Critique J’ai choisi la bienveillance, Lizzie Velasquez

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Arnaud Baignot, écrit par Lizzie Velasquez avec la collaboration de Catherine Morris et publié aux éditions Denoël le 5 avril 2018, J’ai choisi la bienveillance (Comment la compassion peut transformer le monde) est un récit, un témoignage et non un roman, vous êtes prévenus ! 🙂

De quoi ça parle ?

Atteinte d’une maladie orpheline, Lizzie Velasquez a toujours su qu’elle était différente. À dix-sept ans, elle découvre qu’une vidéo d’elle, tournée à son insu, est devenue virale sur Internet. Son titre est sans équivoque : «La femme la plus laide du monde». Loin de s’apitoyer sur son sort, elle décide de devenir la porte-parole de toutes les victimes de harcèlement. Très vite, ses TED talks sont suivis par des millions d’abonnés. Encouragée par ce succès et par les milliers de témoignages de souffrance qu’elle reçoit, Lizzie décide de raconter son histoire dans cet ouvrage courageux et inspirant. Elle y révèle les forces cachées qui engendrent la perte de confiance en soi, la honte et la cruauté, et donne les clés pour transformer ces sentiments en énergie positive et ainsi réapprendre la bienveillance envers soi-même, mais aussi envers les autres.

À travers le récit de son propre combat, elle démontre qu’il est toujours possible de surmonter les obstacles et d’avancer, offrant la meilleure des réponses au harcèlement sur les réseaux sociaux. De cette épreuve d’une rare violence, Lizzie Velasquez a su tirer une vraie force.

Mon avis

Lizzie Velasquez n’est pas une fille comme les autres. Pour vous en rendre compte, vous n’avez qu’à jeter un œil sur l’une de ses photos. Oui, Lizzie Velasquez, n’ayons pas peur de le dire, a un physique très particulier. L’important n’est pas de nier cette différence mais d’aller au-delà. Du moins, c’est ainsi que je vois les choses. Elle me fait penser à une petite créature sortie d’un film fantastique. Un être venu d’un autre monde. Un peu flippant mais également… attirant. Curieux. Qui donne envie d’en savoir plus.

Il y a quelques temps, un ou deux ans, j’avais déjà vu des vidéos sur cette fille, suivant un lien du genre « Elle a été élue la femme la plus laide du monde, voilà sa réponse » et j’avais été très touchée par son discours que j’avais trouvé résolument positif et étonnant. Ouais, Lizzie Velasquez est typiquement le genre de personne qui te fait dire « Ah ouais, quand même ! », d’un ton respectueux et admiratif.

Dans J’ai choisi la bienveillance, Lizzie Velasquez revient sur son parcours, mais pas que. Elle parlera bien évidemment des moments clés de son existence, de ses émotions et ses projets mais se sert toujours de ces réflexions intimes pour étendre son propos au reste de l’humanité. Disons qu’elle se sert de chapitres importants de sa vie pour étendre sa réflexion et proposer quelques solutions à ceux qui voudront bien la lire. Au menu : estime de soi, gentillesse, sincérité.

Difficile de lire ce court ouvrage sans se sentir touchée par cette américaine de 29 ans au destin que beaucoup qualifieront de dramatique mais qu’elle semble vouloir plutôt considérer comme exceptionnel. Car Lizzie est exactement le genre de personne qui veut faire de sa différence, une force. Mais si ce bouquin lui permet d’expliquer pourquoi et comment elle a eu envie de se battre, il est également là pour nous montrer ses faiblesses. Sa dépression, sa dépendance aux anxiolytiques, sa solitude et sa frustration (notamment sur la question de ses amours) vous prouvent, si vous aviez le mauvais goût d’en douter, que l’auteure, malgré sa différence physique, vit les mêmes doutes, a les mêmes problèmes que tout le monde.

Dans cet ouvrage, j’ai aimé l’exigence que Lizzie a envers elle-même car c’est quelque chose que je partage. Cela fait peut-être de moi quelqu’un de dur, parfois, mais pour moi c’est une nécessité. Même s’il m’arrive encore de m’y adonner, je déteste l’auto-apitoiement et j’ai beaucoup de mal avec les personnes qui préfèrent geindre sur les problèmes que d’essayer de trouver des solutions (même si je conçois parfaitement les coups de mou). Lizzie n’est pas passive et je l’ai appréciée pour ça. Dans l’absolu, je suis également d’accord avec elle sur le chapitre de la gentillesse et sur l’importance de chaque geste, bienveillant ou malveillant. On oublie sans doute un peu trop vite que chaque parole méchante ou inversement, chaque parole gentille, si insignifiantes semblent-elles être, peuvent avoir un impact important sur les gens. Le chapitre sur l’estime de soi, sur l’acceptation de son apparence m’ont semblé également importants même si d’une certaine manière, j’ai déjà fait le cheminement que propose l’auteure.

J’ai été un peu moins fan de la dimension très politiquement correcte de l’ouvrage. Je comprends vraiment le but de Lizzie Velasquez et l’axe qu’elle a choisi de traiter ne pouvait se faire, je pense, que sur ce ton-là. Il n’empêche que malgré mon envie de bien faire, je reste quelqu’un d’assez cynique. Certaines de ses convictions/affirmations m’ont semblé tellement utopiques que je n’ai pas pu les prendre au sérieux.

En quelques mots,

Lizzie Velasquez fait partie des personnes que j’aimerais avoir pour amie, juste parce qu’elle est inspirante et qu’elle a l’air de pousser les gens vers le haut, tout en acceptant qu’ils aient, tout comme elle, leurs faiblesses. J’ai vraiment apprécié la sincérité de ses propos même si finalement, l’œuvre dans sa globalité m’a semblé trop douce, trop gentille… Un peu trop fade ? Peut-être est-ce dû à l’écriture, un peu trop simple ? Je m’attendais à être un peu plus impactée, émotionnellement parlant mais j’ai lu ce bouquin en une soirée, preuve qu’il m’a quand même tenue en haleine.

6 comments

  1. Apreslaverse says:

    Je connaissais le visage de Lizzie Velasquez, mais ni son identité, ni même le fait qu’elle ait écrit un livre et fait des conférences. En commençant la lecture de ton article, j’ai immédiatement pensé « C’est elle », et après une vérification sur google, j’en ai eu la confirmation. C’est étonnant, mais ça m’a soulagée / fait plaisir de mettre un nom sur son visage (et pas de l’identifier juste « la fille au visage qui fait peur que tout le monde connaît sur internet »). Le fait de connaître son identité la rend plus accessible à mes yeux et moins « freak ». Je suis impressionnée par la sagesse et la force qui semblent ressortir de son livre (même si je ne l’ai pas lu – et ta critique me donne envie de le découvrir), et, bizarrement, je ne suis pas étonnée qu’elle ait fait de sa maladie un atout intellectuel et émotionnel. Je pense (mais ce n’est qu’un avis personnel) que quand on vit une épreuve qui met d’emblée au ban de la société, c’est de fait quitte ou double. Comme si on avait seulement deux alternatives : soit avoir un instinct de survie / une force vitale surdéveloppés, être plus fort(e) qu’une personne lambda (d’une certaine manière « transcender » son épreuve), ou, soit, au contraire, sombrer définitivement dans le désespoir, être l’ombre de soi-même voire se flinguer. Je ne sais pas s’il existe un entre-deux, un « j’essaie de survivre mais je ne m’en sors pas vraiment ». A mon sens, ce n’est pas possible, mais je peux (et j’espère) tout à fait me tromper. Son visage continuera à me faire peur mais je suis heureuse qu’elle soit dans le camp des guerriers. J’imagine qu’elle a une vie incroyablement riche.
    Apreslaverse Articles récents…# 6My Profile

    • Audrey says:

      Je pense tout comme toi qu’il n’y a pas forcément d’entre deux possible. Soit elle faisait le choix d’abandonner, de laisser les harceleurs gagner, soit elle choisissait de se battre. Sans forcément aller jusqu’au suicide, elle aurait pu faire le choix de se cacher. Pour s’exposer, se filmer, aller parler devant des gens avec un passif pareil, il faut un sacré courage ! Elle dit à un moment qu’il est d’ailleurs plutôt ironique que Youtube, qui a été le lieu de son humiliation la plus terrible (quand elle a découvert par hasard qu’elle faisait l’objet d’une vidéo), soit devenu pour elle le moyen de faire passer ses messages. Mais je trouve quand même intéressant qu’elle explique que, malgré sa volonté et son besoin de toujours aller de l’avant, son parcours a ses hauts et ses bas. Je n’en ai pas forcément parlé dans l’article car ma critique était déjà bien assez longue mais elle parle aussi de l’importance de l’entourage. Elle a visiblement une famille très unie et des amies qui ne l’ont jamais stigmatisée et je pense que c’est une force que certains n’ont pas, malheureusement.

  2. zofia says:

    Je suis allée chercher sur internet et en voyant son visage, je me suis rendue compte que j’avais déjà entendu parler de cette fille mais sans connaître son nom ni son parcours.
    Comme toi, je suis très admirative de telles personnalités qui, au lieu de se laisser couler, vont tout faire pour tirer du positif et se battre quoiqu’il arrive.
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    • Audrey says:

      Oui ce genre de personne rend admiratif et permet aussi de relativiser ses propres soucis. Car outre la question de son apparence, elle a également des problèmes de santé, notamment cardiaques, qui peuvent mettre sa vie en danger.

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