Critique Les heures silencieuses, de Gaëlle Josse

Dans ce très court roman (90 pages à tout casser) Gaëlle Josse s’est directement inspirée du tableau Intérieur avec femme jouant à l’épinette, d’Emmanuel de Witte. Le voici ci dessous (cliquez dessus pour le voir en plus grand!). L’auteur a tout simplement pris le parti d’écrire l’histoire de la femme que l’on voit au 1er plan.

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Cette femme, c’est Magdalena Van Beyeren. Au moment où elle prend la plume, elle a 36 ans et déjà une longue vie derrière elle. Elle vit à Delf avec son mari et ses enfants, ses deux aînées ayant déjà l’âge de se marier. Ses propos sont ceux d’une femme résignée, déjà vieillie et qui n’a plus vraiment d’illusions sur la vie. J’ai trouvé ces quelques pages pleines de regrets, pleines de lourdeur.

Gaëlle Josse y dresse en effet le portrait d’une femme aventureuse et profondément marquée par la profession de son père, qui était armateur. Ayant passé sa jeunesse à voir partir des bateaux pour des destinations lointaines, elle maudit sa condition de femme qui l’aura empêchée de partir à son tour sur l’un d’eux. Son seul horizon, le théâtre de sa vie, c’est Delf. Point.

En quelques pages (sous forme de journal intime), elle nous parle des failles de son existence, du drame de son enfance, de son mariage, de sa tristesse quand elle repense à ses 5 enfants morts… Autant de confidences qui génèrent forcément notre empathie. Gaëlle Josse a vraiment une écriture fine, délicate et toutes en nuances. Ce n’est pas compliqué à lire, loin de là, mais on comprend vite que chaque mot a été pesé, soupesé et que s’il est là, c’est qu’il a ses raisons d’être. L’ensemble est donc tout à fait élégant.

Impossible, du moins pour moi, de ne pas faire le parallèle entre La jeune fille à la perle, de Tracy Chevalier et Les heures silencieuses. Après tout, l’auteur américaine s’est également inspirée d’un tableau peint par Vermeer (qui est évoqué plusieurs fois dans le roman de Josse) et a fait revivre son héroïne à la même époque et dans la même ville. Sauf que Tracy Chevalier nous présente un « vrai » roman avec une longueur tout à fait classique. Le roman de Josse est beaucoup trop court et en ce sens, terriblement frustrant. On quitte Magdalena comme on l’a trouvée : de manière brusque. Avec du recul, je trouve ça vraiment dommage !

Cela dit, je rêve quand même de découvrir un autre roman de l’auteur : Le dernier gardien d’Ellis Island car il aborde des thèmes dont je raffole absolument !

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