Critique Le treizième conte, de Diane Setterfield

« J’ai toujours lu, et il n’y a pas d’époque dans ma vie où la lecture n’a pas été ma plus grande joie. Et pourtant je ne peux pas prétendre que mes lectures d’adulte aient eu le même impact sur moi et sur mon âme que celles de mon enfance. Certes, je crois toujours aux histoires. Et je continue à m’oublier quand je suis au milieu d’un bon livre. Mais c’est différent. Les livres sont pour moi, je le reconnais, la chose qui compte le plus ; mais je n’arrive pas à oublier qu’il y a eu une époque où ils étaient à la fois plus banals et plus essentiels encore que maintenant. Quand j’étais enfant, ils constituaient toute ma vie »

Cela faisait longtemps. Longtemps que je n’avais pas aimé un livre à ce point. Le treizième conte de Diane Setterfield fait partie de ces histoires que j’aurai aimé écrire moi-même. En plus, l’ayant découvert tout à fait par hasard, j’aurais pu passer à côté d’un vrai coup de foudre. Cherchant une critique de La Belle et la Bête de Madame de Villeneuve, je suis tombée sur le blog d’une fille apparemment fan de lecture. Parmi ses articles, celui sur Le treizième conte a attiré mon attention. On le décrivait comme un livre très britannique, à l’ambiance gothique, proche de l’univers de Jane Eyre, de Rebecca ou des Hauts de Hurlevent… Ok ! Comme ce sont des références qui me parlent (et pas qu’un peu !) j’ai foncé la tête baissée. Quelques clics et 15h plus tard, le livre était dans ma boîte aux lettres.

Le treizième conte est une ode à la littérature, au pouvoir des mots, à l’imaginaire et aux histoires qu’on se raconte pour s’évader de ce qu’on appelle « la vraie vie ». L’héroïne, Margaret, travaille dans une vieille librairie avec son père. Entourée par les livres depuis son plus jeune âge, elle vit pour la littérature, quitte à prendre des distances avec une histoire personnelle marqué au fer rouge par un drame enfantin. En parallèle, elle se fait également biographe mais attention, elle ne lit et ne parle que des écrivains morts, de désintéressant de ses contemporains. Quand la vieille Miss Winter, écrivain à succès et adulée dans tout le pays depuis 50 ans, lui demande d’écrire sa biographie, Margaret a envie de refuser. Elle va pourtant se rendre au fin fond de la campagne anglaise, dans le manoir de cette femme mystérieuse et aller à la rencontre d’une histoire pleine de rebondissements.

Jumelles, amours incestueux, incendie, faux fantômes, vrais cadavres, gouvernante sortie tout droit des plus grands romans britanniques, grand domaine anglais, différentes générations… Le treizième conte est particulièrement riche et dresse le portrait d’une famille dévastée par la folie. Il est tout à fait impossible de parler de cette histoire sans en révéler les mystères. Voilà pourquoi je suis obligée d’être un peu obscure.

Je peux néanmoins soulever deux points importants qui permettront peut-être, de mieux comprendre le contenu de ce roman. L’histoire est en fait une double histoire. Il y a celle de Margaret et celle de Miss Winter. L’une est présente et vécue, l’autre est déjà passée et racontée par une vieille femme en fin de vie. Au milieu de tout ça, il y a le fameux « treizième conte », celui dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais lu. Miss Winter, qui a passé sa vie à mentir et à abuser les autres par de subtiles paroles, arrivera-t-elle à s’ouvrir vraiment à la jeune biographe et Margaret, aura-t-elle la chance de se plonger dans cette lecture inédite ?

L’autre point qui caractérise bien ce roman, c’est son atemporalité. Difficile en effet de savoir à quelle époque ce dernier peut se passer. Aujourd’hui ? Il y a de nombreuses décennies, 100 ans même ? Margaret se déplace en train, elle n’a pas de téléphone portable ni d’ordinateur, envoie beaucoup de lettres et en reçoit tout autant. Son caractère, sa façon d’agir, sa vie… tout est moderne mais le reste prête un peu à confusion Ne serait-elle tout simplement pas une de ces intellectuelles en avance sur leur temps et faisant partie d’une génération plus ancienne ? Mystère. Les lieux ont, quant à eux, une importance capitale pour le récit et son déroulement.

Moderne et classique à la fois, le roman de Diane Setterfield est riche en surprises et, loin de nous mener le long d’un long fleuve tranquille, nous réserve des rebondissements jusqu’à la fin. Il s’agit du premier pour le moment unique roman de l’auteur. Sorti en 2006, il n’a jamais été suivi par un quelconque nouvel écrit et j’en suis assez peinée. Le style de Diane, simple et plein de subtilité à la fois, est vraiment d’un grand intérêt pour la lectrice que je suis.

2 comments

    • Audrey says:

      Je te le conseille franchement. Comme j’ai écrit dans mon article, c’est vraiment un bouquin qui parle du bonheur de la lecture, de l’amour de la littérature et des histoires sans être pompeux ou trop intellectuel. C’est justement cette approche simple mais passionnée qui m’a plu. Et l’histoire autour a ses intérêts même si elle perd un peu en intensité dans le dernier tiers (je trouve)

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