Critique Les Hauts de Hurlevent, Emily Bronte

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Aller, on zappe le résumé hein ? Tout le monde connait l’histoire, non ? Non Ben alors ! Vous attendez quoi pour vous y mettre ? 😀

J’ai lu Les hauts de hurlevent pour la première fois à l’adolescence et j’en avais gardé une image vraiment romantique, l’histoire d’un amour passionnel, beau mais triste, mais quelque chose très intense. Pas mièvre pour autant hein, mais j’avais classé ce roman dans la lignée des grandes histoires d’amour romanesques… Puis quand je l’ai relu, j’ai réalisé, un peu décontenancée, que non, ce roman n’était pas vraiment « beau » au sens romantique du terme. Il est plutôt violent en réalité. Cruel, même, je dirais. C’est ainsi que je le qualifierai mais ça n’en fait pas moins un roman marquant pour autant.

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J’ai fait le choix d’illustrer cet article avec les photos d’une adaptation dont je vous parle à la fin.

Pour être honnête, je crois que j’avais aussi gardé une image sacrément gothique du roman avec son fantôme, ses cimetières, ses maisons un brin glauques mais en réalité, Les Hauts de Hurlevent n’est pas du tout un livre surnaturel, il est très réaliste. Il s’agit d’un drame familial, l’histoire de deux générations de personnages qui s’aiment, se déchirent, se détestent… Pas de sentiments tièdes chez Emily Bronte, une femme solitaire, réservée et surtout très cultivée. Il ne serait pas étonnant qu’elle ait trouvé l’inspiration dans ces fameuses grandes tragédies grecques car cette histoire d’amour et de vengeance a quelque chose de « classique ».

Car quand on se contente des adaptations cinématographiques, on peut être tenté de croire que Les Hauts de Hurlevent n’est « qu’une » histoire d’amour impossible alors qu’en réalité, c’est Heathcliff, le personnage central et non Catherine. Dans le même ordre d’idées, c’est la vengeance d’Heathcliff qui est le vrai propos du livre, pas son amour pour Catherine même si de l’un découle l’autre, bien entendu.

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Lors de ma lecture, j’ai été tout particulièrement marquée par le thème de la souffrance enfantine et de la dureté des adultes. Catherine et Heathcliff sont les premiers à en être les témoins, ils sont constamment rudoyés, chassés, obligés, malaimés, comme si on les considérait comme des objets et non comme des adultes en devenir. Et c »est justement dans ce climat hostile, dur et sans pitié que la vengeance de notre protagoniste nait. Hareton Earnshaw fait aussi beaucoup de peine et est élevé tel un esclave, sans éducation, sans loisirs (avec lui Heathcliff répéte les châtiments qu’il a lui même subit). Et puis la scène où, petit garçon, son père le lâche du haut de la balustrade et où Heathcliff, resté au rez de chaussée, le récupère par réflexe, tout en se disant qu’il aurait été peut être plus malin de le laisser s’écraser, est quand même ignoble. Quant à Catherine Linton, elle a seulement 17 ans lorsque Heathcliff la fait prisonnière chez lui afin de la forcer à épouser son fils…

Malgré tout, l’histoire est tellement bien écrite, les double narrateur complexifient la trame du roman mais ne rendent cette histoire que plus complète, dense, réaliste. Par un procédé très malin, Emily Bronte nous permet de rentrer dans ces familles et d’assister à tous ces moments clés qui ont forgé leur histoire. La famille, la mort, l’amour sont les trois grands thèmes d’un roman qu’il faut avoir au moins lu une fois dans sa vie alors si ce n’est pas le cas… vous savez ce qui vous reste à faire !

Pour découvrir la critique de Zofia, c’est ici !

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Pour finir….

Si vous avez envie de poursuivre votre lecture par le visionnage d’un film, je vous conseille l’adaptation de 2012. Je SAIS qu’elle est particulière, qu’elle se focalise uniquement sur la relation entre Catherine et Heathcliff, qu’elle zappe complètement le récit enchâssé, les narrateurs disparaissent, les plans sont parfois très longs,très vaporeux on va dire mais il y a une sensualité, un excès qui me semblent tout à fait fidèles à l’œuvre. Esthétiquement le film est d’une beauté à couper le souffle, la nature est omniprésente, magnifique et à la fois, un peu hostile. Et puis j’aime énormément que le personnage d’Heathcliff soit incarné par un acteur noir, une particularité que les adaptations précédentes ont bien zappé sans doute parce voilà, on préfère sans doute montrer une histoire d’amour entre blancs, c’est plus commercial. Certes, c’est peut-être une interprétation qui en vaut d’autres et si les origines d’Heathcliff restent vraiment troubles, il est décrit comme un petit garçon très basané au début de l’œuvre alors après tout, qui dit que Mr Earnshaw n’a pas ramené un enfant d’esclaves chez lui ?

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17 comments

  1. sanasan says:

    Ah ben voilà !! Je me retrouve totalement dans cette avis !! J’avais même l’impression d’avoir été flouée ?! Mais ou était le passé le roman hypra romantique de mon adolescence ? A la place j’ai découvert un roman d’une noirceur telle, que j’avais l’impression de ne pas avoir lu le même 🙂 Mais mais mais ???? quelle est cette version de 2012 ? je croyais pourtant toutes les connaitre ?
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    • Audrey says:

      Pour moi Les Hauts de Hurlevent n’est absolument pas une histoire d’amour qui me fait rêver, contrairement au bouquin de sa frangine avec un Mr Rochester franchement torturé mais beaucoup plus attirant qu’Heathcliff !

      Je parle de ce film ci : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=135549.html
      Tu ne l’as pas vu ? J’avais même trainé mon homme au ciné et contre toute attente, il avait aimé ! Il n’est pas trop branché films en costumes d’habitude.

    • Audrey says:

      ps : je crois qu’à l’adolescence on a tendance à idéaliser ce genre d’amours torturés, Heathcliff devait nous paraitre super charismatique (et il l’est), hyper romantique… En grandissant, on se rend compte qu’il est difficile d’avoir de l’estime pour un tel homme ! Car s’il en a bavé, c’est lui qui a décidé de devenir tel qu’il est, il aurait pu choisir une autre voie.

  2. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Je suis tellement contente de voir ce livre chroniqué sur ton blog ! Ca fait des années, peut-être pas dix ans mais presque, que j’hésite à lire ce roman. A chaque fois, je me dis : allez ! Je le lis. Et puis non…je ne saurais pas dire ce qui me retiens de le lire mais…je n’y arrive pas.
    J’ai lu des tas et des tas d’autres chroniques, en général élogieuses. Et puis je tombe donc sur la tienne. Je te suis depuis peu mais tu es une lectrice en qui j’ai toute confiance : tu as des goûts sûrs et se rapprochant des miens. Je pense donc que, après avoir lu ta chronique, je vais me lancer. Peut-être pas tout de suite… mais je vais le faire. Il est clair que Les Hauts de Hurlevent fait partie de ces romans qu’il faut avoir lu au moins une fois. Et ce titre est tellement intriguant et poétique… ^^ Merci pour cette belle chronique et les images pour illustrer ton article sont très jolies aussi, un brin mystérieuses… bref, j’aime ! ! 😉
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…Lola Bensky ; Lily BrettMy Profile

    • Audrey says:

      Je suis ravie de t’avoir donné envie de le lire car il est incontournable pour qui s’intéresse un peu à la littérature britannique. La plume d’Emily Bronte devrait te plaire à toi qui est habituée aux classiques. Elle est très élégante, très… classique et je crois que ça rebute pas mal de lecteurs pas forcément habitués à ce genre de lectures mais pour toi, ça devrait passer tout seul. L’histoire est franchement dramatique (mais pas larmoyante hein) et les personnages sont tous antipathiques, ou presque, mais vraiment inoubliables !

      • A-Little-Bit-Dramatic says:

        Tu finis de me convaincre. 😉 Je pense que je vais me lancer rapidement, avant que mon enthousiasme ne retombe et que je me remette à hésiter. J’ai découvert avec passion les deux autres soeurs Brontë, Charlotte et Anne, dont j’ai aimé les univers. Ils sont différents mais j’avais aimé leurs productions respectives avec un énorme coup de cœur pour Jane Eyre, qui fera sûrement partie et pour longtemps de mes livres préférés de tous les temps. J’avais un peu laissé Emily de côté, pas forcément à cause de l’écriture mais surtout parce que l’histoire me faisait peur, elle a l’air sombre et torturée… Mais je pense qu’il est temps de dissiper ses appréhensions livresques et de m’y mettre. 😉
        A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…Bingo littéraire de printemps (du 20 mars au 20 juin 2017) sur LivraddictMy Profile

        • Audrey says:

          Jane Eyre est mon roman préféré depuis mon adolescence et je crois que ce n’est pas près de changer !
          Emily Bronte propose une œuvre plus sombre là où Charlotte Bronte met quelques touches de lumière… Mais il faut aussi dire qu’elle n’a écrit qu’un roman. Qui dit que le second n’aurait pas été très différent après tout ?
          Je te conseille quand même de le tenter donc, ne serait ce que pour l’avoir lu ! Il est sombre mais ce n’est pas un roman insoutenable non plus 🙂

  3. lacavernedhaifa says:

    Je le retrouve dans ta chronique. Lorsque je l’ai lu la première fois je m’attendais une histoire d’amour impossible, romantique dans la lignée de Jane Eyre. Mais alors, lorsque j’ai lu ce roman je me suis rendu compte que c’était plus qu’une histoire d’amour, mais plutôt une histoire de vengeance. Plusieurs thèmes transparaissent dans ce roman comme tu l’as dit, il y a le rapport adulte/enfant, l’éducation aussi. C’est une œuvre qui peut être interprétée de plusieurs manières. Je t’avoue toutefois que je ne me suis pas encore penchée sur les versions cinématographiques mais je vais sûrement suivre ton conseil et commencer par l’adaptation de 2012 🙂
    lacavernedhaifa Articles récents…Marylin ! Ô Marylin !My Profile

  4. zofia says:

    Je n’ai pas vu l’adaptation de 2012, j’essayerais d’y jeter un oeil un de ce jours. Mais c’est vrai que ce n’est pas un roman d’amour comme on pourrait s’y attendre. Personnellement, ça ne m’a pas déçue mais c’est vrai que si on en attend autre chose, on peut être sacrément déçu !
    Je me retrouve assez bien dans ton avis, il est vrai que les enfants sont totalement malmenés dans ce roman, personnellement Hareton m’a aussi fait beaucoup de peine.
    zofia Articles récents…Lecture commune : Les hauts de Hurlevent, la chroniqueMy Profile

    • Audrey says:

      Mieux vaut être un adulte, et un homme, pour être à peu près libre ! ^^ Les enfants et les femmes sont quand même bien des victimes. Sauf Catherine…et encore ! :-/

  5. AMBROISIE says:

    J’ai envie de relire ce roman maintenant ! J’ai une édition qui ne me plait pas mais je crois que je vais le racheter rien que pour le plaisir de l’avoir en folio. J’ai adoré ce livre et comme toi j’en garde un souvenir intense bien que je crois que je n’ai pas encore tout compris les enjeux de ce roman… J’étais jeune quand je l’ai lu.

    • Audrey says:

      Je pense que tu auras une toute autre vision si tu le lis maintenant 🙂 C’est fou comme parfois l’âge peut conditionner notre regard sur les choses ! C’est pour ça que j’ai toujours peur de relire les livres que j’ai adoré à l’adolescence car j’ai peur que la Audrey de 31 ans vienne gâcher les souvenirs de lectrice de 16 ans que j’étais alors !! 🙂

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