Critique Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb

– Ce sont les lecteurs-grenouilles. Ils forment l’immense majorité des lecteurs humains, et pourtant je n’ai découvert leur existence que très tard. Je suis d’une telle naïveté. Je pensais que tout le monde lisait comme moi ; moi, je lis comme je mange : ça ne signifie pas seulement que j’en ai besoin, ça signifie surtout que ça entre dans mes composantes et que ça les modifie.
On n’est pas le même selon qu’on a mangé du boudin ou du caviar ; on n’est pas le même non plus selon qu’on vient de lire du Kant (Dieu m’en préserve) ou du Queneau. Enfin, quand je dis « on », je devrais dire « moi et quelques autres », car la plupart des gens émergent de Proust ou de Simenon dans un état identique, sans avoir perdu une miette de ce qu’ils étaient et sans avoir acquis une miette supplémentaire. Ils ont lu, c’est tout : dans le meilleur des cas, ils savent « ce dont il s’agit ». Ne croyez pas que je brode. Combien de fois ai-je demandé, à des personnes intelligentes « Ce livre vous a-t-il changé ? » Et on me regardait, les yeux ronds, l’air de dire : « Pourquoi voulez-vous qu’il me change ? »

QUIZ_Hygiene-de-lassassin_756Pour ma seconde relecture nothombienne, j’ai choisi Hygiène de l’assassin car il est le tout premier roman d’Amélie Nothomb et porte déjà en lui tous les thèmes qui seront développé par l’auteur dans la suite de sa bibliographie. Déjà, on sent sa fascination pour la Beauté avec un grand B mais également pour la Laideur avec un grand L. La thématique de l’enfance/adolescence et du refus de passer à l’âge adulte sont également bien là.

Pour ce qui est de la mise en scène de l’histoire, celle de Hygiène de l’assassin est un huis clos puisqu’elle se passe principalement dans un appartement sombre. On assiste en effet à la rencontre de Prétextat Tach, un écrivain à succès sur le point de mourir avec une poignée de journalistes, la dernière d’entre eux , la plus coriace, étant évidemment le second personnage principal du livre. Les autres fuiront, la queue entre les jambes car Prétextat est décidément trop méchant.

En plus d’être exécrable, misanthrope, misogyne et cynique, Prétextat a une particularité physique : il est obèse. Il dégouline littéralement de partout et évolue en chaise roulante car il ne peut tout simplement plus marcher depuis longtemps. Il est également assez vieux (plus de 80 ans) et vit enfermé chez lui depuis des décennies (même s’il sort pour faire quelques courses). Bref, en plus d’être désagréable, il n’est pas du tout beau à regarder et est le seul responsable de sa déchéance physique.

En face de lui, il y a la frêle Nina. La seule qui lui tiendra tête… à vous de voir comment en lisant le livre !

Hygiène de l’assassin est un roman bref et intense qui repose presque entièrement sur les dialogues qui sont, d’ailleurs, vraiment bien écrits et très prenants. Une fois qu’on y a sauté à pieds joints, il est bien difficile d’arrêter sa lecture : on se laisse emporter par le flot des mots, des réflexions et de la grandeur de cette joute verbale pleine de perversité, de cruauté et…de talent !!

Si vous n’avez jamais lu Amélie Nothomb, si vous ignorez ses thèmes de prédilection, sa manière d’écrire, le type de ses personnages, ce roman a toutes les chances de vous déconcerter mais il vous marquera, d’une manière ou d’une autre !

One comment

  1. Aurore says:

    Mince alors, je sais que je l’ai lu mais même en lisant ton billet, je ne me rappelle plus de l’histoire. A une époque j’ai dévoré un paquet de Nothomb, j’aimais vraiment bien son style et sa manière de dessiner la nature humaine.

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