Critique Les larmes et la soie, Toni Maguire

Résumé éditeur

Dans la maison close de Mary Jefferies, on trouve les plus belles filles de Londres. Vendues par leurs parents ou kidnappées, elles ne sont que des jouets destinés à des hommes de la haute société victorienne. Et les clients ne manquent pas, d’autant que la tenancière n’est pas très regardante sur les sévices infligés. Au milieu de cet enfer, Agnes a neuf ans. Elle n’est pas prostituée car elle n’est pas assez jolie, mais elle a un don artistique : elle dessine sur la toile des petites filles nues. Des filles qui, ensuite, disparaissent mystérieusement. Que leur arrive-t-il ? À cette seule idée, Agnes tremble de peur. Quand on lui demande de peindre le portrait d’Emily, sa seule amie dans cette maison des horreurs, la petite fille est terrorisée. Pour la « moins-que-rien », il est temps de se rebeller, de ne plus se taire et d’essayer de s’enfuir…

Mon avis

Paru chez City Editions, ce roman se passe à l’époque victorienne, un cadre qui a évidemment motivé ma lecture (vous vous en doutez !). J’étais en effet très curieuse de découvrir la vie d’Agnès et de son amie Emily… En somme, je m’étais fait une sorte d’idée préconçue de l’histoire. Je pensais que j’allais suivre le quotidien (sur plusieurs années) de toute une série de filles enfermées dans une maison close. J’imaginais leurs moments de joie, leurs drames, aussi (évidemment !), leurs espoirs…

Au final, on croise bien peu de personnages dans ce roman. Les chapitres alternent entre un récit à la troisième personne (qui permet de suivre différents personnages dont le fameux « Homme de Londres » qui participe au trafic) et un récit à la première personne (dès qu’Agnès reprend la parole).

Durant les passages qui lui sont réservés, la petite fille (devenue grande) nous raconte quelques faits de son quotidien mais également sa vie avant l’enfermement. Ses souvenirs la ramènent souvent vers la dureté de son existence en bord de mer. Ce quotidien londonien, qui deviendra le sien malgré elle, est difficile mais en comparaison, notre héroïne a presque gagné au change ! La trajectoire est différence pour Emily. Petite fille riche et choyée, elle se retrouve dans les bas fonds de la société à cause d’un coup du sort. C’est la descente aux enfers pour elle. Si bien qu’on lui pardonne aisément ses défauts et sautes d’humeur.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce roman.

J’ai aimé l’ambiance créée par l’auteure. J’ai aimé son style, aussi, car j’ai trouvé le roman bien écrit. Il y a un joli travail au niveau des descriptions, les dialogues sont intéressants, les thèmes aussi valent la peine (notamment la condition féminine et ses nombreuses difficultés, la prostitution, le trafic d’enfants vierges pour que s’amusent les vieux dégueulasses…). J’ai également aimé que l’héroïne soit un vilain petit canard et qu’elle soit fascinée par la beauté de son amie Emily (j’aime ce genre de duo).

Malgré tout, pour ce qui est de l’histoire, j’ai trouvé l’ensemble assez brouillon. Bien souvent, je me suis demandée où l’auteure voulait nous emmener. Cela n’engage que moi et je ne veux évidemment pas vous démotiver si ce roman vous faisait envie mais j’ai trouvé que l’intrigue ne commençait jamais vraiment. Ou en tous cas, qu’elle ne décollait pas. Peut -être ma déception tient elle au fait qu’Emily et Agnès ne vivent pas dans une maison close, contrairement à ce que semble affirmer le résumé, mais dans une sorte d’annexe. Durant l’intégralité du roman, elles sont maintenues en captivité et dans l’ignorance du sort qui leur est réservé mais ne sont jamais au cœur de l’action. De par ses talents de peintre, Agnès participe malgré elle à ce trafic mais, jeune et innocente, elle ne comprend rien et ne nous apporte qu’un point de vue incomplet sur ce qui se trame là bas.

En quelques mots,

Je ne peux pas déconseiller la lecture de Les larmes et la Soie car le roman est riche de nombreuses qualités. Je l’ai lu très rapidement, avec plaisir mais j’aurais aimé que l’histoire soit traitée différemment. Avec plus de rythme et plus de scènes marquantes. Dommage car l’idée de départ était bonne et les personnages avaient un fort potentiel. De plus, le contexte historique est vraiment bien traité ! J’aurais aimé que l’intrigue soit à la hauteur (même si encore une fois, cet avis n’engage que moi).

14 comments

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Oh, je te comprends, je n’aime pas non plus quand le roman me laisse un sentiment étrange, quand je ne sais pas où l’auteur veut en venir, veut nous emmener… :/ Je comprends que ton intérêt ait été un peu minoré, du coup. Pour autant, je suis curieuse et je vais ajouter ce roman à ma WL… Peut-être aurais-je envie de le lire un de ces jours. 😉
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…Les Rohan Montauban, tome 3, Meurtres à Versailles ; Anne-Laure MorataMy Profile

    • Audrey says:

      Le roman a des qualités certaines qui rattrapent un peu ses défauts mais il n’a malheureusement pas été à la hauteur de mes attentes. Reconnaître ses qualités est presque un crève coeur car j’aurais pu avoir un coup de coeur si le reste m’avait convenu ! 🙂

  2. Après l'averse says:

    Je ne sais pas si tu connais la série de bd Miss Pas Touche, par Hubert et Kerascoët. C’est une histoire avec des similitudes : une jeune femme vit dans un bordel (en France), à la suite d’un événement dramatique. Elle devient amie avec l’une des prostituées « phares » de la maison mais ne se prostitue pas elle-même. J’avais beaucoup aimé cette histoire sur plusieurs tomes, assez triste mais aux dessins magnifiques et à l’intrigue intéressante. Sinon il y a aussi L’Apolonide en film, mais j’avais été assez traumatisée par la fille défigurée !

    • Audrey says:

      Je ne connais pas du tout la bd à laquelle tu fais référence mais merci pour l’idée ! Je vais aller me renseigner à son sujet 🙂

      J’ai vu le film dont tu parles. Je l’avais trouvé très beau esthétiquement mais il m’avait un peu décontenancée. Disons que j’étais malheureusement restée à distance des personnages. Mais il était vraiment très particulier (dans le bon sens du terme).

  3. sanasan says:

    J’aime beaucoup tes chroniques parce que même si tu n’es pas transportée par une histoire, tu justifies toujours ça de manière très diplomate. Tous ne prennent pas la peine d’expliquer que c’est un ressenti très personnelle. Sinon, rien à voir (enfin si, un peu) mais tu as vu le film l’Apollonide ? Ce film avait tout pour me plaire et pourtant, j’ai pas du tout accroché … En revanche dans la série, Ripper Street j’ai adoré la façon dont ils ont présenté l’univers de la prostitution dans le Londres victorien. C’est tellement bien fichu que même si c’est glauque, il y a quand même une certaine forme de « beauté » (le mot n’est peut-être pas adapté, mais c’est le seul qui me soit venu en tête 😉 )…
    sanasan Articles récents…Mariage à l’Ecossaise de Tessa DareMy Profile

    • sanasan says:

      Ah ah je viens d’aller lire ta critique du film l’Apollonide 😉 Et voilà ! Je pense que ce que tu décris comme sensations éprouvées devant ce film, font qu’on accroche ou pas. Je n’ai pas aimé les héroïnes pour qui justement j’aurais du éprouver de la pitié… mais même pas. Elles m’ont laissé totalement froide 😉
      sanasan Articles récents…Mariage à l’Ecossaise de Tessa DareMy Profile

      • Audrey says:

        Je l’ai vu il y a un long moment maintenant mais je me souviens que j’étais vraiment restée à distance. C’était peut être voulu… cette ambiance bizarre et tout le reste… Dommage car l’esthétique était intéressante.

    • Audrey says:

      Disons que je ne peux pas descendre le roman car je lui ai quand même trouvé des points positifs ! Il y a de très bonnes choses dedans mais au final, j’ai été déçue par le traitement. Je ne sais pas trop si c’est « ma faute » ou si le roman a de réels « défauts ». Je n’ai pas trouvé d’autres critiques à son sujet 🙁

Laisser un commentaire

CommentLuv badge