais pas de panique : rien n’est à jeter dans ce roman, rien n’est superflu, chaque événement, chaque décision ayant son sens et son intérêt, notamment pour expliquer la psychologie (et les obsessions) du personnage principal, Jeremiah.

La trentaine, ce dernier quitte les États-Unis avec femme et enfant pour s’installer auprès de son beau-père, dans une petite ville des Dolomites d’où sa femme est originaire. Dès lors, la montagne et la nature, autour, son omniprésentes, aussi agréables qu’hostiles (tout comme les coutumes locales, difficiles à appréhender pour un étranger). Il fait froid, la neige tombe et Jeremiah (cinéaste déçu qui s’est orienté avec succès vers le documentaire) comprend vite qu’il dérange la petite communauté dans laquelle il essaie de s’insérer. Un drame en particulier va expliquer en partie la drôle de méfiance qu’il semble générer chez les locaux (mais je vous laisse lire le roman pour comprendre lequel) mais pas que. Car, vous le comprendrez bien assez vite : notre héros aime enquêter, mener sa réflexion, résoudre des énigmes et trouver la vérité. Ce qui dérange quelques personnes et lui attire quelques ennuis.

Pourquoi une telle obstination ? Lui seul le sait. A moins qu’il ne puisse tout simplement pas s’empêcher d’être tel qu’il est. Certains ont l’investigation dans le sang. Il se pourrait également que, galvanisé par des succès d’audience à la télévision (dont il est heureux mais qui ne le comblent pas, intellectuellement parlant), notre cher Jeremiah Salinger cherche l’Affaire avec un grand A, l’affaire sérieuse, celle qui lui permettrait de monter le film dont il rêve.

Que s’est-il passé cette fameuse nuit de 85 ? Histoire d’argent ? Histoire de sexe ? Juste la malchance ? Un promeneur  assoiffé de sang ou bien… une Bête qui rôde dans l’obscurité des souterrains ?

Vie de famille, discussions avec ce beau-père qui semble surveiller ses moindres faits et gestes, pauses dans les recherches imposées par sa femme (plus que sceptique) puis remise au travail dans le secret (parce que bon, pour sauver son couple il faut parfois se montrer discret) : notre cher Salinger va essayer de tout mener de front et va faire bien des erreurs, bien des bêtises et s’engouffrer sur des mauvaises pistes qui pourraient bien s’avérer dangereuses…

En quelques mots,

J’ai lu ce livre en à peine trois jours, malgré sa longueur car j’ai été totalement happée par son histoire. L’enquête avance très régulièrement mais le roman prend son temps entre scènes d’action, rebondissements et instants de flottement et de réflexion. On arrive vite à un point où on se met à soupçonner tout le monde et personne à la fois… A moins que notre cher Salinger ne soit, tout simplement devenu un peu fou suite aux récentes épreuves par lesquelles il est passé ? Nappé de surnaturel, ce thriller m’a réservée quelques surprises mais étrangement, je retiendrai plus son ambiance pesante et hostile ainsi que la plume de l’auteur, très agréable, que son dénouement (qui est très bon aussi, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit mais j’ai presque préféré le voyage pour arriver à destination que la destination en elle-même).

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