Challenge « Le classique du mois » : Thérèse Desqueyroux, de François Mauriac

Après mon bac L, j’ai enchaîné par 5 ans de Lettres Modernes, une période pendant laquelle j’ai lu, lu, lu. Des classiques de la littérature française, principalement. Bref, tout ça pour dire qu’à l’époque, je ne lisais pas d’auteurs contemporains. Pour moi, c’était sans intérêt et puis je n’avais pas le temps. Mais avec les années, depuis 5 ou 6 ans à vrai dire, c’est l’inverse : je lis beaucoup de romans contemporains et j’oublie mes classiques (à noter que ma définition de ces fameux « livres classiques » est personnelle donc très large et elle comprend beaucoup beaucoup d’auteurs et d’époques). C’est un vrai regret pour la lectrice que je suis !

Lire au moins un classique par mois fait partie des quelques résolutions que je compte bien tenir tout au long de l’année 2015. Ce sera MON CHALLENGE PERSONNEL.Je commence donc l’année avec la lecture de Thérèse Desqueyroux, de François Mauriac, un livre que j’ai depuis plusieurs mois en rayon.

L’histoire : au début du roman, une femme, Thérèse Desqueyroux, sort tout juste du Palais de Justice. Elle vient de bénéficier d’un non lieu. Il est donc temps pour elle de rentrer auprès de son mari, un homme qu’elle a pourtant tenté d’empoisonner. Pour sauver les apparences et l’honneur de la famille, Bernard a menti au procès mais il compte bien cacher Thérèse loin des regards et lui faire payer sa trahison.

Je n’ai jamais ouvert un bouquin de François Mauriac donc j’ignorais à peu près à quoi j’allais avoir affaire. J’avoue que les deux ou trois premiers chapitres m’ont un peu déstabilisée : je connaissais vaguement l’intrigue de Thérèse Desqueyroux mais je ne m’attendais pas à attraper l’histoire par ce bout là. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à m’adapter au style de l’auteur et au rythme des phrases qui défilaient sous mes yeux. Heureusement, me suis-je dit, que le livre est plutôt court !

Premier contact plutôt mitigé donc !

Par la suite, les deux pieds bien ancrés dans l’histoire, j’ai finalement compris les enjeux du roman et me suis intéressée à la personnalité de Thérèse…bien que je crains finalement de ne pas avoir saisi toute la complexité d’un personnage vraiment insaisissable, vraiment compliqué.

En nous comptant l’histoire de cette femme, Mauriac nous raconte plus qu’un fait divers sordide (une femme qui tente d’empoisonner son mari), il nous raconte ce qu’est la condition féminine au début du 20ème siècle. Une époque où les femmes, considérées comme des éternelles enfants, passent de la domination de leur père à celle de leur mari (qu’elles n’ont pas choisi) tout en ayant une mission principale : procréer et donner des héritiers à la famille (avec le risque que cela comporte : les dangers de la maternité sont évoqués à plusieurs reprises mais jamais vraiment considérés par les hommes) . Point.

Or Thérèse n’est pas vraiment romanesque. Thérèse n’aime pas vraiment son mari. Ni sa petite fille d’ailleurs. Elle ne croit pas en Dieu. Elle ne croit pas en son couple ou en la notion même de la maternité…tout cela n’est pas synonyme de bonheur pour elle. Elle s’est pliée à ces usages pour être en conformité avec ce qu’on attendait d’elle. En tenant de tuer Bernard, Thérèse cherche finalement à se révolter : en tuant l’Homme, elle pense s’offrir une porte de sortie. La suite de l’histoire prouve que la liberté est pourtant loin d’être à portée de mains : si Thérèse échappe aux mains de la justice, elle se trouve coincée entre celles de sa famille qui sont finalement les plus dangereuses pour elle.

Malgré les apparences, Thérèse Desqueyroux n’est pas une Emma Bovary. Si elle est bel et bien coincée avec un mari présenté comme un peu pataud et qu’elle n’aime pas, elle ne rêve pas sa vie pour autant et son crime n’a rien de passionnel (ce qui la rend finalement encore plus coupable aux yeux de son mari et de ses proches). Thérèse est juste l’incarnation même de LA femme indépendante, une femme moderne mais pourtant sacrifiée à cause de la mesquinerie et de l’égoïsme de sa famille.

La fin du roman, avec la fameuse phrase « Elle farda ses joues et ses lèvres, avec minutie ; puis, ayant gagné la rue, marcha au hasard » m’a tout d’abord parue positive (liberté enfin retrouvée ?)… puis avec du recul, j’ai réalisé que cette fin, très abrupte et presque bâclée (à mon sens) soulignait bien l’idée que Thérèse est et restera une femme perdue. Une femme errante et dont la place est nulle part.

victor_hugo

Challenge le classique du mois

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