Critique Les Griffes et les Crocs, Jo Walton

Jo Walton est née au pays de Galles mais vit désormais au Canada. Elle est notamment connue pour ses romans Morwenna et la  trilogie du Subtil changement.

De quoi ça parle ? (résumé éditeur)

Bon Agornin a eu une longue et belle vie, mais sa fin est proche, il le sent. Étendu près de son trésor, il attend la mort. Toute sa famille est réunie pour vivre avec lui ses derniers instants : ses deux fils et ses trois filles, ainsi que son gendre, l’Illustre Daverak qui héritera de son domaine. Bon Agornin tient absolument à se confesser à son fils aîné, il veut partir absous de ses péchés, d’autant que ceux-ci sont immenses : afin de pouvoir devenir un dragon de soixante-dix pieds de long, capable de voler et de cracher du feu, il a dévoré son frère et sa sœur – les carcasses de bœuf ne suffisent pas pour mener à bien une telle entreprise…  «Je n’ai pas eu le choix», se justifie-t-il, dans son dernier souffle. Avant d’être dévoré à son tour par ses héritiers, comme le veut la tradition chez les dragons.

Mon avis

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman sort de l’ordinaire. Déjà parce que malgré les thèmes plutôt classiques et un contexte non moins classique, celui de l’Angleterre victorienne (bien que nous soyons dans un pays imaginaire, Tiamath), les personnages principaux ne sont autres que des dragons. Pas des humains quoi. Étrange, n’est-ce pas ? Ainsi, tout au long du récit, on se trouve face à des thématiques très vues et revues en littérature comme les questions d’héritage, de hiérarchie sociale, mais également les mariages (deux dragonelles sont notamment au cœur du récit) propres au genre humain mais on ne peut (presque jamais) oublier qu’il s’agit bien de dragons grâce à l’évocation de leurs réactions physiologiques et de leurs particularités physiques (ben oui quand tu es dragon, tu as certaines particularités comme celles d’avoir des ailes ou celle de manger les tiens…).

Le récit part d’un point particulier : la mort du patriarche et se déploie dans deux directions : les propositions de mariage des dragonelles et le combat judiciaire entre deux frères, l’un considérant avoir été spolié par l’autre. Il y a pas moins de 16 parties dans ce roman de 412 pages avec une alternance de points de vue assez intéressante et qui donne, comme toujours, un grand dynamisme au récit. Chaque enfant du vieux dragon a le droit à son chapitre ce qui permet de mieux le comprendre et surtout, de mieux les identifier les uns des autres avec leurs caractères et leurs histoires particulières.

Toute cette galerie de personnages permet, comme vous pouvez l’imaginer, de déployer une série de sous intrigues. Attention, elles ne sont pas gratuites mais auront bel et bien un lien avec le final du roman. Il y a donc une pointe de romantisme avec les amours des personnages mais également la mise en relief d’une société inégalitaire, patriarcale où les femmes n’ont jamais le choix de décider de leurs propres vies. Quant aux domestiques, ils ne sont guère mieux servis. On leur bride les ailes pour les empêcher de voler. Pire encore : certains sont dévorés par leurs maîtres.

En bref,

Est ce que j’ai aimé ce roman ? Est ce que je n’ai pas aimé ? Je ne sais pas trop…

Non, je ne sais pas trop quoi penser de ce roman. Il est certain que j’ai apprécié l’écriture de Jo Walton qui est vive et intelligente (il faut un sacré talent pour nous pondre un univers pareil, aussi réfléchi et aussi complexe) mais peut-être était-il finalement trop original pour moi… Je dois vous avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce roman mais il a encore été différent des quelques images que je m’étais fait à son sujet. J’ai l’impression qu’il est un savant mélange de plein de choses. Parfois il est presque à l’eau de rose avec ces histoires de mariage, de temps en temps il se permet des petites touches d’humour puis on sombre dans quelque chose de bien plus noir et inquiétant avec les scènes de cannibalisme entre dragons. C’est très original, vraiment ! Après, ce n’est pas forcément mon genre non plus. Je ne doute pas que certains en tomberont néanmoins amoureux !

Il s’agit donc franchement d’un livre à découvrir si vous aimez ce genre de lecture !

 

Paru aux éditions Denoël le 21.09.2017, Collection Lunes d’encre

Traduit de l’anglais par Florence Dolisi.

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