Critique Ida (l’intégrale), Chloé CRUCHAUDET

Couv_259380De quoi ça parle ?

Ida parle… d’Ida, une Suissesse hypocondriaque de 30 ans, une vieille fille (nous sommes au 19ème siècle) capricieuse et qui fait de la vie de ses proches, un enfer sur terre. Puis un beau jour, on l’envoie en voyage avec un but : prendre l’air marin. Ida râle, il faut la porter jusqu’en bas des escaliers, elle trouve le paysage ennuyant puis… elle arrive au bord de la mer et découvre de toutes nouvelles sensations. Ida ne rentrera pas chez elle. Incapable de s’arrêter, elle va poursuivre sa course à travers les pays… Outre sa toute nouvelle soif d’aventures et son côté « vu mon âge, je n’ai rien à perdre », Ida a également un but. Bien des années plus tôt, lors d’une exposition universelle de Paris, elle avait été séduite par un pavillon en particulier. Elle se souvient des saveurs, des odeurs, des sculptures mais impossible de se souvenir de quel pays il s’agissait ! Elle est certaine que l’Afrique lui donnera les réponses qu’elle attend.

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Mon avis

Quand j’ai terminé Mauvais genre, il y a quelques temps, je me suis penchée sur l’œuvre de Chloé CRUCHAUDET avec l’envie de lire Ida. Puis le temps est passé et j’ai oublié d’acheter les trois tomes. Récemment, j’ai réalisé qu’il existait une intégrale et j’ai donc rapidement sauté le pas.

Pour écrire ces trois volumes, l’auteure s’est inspirée des premiers récits de voyages, des récits féminins, bien entendu.

Dès les premières pages de cette bd, on comprend que le personnage d’Ida est tout, sauf banal. Elle semble avoir toujours joué la carte de la fragilité, du caprice, de la maladie… Quitter son cadre de vie habituel ne fait finalement que faire ressortir ce qui sommeillait en elle depuis toujours, soit un caractère autoritaire, aventurier, fonceur. Ce qu’il y a de drôle c’est que malgré son désir de voir le monde et de faire des choses qu’une femme n’est pas censée faire, Ida ne renie jamais sa condition de femme bourgeoise. Elle ira au fin fond de l’Afrique, certes, mais ce sera toujours avec sa crinoline, avec ses belles robes et son petit confort. Elle est parfois tellement décalée que ça en devient très drôle !

Fortunée est son accompagnatrice et grâce à Ida, échappe à une vie au convent. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que cette dernière, sous ses airs de petit fille, est en réalité une grosse délurée qui aime un peu trop les hommes ! Aux côtés d’Ida, elle développe une autre part de sa personnalité et écrit des poésies.

ida-1-grandeur-et-humiliationOutre les dialogues entre les personnages, la bd nous permet de découvrir des extraits des lettres qu’Ida écrit à sa sœur mais également des extraits des guides de voyage qu’elle écrit car en plus de son envie d’aventures, elle est poussée par le besoin de préparer le terrain pour tous les autres aventuriers qui passeront après elle. Ces guides représentent une bonne occasion de faire ce qu’elle aime par-dessus tout : faire des listes !

Bien sûr, le récit n’est pas sans fond car derrière la peinture de ces personnages hauts en couleurs, on trouve bien entendu toute une réflexion sur la condition féminine de l’époque. Par exemple, on demande sans cesse à Ida où est son mari, si elle est mariée, on lui fait sans cesse comprendre qu’elle devrait plutôt rentrer chez elle. Ida garde également un œil extrêmement critique sur les colonialistes qu’elle rencontre durant ses voyages, ceux qui méprisent les cultures africaines, ceux qui dénaturent les paysages, les villes, au détriment de l’authenticité. Sans oublier tous ceux qui, insignifiants dans leur pays, se prennent pour les rois du monde grâce à leur fameuse et prétendue supériorité d’homme blanc.

Difficile, par contre, de dire si Ida raconte vraiment une histoire classique, je vois plutôt ces 3 volumes comme un récit de voyage, sans forcément de fil conducteur (autre que le voyage, bien entendu).

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Bien sûr, impossible de terminer cette critique sans parler du dessin et surtout des couleurs qui sont merveilleuses, verdoyantes, bien loin de l’image tout sèche et craquelée que l’on a généralement de l’Afrique. Une belle invitation au voyage et à l’exploration ! Par contre, je trouve que le dessin change un peu entre le premier et le second volume, je ne pense pas me tromper et ça m’a un peu dérangé. Mais ce n’est pas un changement du tout au tout hein, j’ai juste trouvé le trait un peu différent. Attention cependant : c’est un dessin particulier, à la fois réaliste et totalement décalé parfois ! Les formes féminines notamment, sont souvent disproportionnées tout comme certains éléments du décor. Bref, Ida est une véritable œuvre d’art, les planches sont d’une grande beauté et si vous aimez les belles bd et les portraits de femme, vous apprécierez cette lecture !

8 comments

    • Audrey says:

      C’est une belle bd 🙂 Je ne pense pas qu’elle puisse séduire tout le monde mais on ne peut pas lui reprocher d’être mauvaise ou mal foutue.

    • Audrey says:

      C’est peut être pas toujours super abouti d’un point de vue scénaristique mais ça reste super sympa ! 🙂 Puis la bd est si colorée, c’est d’une grande beauté pour les yeux !

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