Critique Incidences, de Philippe Djian

Il y a quelques jours, j’ai vu L’amour est un crime parfait. Il me semblait logique de passer à la lecture du roman de Philippe Djian (histoire de boucler la boucle car j’aime comparer les livres à leurs adaptations). J’y ai évidemment retrouvé Marc, sa sœur Marianne ainsi que le personnage d’Anna, nommée Myriam dans le roman. La disparition de Barbara, les aventures avec les étudiantes, l’altercation avec le flic, les relations incestueuses, l’ambiance, le froid, la neige, la crevasse… tout y est. A quelques exceptions près (prénoms parfois changés, situations un peu transformées, fin un peu différente). L’adaptation a donc plutôt bien respecté l’intrigue du roman.

Le roman de Djian est fortement troublant car, bien qu’écrit sur le ton de la comédie, c’est bel et bien un tueur en série qu’il met en scène. Marc est un personnage étrange, à la fois très sympathique et profondément effrayant. Instable, imprévisible, parfois très calme puis extrêmement fébrile, il est sujet à des migraines chroniques et régulièrement, perd totalement le fil des évènements. On comprend alors mieux le choix de la mise en scène dans L’amour est un crime parfait, une mise en scène pleine d’ellipses qui certes, donnent un côté brouillon au film mais qui illustrent finalement plutôt bien l’état d’esprit du personnage principal.

Malgré tout, le film a totalement occulté tous les passages qui font référence à l’enfance difficile de Marc et de Marianne (à moins que je ne m’en souvienne pas/n’ai pas compris ?). Visiblement élevé par une mère infâme, cruelle et violente, Marc a déjà tué à l’aube de son adolescence en mettant le feu à la baraque familiale. Hanté par ses souvenirs, il ne peut pas vraiment être considéré comme un homme équilibré. Les passages concernant la relation incestueuse entre Marc et Marianne sont, quant à eux, suggérés dans Un crime presque parfait alors qu’Incidences va bien plus loin, évoquant les relations sexuelles épisodiques, bien que régulières, qu’ont le frère et la sœur. Le livre en est donc beaucoup plus dérangeant et beaucoup plus riche en informations sur l’homme que peut être devenu Marc.

A part ça, Incidences se lit bien. Même très bien. La prose de Djian est simple et fluide à la fois et je pense qu’on ne peut pas être rebuté par son style. Je n’ai pas encore lu grand-chose de l’auteur (37°2 le matin et Impardonnables) mais je reconnais déjà des constantes dans son œuvre : des personnages masculins un peu accro à l’alcool, de nombreuses allusions au sexe et des histoires qui mettent en scène des écrivains ratés.

Incidences est un roman faussement léger, faussement comique. En refermant le livre, je n’ai pu que reconnaître le talent d’un écrivain qui nous livre une œuvre captivante, pleine de plis et de replis dans lesquels vont se cacher des personnages aussi troubles que l’histoire. On peut y voir un roman psychologique mais également un polar savamment mené. Je compte justement profiter de mes vacances d’été pour relire 37°2 le matin et découvrir Bleu comme l’enfer qui traine depuis au moins 1000 ans dans ma bibliothèque.

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