Critique Les Filles déchues de Wakewater, Leslie V.H.

B26762

Titre original : Bodies of Water, Titre VF : Les Filles déchues de Wakewater

Date de parution : 02-02-2017

Éditeur : Denoël, collection Effroi,

Écrit par Leslie V.H., Traduit de l’anglais par Mélanie Trapateau

Pays : Royaume-Uni, 160 pages

Résumé

Le récit de  Les Filles déchues de Wakewater s’articule entre deux héroïnes, deux voix. Il y a Kirsten et Evelyn.

Kirsten vit à notre époque. Après une rupture que l’on devine douloureuse, elle s’installe à Wakewater. Situé au bord de la Tamise, loin de l’agitation du centre de Londres, le bâtiment (qui est resté longtemps à l’abandon) est en cours de rénovation et on y propose des appartements dernier cri. Kirsten s’y installe assez rapidement (son appartement fait partie des premiers à être terminés, si bien qu’elle a l’impression d’être complètement seule dans ce manoir victorien, d’autant plus que les travaux en cours ont été stoppés pour un temps indéfini) et si, dans un premier temps, elle s’y sent particulièrement bien, elle ne peut nier que l’eau qui coule un peu plus loin exerce une drôle d’attraction sur elle…

Evelyn vit à l’époque victorienne. Venue d’une famille respectable, elle est fortement impliquée dans une Société de Secours et passe son temps libre à sauver ces « femmes déchues », pour la plupart prostituées, une activité que sa famille voit d’un très mauvais œil. Son père l’envoie donc à Wakewater, un établissement thermal qui vient d’ouvrir et qui est voué à soigner les femmes par l’eau. Si elle même qualifie les soins d’insignifiants (après tout, boire de l’eau, prendre des bains et de faire envelopper comme une momie n’a jamais tué personne), Evelyn comprend vite qu’il se passe des choses étranges dans l’établissement.

Mon avis

Bien des choses m’ont attirée vers ce roman.

Le fait qu’une partie de l’histoire se passe à l’époque victorienne, le fait que le roman alterne entre deux époques pour un même lieu (car les thématiques sont souvent intéressantes, j’aime qu’on me parle du passage du temps sur les bâtiments) et bien sûr, l’aura de mystère qui plainait sur l’ensemble. J’avoue que le fait que le roman fasse moins de 200 pages était aussi un point positif (car les romans courts ont l’avantage d’être lus rapidement) mais aussi un défaut potentiel car si le livre était aussi bien qu’il semblait l’être, n’était-il pas dommage qu’il soit si court ?

En réalité, non. Les Filles déchues de Wakewater est excellent, c’est un roman original et troublant mais sa longueur est idéale. Il est assez long pour nous raconter l’histoire de ces deux femmes et assez court pour être intense et marquant. Plus aurait été trop.

Il est difficile de parler d’un roman qui mélange de nombreux thèmes, qui est à la fois réaliste et étrange.

Il est réaliste quand il parle de la condition des femmes de l’époque victorienne car l’établissement thermal accueille des femmes jugées dysfonctionnelles et ayant besoin d’un traitement (celle qui a perdu son bébé, celle qui ne trouve pas de mari car elle n’est pas intéressée par les hommes, celle qui se remet d’une hystérectomie…).

Féministe aussi, car il évoque bien évidemment la bêtise des hommes qui ne voient les problèmes que via le prisme de leur toute puissance masculine. L’engagement d’Evelyn est mis en avant et permet d’évoquer cette inégalité, ces injustices et la pression d’une société qui  obligeait bien des femmes perdues, ces fameuses femmes déchues, à préférer le suicide par noyade à une vie de honte et de pauvreté.

Les thèmes de la mort et du suicide sont très présents dans l’œuvre mais ne sont pas mis en avant de manière morbide car ils sont intimement mêlés à la symbolique de l’eau. L’eau qui soigne les femmes de l’établissement. L’eau vers laquelle les suicidées sont allées comme pour se purifier. L’eau chargée de toute cette souffrance féminine et vers laquelle Kirsten ne peut se retenir d’aller… Et afin de nous plonger dans une ambiance particulière, l’auteur fait appel avec subtilité à la « mythologie de l’eau », aux légendes, avec l’évocation des créatures de l’eau, toutes ces sirènes, Mélusine, …

On trouve beaucoup d’étrange et un peu d’angoisse dans un roman qui ressemble à un huis-clos. Car il y ces phénomènes étranges, ces fuites dans l’immeuble, cette main qui se tend de sous la surface de l’eau, il y a cette femme aux longs cheveux noirs, qui flâne le long de la berge et qui semble attendre qu’on vienne à elle… A moins qu’elle ne vienne finalement chercher Kirsten ? Et Evelyn ? Y résistera-t-elle ?

En bref,

A mesure que le temps passe et que les pages se tournent, l’eau devient de plus en plus présente, de plus en plus menaçante et la pression s’intensifie : le roman de Leslie V.H. ne ressemble à nulle autre et est aussi court que riche en thématiques diverses. J’ai beaucoup aimé son ambiance, ses personnages, la recherche qu’il y a derrière l’histoire, la symbolique de l’eau… Plus j’y réfléchis et plus je réalise que c’est une petite prouesse d’avoir évoqué autant de choses en si peu de pages !

Vous l’avez compris : c’était une très belle découverte !

12 comments

  1. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Au départ, je me suis dit : tiens, ça doit ressembler un peu à du Kate Morton ! Les deux voix, l’alternance des époques…j’aime beaucoup ces romans qui naviguent dans le temps et s’articulent autour d’un secret, depuis que j’ai découvert l’univers de Morton, justement.
    Mais, visiblement, Les Filles Déchues de Wakewater, c’est encore autre chose. Ca a l’air beaucoup plus sombre, plus torturé, avec un aspect peut-être un peu gothique, non ? 😉
    En tous cas, je suis tentée.
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    • Audrey says:

      Gothique, oui, certainement. Derrière le bouquin il est justement écrit un truc du genre « la juste alliance entre le gothique et le moderne ».
      Les Filles Déchues de Wakewater est un roman qui m’a vraiment fascinée mais qui ne plaira pas à tout le monde je pense, il ne faut vraiment pas t’attendre à quelque chose de classique. J’aime vraiment Kate Morton mais ses romans n’ont rien à voir (malgré l’alternance passé présent). Il y a une touche de fantastique qui pourra éloigner pas mal de lecteurs je pense mais j’ai beaucoup aimé l’étrangeté de l’histoire ! 🙂

      • A-Little-Bit-Dramatic says:

        Merci pour ces infos, Cellardoor !
        Effectivement, j’ai fait le parallèle avec Kate Morton en lisant le résumé, parce que la forme de ce roman et celle des romans de K. Morton se ressemblent un peu mais j’ai vite compris que ça n’avait rien à voir et qu’on était là dans quelque chose de plus torturé, de plus inquiétant peut-être. Le côté fantastique me fait un peu hésiter mais bon, si on est dans un roman héritier de la mouvance gothique, il faut jouer le jeu et l’accepter…tout ce que tu en dis me donne envie en tous cas, ce roman me rend curieuse et j’ai envie de voir ce qui se cache à l’intérieur. 😉
        A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…L’Enigme de la Diane, tome 2, Des Antilles aux Mascareignes ; Nicolas GrondinMy Profile

        • Audrey says:

          Je ne sais pas si tu aimerais mais en tous cas, il est suffisamment court pour ne pas ennuyer ! Peut être devrais tu attendre la sortie poche ! 🙂

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