Critique Demande à la poussière, de John Fante

« Je suis sorti faire un tour en ville. Bon Dieu, voilà que je remettais ça, traîner la savate dans les rues. Je regardais les gueules autour de moi, et je savais que la mienne était pareille. Des tronches vidées de leur sang, des mines pincées, soucieuses, paumées. Des tronches comme des fleurs arrachées de leurs racines et fourrées dans un joli vase ; les couleurs ne duraient pas bien longtemps. Fallait vraiment que je quitte cette ville ».

J’aurais très bien pu faire de Demande à la poussière, mon « classique du mois ». Après tout, John Fante est considéré comme l’un des précurseurs de la fameuse Beat Generation et ce roman a été publié en 1939, ce qui en fait, à mon avis, un livre important pour ma culture littéraire.

J’ai acheté ce roman à cause de son très beau titre et ce, sans me rendre compte qu’il y a quelques années, on m’avait offert un bouquin du même auteur : Mon chien stupide (François s’en souviendra peut-être). Autre référence avant de me lancer dans ma lecture : en 2006, un film avec Salma Hayek et Colin Farrell. Un film qui reprend l’histoire d’Arturo et de Camilla et qui ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Comme quoi.

Demande à la poussière, ça parle de quoi ? Et bien d’un écrivain sans le sou : Arturo Bandini. Vivant dans un hôtel à Los Angeles, il traine en ville entre deux séances d’écriture sur sa machine à écrire. Dès qu’il vend une nouvelle et touche un peu d’argent, il a tendance à se croire riche et à claquer sa thune à tous les vents. Le jour où sa route croise celle de Camilla, une serveuse mexicaine, son esprit s’emballe car elle est aussi belle que fougueuse. Le jeu du chat et de la souris commence.

Demande à la poussière n’est pas une histoire d’amour. Camille introduit le thème d’une possible relation amoureuse mais il y a vraiment beaucoup de thèmes dans ce roman semi-autobiographique qui nous raconte l’histoire un peu chaotique d’un laissé pour compte.

Il y a déjà le thème de l’identité, celle que l’on a, celle qu’on voudrait acquérir. Arturo vient d’une famille d’origine italienne, une famille très catholique, et s’il est venu tenter sa chance à Los Angeles, c’est pour se fondre dans la masse et devenir un américain comme les autres. Seulement, son double héritage semble le suivre partout. Le problème est le même avec Camilla : Arturo n’aime pas trop les mexicains, il préférerait être en couple avec une vraie américaine, mais Camilla hante malgré tout ses pensées.

Mais il y a également le thème de la misère qui va de pair avec celui de la faim et finalement, avec celui de l’écrivain. Celui de l’artiste maudit. Le mec doué mais qui crève la dalle au fond de sa chambre pourrie, vous voyez le genre ? Tout au long du livre, notre héros passe sans cesse d’un état à un autre. Riche de ses 100 dollars puis condamné à manger uniquement les oranges qu’il stocke sous son lit. Dès le départ, sa quête de reconnaissance m’a parue vaine, ce qui a ajouté du tragique à l’histoire.

Bien entendu, impossible de clore cet article sur Demande à la poussière sans évoquer le style totalement dingue de l’auteur. Il nous livre ici une prose hyper tonique, alerte, pressée, à la fois très lyrique et sans chichis. Dès la première page, impossible de résister : on plonge à pieds joints dans l’univers d’Arturo, dans ce Los Angeles de la Grande Dépression. Je l’avoue bien humblement, quitte à passer pour une folle mais j’ai parfois éprouve l’envie de lire de longs passages à haute voix car j’avais besoin d’entendre l’enchainement de ces mots qui sonnent si bien entre eux.

Comment rester insensible à l’histoire de ce petit rital de 20 ans, paumé loin de chez lui et qui se laisse bouffer par ses rêves de succès ? C’est beau, cruel, amer et ça vous emmène toujours là où vous ne pensiez pas aller. Pas un roman culte pour moi malgré tout, mais une lecture très intéressante.

One comment

  1. Clownface says:

    Heureux que tu poursuives la lecture des auteurs dont je t’ai offert un ouvrage ! 🙂
    J’aime beaucoup son style, ses intrigues sont un peu trop nombrilistes pour me captiver mais il arrive quand même à me captiver, et ça ne m’arrive pas souvent d’être captivé uniquement par un style !

Laisser un commentaire

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.