Critique La dernière fugitive, de Tracy Chevalier

« Elle était arrivée dans ce pays avec un principe clair, issu d’une vie entière passée à méditer dans l’attente silencieuse: tous les hommes étant égaux aux yeux de Dieu, il était donc anormal que certains soient asservi par d’autres. Tout système d’esclavage devait être aboli. La chose avait parut simple en Angleterre, et pourtant, dans l’Ohio, ce principe se trouvait écorné. Par des arguments économiques, par des situations personnelles, par des préjugés profondément enracinés qu’Honor décelait même chez les quakers…Elle avait beau de s’indigner en repensant au banc des Noirs à la maison quaker de Philadelphie; elle-même ne sentirait-elle totalement à l’aise assise à côté d’un Noir ? Elle les aidait, mais elle ne les connaissait pas en tant que personnes. A part Mme Reed, un peu: les fleurs qu’elle portait sur son chapeau; le ragoût bourré d’oignons et de piments; le patchwork qu’elle avait composé au jugé. Ces petits détails quotidiens, voilà ce qui donnait consistance aux individus ».

Cette critique n’est rien que la 101ème critique de ce blog, dans la catégorie lecture (j’en ai plus de 500 côté films). Pas mal de chemin parcouru depuis l’ouverture de ce blog ! Et pas mal de fierté de continuer à tenir, mois après mois, même si c’est pratiquement dans l’indifférence générale.

Je suis fan de Tracy Chevalier depuis un petit moment, même si je l’ai découverte sur le tard. Le jour où j’ai posé les yeux sur La jeune fille à la perle (après avoir adoré le film), j’ai eu une révélation : Tracy Chevalier est une déesse du roman historique. Je ne suis tombée amoureuse de son style et j’ai été fasciné par les très beaux portraits féminins qu’elle partage avec nous. L’innocence et Le récital des anges sont certainement mes préférés mais j’avais beaucoup aimé ma dernière découverte, Prodigieuses créatures. Bref, tout ça pour dire que j’étais bien contente de lire son dernier bouquin, soit La dernière fugitive.

L’histoire ? La voici : 1850. Souffrant d’une peine de cœur et d’un besoin de changement, Honor Bright décide d’accompagner sa sœur, Grace, dans son voyage pour l’Ohio. Quitter leur Angleterre natale et la communauté quaker à laquelle elles appartiennent est une grande aventure pour les deux femmes. A peine arrivée sur le sol américain, Grace meurt de la fièvre jaune. C’est donc seule, et légèrement déboussolée, que Honor va finir le voyage. Elle ignore ce qui l’attend sur place et surtout, quelle sera la réaction d’Adam Cox, le fiancé de sa sœur qui va se retrouver sans femme…mais avec une « presque belle sœur » sur les bras. Honor va devoir se faire à sa nouvelle vie américaine. Une vie tumultueuse où elle va rencontrer bien des esclaves en fuite.

La dernière fugitive est une œuvre très riche qui nous permet de croiser le destin de personnages hauts en couleurs comme Belle, chez qui Honor retrouve refuge deux fois, Donovan, le chasseur d’esclaves aussi sexy que détestable, Mme Reed, une ancienne esclave en fuite, Jack, le fermier et mari d’Honor… Et j’en passe. Fait à la troisième personne, le récit est ponctué par les relations épistolaires que Honor conserve avec sa famille et sa meilleure amie (ces lettres interviennent toujours en fin de chapitre).

Comme vous pouvez le deviner, les thèmes sont nombreux. Tracy Chevalier évoque bien entendu tout ce qui touche à la vie dans ce pays si neuf qu’étaient encore les Etats-Unis. Un sujet que j’aime généralement beaucoup et qui parle à mon imagination. L’essor industriel (avec l’arrivée du chemin de fer), les terres sauvages et inhabitées, le mouvement des populations toujours prêtes à aller toujours plus à l’Ouest…nous permettent de comprendre à quel point une petite anglaise peut se sentir déracinée. Bien sûr, le thème de l’esclavage, de l’abolitionnisme sont au cœur du livre. Le sentiment que l’esclavage est une abomination monte en puissance tout en étant nuancé par les questions économiques d’un pays encore fragile. Au fil de ma lecture, j’ai également beaucoup appris sur la communauté quaker (la société religieuse des Amis). Leurs interdits, leur mode de vie…tout, ou presque, a été nouveau pour moi.

Néanmoins, je n’ai pas été conquise à 200% par La dernière fugitive, une œuvre que j’ai finalement trouvée trop scolaire. Trop parfaite. Trop lisse ? Peut-être ! Et puis Tracy Chevalier esquisse une romance qui aurait donné du relief à l’histoire mais qui finalement n’arrive jamais. J’ai été vraiment cruellement déçue, à tel point que les dernières pages m’ont plongées dans une sorte de tristesse et une contrariété extrême (sincère, bien que ridicule). J’étais à deux doigts de faire un caprice et de me rouler par terre. Ceux qui lisent beaucoup me comprendront peut-être : on imagine parfois des dénouements dont les auteurs nous privent. Et c’est dur.

En somme, La dernière fugitive a été une lecture agréable mais ce n’est pas le meilleur Tracy Chevalier à mes yeux. Il lui manque ce petit truc qui fait la différence entre un livre génial et un livre sympa. Je le conseille quand même très chaleureusement.

3 comments

  1. Lujena says:

    Heyyyyy moi je te lis à chaque fois! 😛
    Non tu ne le fais pas dans l’indifférence générale! ^^
    Merci pour cette critique! J’ai lâché un peu Tracy Chevalier alors que j’avais adoré ses 3 premiers (dont « La jeune fille à la perle »)… Tu me donnes envie de m’y replonger 🙂

    • Audrey says:

      C’est bien pour ça que j’ai mis « pratiquement » dans l’indifférence générale ! 😀 Je sais que j’ai 4 ou 5 lectrices fidèles, dont toi et je t’en remercie d’ailleurs (et les autres aussi) !! Un commentaire par ci, par là et je suis heureuse !

      Concernant Tracy, celui que j’ai le moins aimé c’est finalement le tout premier, La vierge en bleu. Je le trouve plus laborieux (bien qu’intéressant).

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