Critique Une histoire des abeilles, Maja Lunde

Paru le 17 août 2017 aux éditions Presses de la Cité, Une Histoire des Abeilles a été écrit par Maja Lunde, une auteure norvégienne qui s’était jusqu’ici illustrée grâce à ses 8 livres pour enfants. Il s’agit donc de son premier roman pour adultes

De quoi ça parle ?

Une histoire des abeilles est un triptyque. De chapitre en chapitre, l’auteure nous permet donc de faire la connaissance de :

  • William qui vit en Angleterre en 1851,
  • George qui vit en Ohio en 2007,
  • Tao qui vit en Chine, en 2098.

Le premier est un père blasé, un homme frustré qui a mis sa carrière scientifique entre parenthèses pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Il n’a que des filles ET Edmund, le seul qu’il adore, le seul qu’il ait envie de rendre fier. Au sortir d’une longue dépression, il décide de concevoir une ruche révolutionnaire. Il ne sera pas seul dans cette aventure… et bénéficiera d’une aide précieuse venue de là où il ne pensait pas la trouver.

Le second est un apiculteur un peu bourru qui voudrait voir son fils unique reprendre l’affaire familiale. Le souci ? Son fiston se rêve écrivain et les abeilles et bien… elles passent au second plan. D’ailleurs, comment lui en vouloir après tout ? Dans un monde où les abeilles commencent à disparaître, reprendre une telle exploitation ne serait-il pas une folie ?

La troisième vit dans un futur proche et passe ses journées à polliniser la nature à la main. C’est un travail difficile et lassant mais ils n’ont pas le choix : les abeilles ayant totalement disparu, il faut faire leur travail pour espérer survivre. Quand son petit garçon est victime d’un accident (terrible et dont on lui cache tout) Tao se trouve obligée de se plonger dans les origines de ce qui fut sans nul doute le plus grand désastre de l’humanité.

Mon avis

J’ai lu Une histoire des abeilles très rapidement car il est très agréable à découvrir. Il m’a même fait rêver (cauchemarder, en fait) d’abeilles, c’est dire s’il a marqué mon esprit !

L’alternance des points de vue et des époques me plait beaucoup en général et dans ce cas précis, il était agréable de suivre les différentes trajectoires de ces personnages aux destins si particuliers. Les chapitres sont courts, les personnages ont une vraie épaisseur psychologique. Ils existent.

Gardons à l’esprit que c’est une fiction (je fais évidemment référence aux personnages de William et de Georges), mais une fiction documentée qui a évidemment pour but, entre autres, d’attirer notre attention sur le CCD, le Colony Collapse Disorder. En français, le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Un phénomène qui est mit en lumière grâce au personnage de Georges qui est touché de plein fouet. Nous sommes en effet en 2007, une année mortelle pour les apiculteurs américains puisque 25 % du cheptel a disparu en quelques mois.

La conséquence de ces disparitions nous est expliquée (par anticipation) grâce au personnage de Tao qui vit dans un drôle de monde. Un monde où tu passes ta vie dans les arbres, où tu travailles du soir au matin, où les enfants arrêtent l’école tôt car il faut polliniser, encore et encore. L’auteure a imaginé une Chine qui ne s’est remise du « Grand Effondrement » qui a touché la planète que grâce à la discipline et à la soumission de ses habitants, là où les européens et les américains, plus râleurs et moins dociles, ont tous disparus. C’est également par ce personnage que nous apprenons comment les choses se sont passées et comment notre monde a disparu.

Le personnage de William marque quant à lui les débuts de l’exploitation des abeilles puisqu’il réfléchit à un nouveau type de ruches. Des ruches plus faciles à utiliser, permettant d’obtenir plus de miel mais surtout, un miel d’une qualité bien supérieure. Les prémices d’une apiculture industrielle et de pratiques qui seront mises en cause pour expliquer, entre autres, la mortalité inquiétante des abeilles depuis le début des années 2000.

En quelques mots,

Une histoire des abeilles est un roman intéressant, agréable à lire, instructif et écologiste qui alerte, mais qui explique simplement, sans faire la morale, sans faire dans le sensationnel. Il saura séduire les lecteurs sensibles à la cause environnementale mais peut plaire à tous les publics, des plus informés aux plus novices sur la question. C’est également un livre sur la transmission. La transmission familiale, d’abord, puisque tous nos personnages entretiennent des rapports particuliers avec leurs enfants. Mais il est aussi question d’une transmission plus générale, celle de notre planète toute entière. Quel monde laisserons nous à nos enfants ? Aux enfants de nos enfants ? Une problématique essentielle mais angoissante malgré la touche d’espoir sur laquelle nous laisse le roman.

8 comments

    • Audrey says:

      Franchement je l’ai trouvé très intéressant 🙂 Le fait que tout le monde en parle prouve surtout, à mon avis, que la maison d’édition a fait un gros travail de communication dessus. Mais au vu du thème, des recherches que semble avoir fait l’auteur sur le sujet et de la prise de conscience qu’il cherche à provoquer, je ne pense pas que ce soit un bouquin juste écrit pour plaire et pour avoir du succès. Et même si c’était le cas, ça ne serait pas immérité après tout. L’écriture est simple mais c’est bien écrit et le propos est intéressant. Il est à découvrir, maintenant ou quand il sortira en poche ! 🙂

    • Audrey says:

      C’est un sujet assez bien traité et c’est intéressant de voir évoluer les personnages autour des abeilles mais dans trois époques très différentes ! 🙂

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