Critique The Immigrant

Sortie : le 27 novembre 2013

Présenté à Cannes au printemps dernier, The immigrant est reparti bredouille de la compétition. Dans ce film, le réalisateur James Gray renoue encore une fois avec son acteur fétiche, Joaquim Phoenix (leurs autres collaborations étant La nuit nous appartient et Two lovers, deux films que j’ai apprécié). A noter que James Gray a coécrit le dernier film de Guillaume Canet, Blood Ties.

Les 3 personnes avec qui je suis allée voir ce film en sont sorties vaguement ennuyées et plutôt mitigées. Pour ma part, je ne dirais pas que j’ai été captivée ou passionnée par ce film mais d’une certaine manière, j’ai été séduite par son ambiance, par ses images, par ses acteurs et surtout par la prestation (et la grande beauté) de Marion Cotillard qui y a trouvé un rôle à sa juste mesure. C’est lyrique, plein de grands sentiments et la photographie est d’une grande beauté…autant de qualités qui font d’une histoire triste et infâme, un drame majestueux.

The immigrant se situe durant l’année 1921. Ewa et sa sœur Magda ont quitté la Pologne pour New York où elles pensent retrouver leur oncle et leur tante. Mais Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine pendant 6 mois. Ewa, seule et sans ressources car l’adresse familiale se révèle être fausse, se lie avec Bruno. Ce drôle de chevalier servant la poussera même à se prostituer pour sauver sa sœur. Une relation ambiguë se tisse entre les deux personnages qui oscillent entre attachement et haine. Quand Orlando, cousin de Bruno et magicien de son état débarque, cet équilibre fragile est mis à mal.

Ce qui m’a frappé en premier lieu, c’est la beauté des décors et donc, de la reconstitution historique. Il faut dire que j’adore les histoires d’immigrés venus du monde entier pour tenter leur chance aux Etats-Unis au début du 20ème (et même avant). Ce passage par Ellis Island, la promesse d’une nouvelle vie au bout du monde, tout ça, tout ça,… ça m’a toujours plu, allez savoir pourquoi. L’arrivée des deux frangines, la séparation et le débarquement d’Ewa dans une ville trop grande pour elle m’ont vraiment permis de m’immerger dans l’histoire.

C’est une tragédie assez austère qui se joue sous nos yeux, celle d’une femme qui vivait humblement en Pologne et qui, au lieu de trouver le bonheur à New York, ne va cesser d’être humiliée. Tombée plus bas que terre, Ewa m’a fait penser à certaines héroïnes de Zola, de Hugo ou même de Dostoïevski qui se battent contre leur destin tragique entre péchés et misère. Le portrait de cette femme pieuse et tourmentée est des plus touchants et pour une fois, je considère que ce rôle américain met Marion Cotillard en valeur. Bien sûr, on pourra être agacé par ce personnage mélodramatique mais pour ma part, Ewa m’a touchée par son courage et sa détermination. Elle n’a qu’un seul but : sortir sa sœur de l’hôpital d’Ellis Island.

Pour moi, c’était évidemment un grand bonheur de revoir Joaquim Phoenix qui campe un personnage à la fois détestable et intéressant. Bruno semble désabusé, revenu de tout et s’il aime Ewa, il lui fait vivre les pires tourments. Sa protection vire rapidement à la domination et tous ses sentiments ont quelque chose de détraqué. Encore un beau personnage romanesque à mes yeux.

Bien sûr, ce film n’a pas que des qualités. Il dure deux heures et pourra sembler long à certains, très long à d’autres. J’ai ressenti quelques piques d’ennui par ci, par là mais globalement, j’ai suivi l’intrigue avec intérêt.

De par son histoire, finalement banal et sa mise en scène, très classique, The immigrant n’a rien de surprenant. Et pourtant, c’est un beau film. Je lui reproche quelques longueurs et quelques maladresses qui le rendent bancal et qui nous font parfois un peu décrocher mais je ne regrette absolument pas d’avoir suivi Ewa à New York le temps de deux petites heures car j’ai aimé le romanesque de cette épopée personnelle et collective.

6 comments

  1. zofia says:

    C’est un peu ce que j’avais ressenti pour Two Lovers, un beau film très bien joué et filmé mais auquel il manque peut-être un poil de rythme. Tu connais mon amour pour Marion Cotillard donc je pense quand même le voir mais peut-être pas tout de suite, avant j’aimerais voir Casse-tête chinois bien sûr (Romain en couverture de Stuido !) et Les garçons et guillaume à table !

  2. Audrey says:

    J’ai adoré Casse tête chinois mais beaucoup moins apprécié Les garçons et guillaume à table. Cependant, touuuuuuuuut le monde adore littéralement ce dernier alors je pense que je ne suis pas de très bon conseil sur ce coup 😉 Autant se fier à l’avis général. Si je n’écoutais que moi, je te dirai de ne pas y aller ^^

    • Audrey says:

      J’ai été la première à critiquer Marion Cotillard depuis qu’elle privilégie sa carrière américaine mais j’ai trouvé sa prestation très bonne. Mais je conseille le film en VO. Je l’ai vu en VF et on lui a donné un pseudo accent polonais qui est franchement agaçant.

      Et puis on s’en fout sans doute mais dans ce film, elle est juste super belle.

  3. Audrey says:

    Pendant toute la séance, avec JS, on arrêtait pas de se regarder en se disant « mais c’est pas possible!!! ». J’en ai pas parlé sur mon blog car j’allais m’énerver sur un film qui ne mérite pas mon énervement pour autant. J’ai trouvé que c’était de l’humour de bas étage, grossier, plein de clichés et j’ai détesté cet air niais qu’a pris l’acteur principal réalisateur. Ce n’est qu’à la toute fin que j’ai été un tant soit peu touchée mais j’ai trouvé que le traitement de l’histoire est trop frontal, terriblement impudique et surtout, qu’il manque cruellement de second degré. Mais là encore, étant donné que je suis l’une des rares personnes à tenir un tel discours, c’est que je suis sans doute passée à côté. Je n’ai rien contre Guillaume Galienne en plus, je l’apprécie généralement beaucoup mais là, c’est non ^^ Et comme je n’ai pas aimé, je comprends encore moins toutes les louanges que ce film reçoit, t’imagines bien. C’est peut être la première fois que je me trouve dans une telle situation. A ne pas comprendre du tout pourquoi les gens aiment. Je pense que j’aurais préféré que l’interprétation soit différente. Le fait que l’acteur joue aussi le personnage de sa mère m’a également agacée même s’il est meilleur dans ce dernier… c’est un tout. Mais je respecte malgré tout les avis contraires au mien.

    Je suis plutot d’accord avec l’avis de Télérama : « Marrant, tout de même ! Il n’y a pas si longtemps étaient courageux ceux et celles qui, à leurs risques et périls, osaient faire leur coming out. Autre temps, autres moeurs : l’audacieux, aujourd’hui, est celui qui s’affirme hétéro, au risque de contrarier maman… Ah, les mères ! ­Difficile de les satisfaire, impossible de leur échapper : c’est quand il interprète la sienne que Guillaume Gallienne éblouit. Il est plus fin que lorsqu’il se joue lui-même. Mais, chacun le sait, c’est un grand acteur de composition.
    Grand metteur en scène de cinéma, en revanche, non ! Pas pour l’instant. Du spectacle où il triomphait, seul en scène, il a tiré une suite de sketchs brouillons, balourds et souvent ballots, qui réussissent le prodige d’être à la fois épais et inconsistants. Le pompon, c’est le passage en Allemagne, avec Diane Kruger en infirmière à clystère : en théorie, truculent comme du Blake Edwards. Dans la pratique, aussi grossier que le cinoche bas de gamme du Jean Lefebvre des grandes années… Certes, tout le monde a le droit d’aimer un mauvais film comme celui-là. Même les cinéphiles. C’est émouvant, d’ailleurs : ils semblent, soudain, faire leur coming out. Et en deviennent, forcément, douloureux et beaux… — Pierre Murat »

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