Critique La dame du manoir de Wildfell Hall, Anne Brontë [Déstockage de PAL en duo]

Vous savez combien j’aime les sœurs Brontë. Pourtant, je n’envisage jamais la lecture de leurs romans à la légère car ce sont généralement des pavés et les éditions poche, avec leur épaisseur des plus dodues et leurs tous petits caractères donnent parfois l’impression qu’on s’attaque à un livre-sans-fin sur lequel on va s’user les yeux.

Pourtant, ce n’est pas du tout l’impression que m’a donné La dame du manoir de Wildfell Hall, bien au contraire !

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Résumé

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

Mon avis

Je connaissais déjà l’histoire de ce livre pour avoir déjà vu l’adaptation BBC (en je ne sais plus combien d’épisodes, peut-être 4 ? Bref !). Je ne peux donc pas dire que cette lecture a été source d’étonnements et de surprises par milliers. J’ai par contre été agréablement mise en condition par l’organisation d’un récit que j’ai trouvé très agréable à suivre.

Il est en effet assez intéressant de plonger dans le quotidien et de suivre le point de vue de Gilbert Markham, jeune propriétaire terrien qui vit avec ses parents et sa sœur et qui ne pourra rester indifférent à l’arrivée de cette si mystérieuse et si complexe Mrs. Graham. Qui est donc cette femme austère, qui vit seule avec son jeune fils dans un manoir à moitié délabré et qui n’a que son don pour la peinture comme moyen de subsistance ?

Puis, par un moyen ou par un autre (à vous de le découvrir en lisant le livre), les lecteurs peuvent prendre connaissance du très long journal intime de Mrs. Graham, Helen pour les intimes, qui permet de remonter le temps jusqu’avant le mariage de cette dernière en passant par toutes les étapes et toutes les épreuves par delà lesquelles elle a dû passer pour espérer vivre en paix et surtout, pour offrir une vie décente à son petit Arthur.

Car, derrière le mystère de cette « locataire » ou « recluse » de de Wildfell Hall, selon les autres versions du titre, se cache en réalité une toute autre histoire.

En effet, ce roman d’Anne Brontë ne parle pas seulement du coup de cœur d’un jeune gentlemen pour une femme qui tient à le tenir à distance, non, il parle du mariage et plus particulièrement, d’un mauvais mariage, tel que bien des femmes ont pu en faire à l’époque victorienne. Ou comment des femmes pleines de bons sentiments, fortes d’une éducation solide et, il faut bien le dire, de pas mal d’illusions, sont devenues la proie de maris volages, pervers, alcooliques.

Pour dire les choses comme elles sont, dans ce roman, le mari d’Helen fait tout pour lui faire péter un câble. Rien de moins !

Elle aura le droit à tout : au séducteur-enjoleur, au menteur, à l’égoïste, au vicieux, à l’indifférent, au vrai salaud (notamment quand il propose à ses amis de disposer d’elle comme ils l’entendent, si du moins, l’un d’eux est intéressé…). Bref, que du bonheur !

Je vais néanmoins vous avouer une chose : si j’ai craqué sur le personnage de Gilbert, dont l’ardeur des sentiments et le côté chien fou m’ont fait sourire, j’ai eu un peu de mal avec le personnage d’Helen que j’ai trouvé un peu trop vertueuse. Il lui en faut, du temps, pour réaliser la profondeur du puits dans lequel elle s’est jetée elle même et même si je conçois que cela vient forcément de l’éducation de l’époque (où on te conseillait de tout accepter de ton mari, car il avait tous les droits), j’ai souvent eu envie de la secouer.

Elle n’en incarne pas moins un personnage féminin hyper fort ! Helen n’est, ni plus, ni moins, qu’une pionnière à une époque où les droits des femmes n’étaient absolument pas reconnus. Sa détermination et son courage en font une merveilleuse héroïne… Bien qu’à mes yeux, elle ne soit pourtant pas attachante pour un sou.

En bref,

Anne Brontë signe ici le roman très fort sur la condition des femmes à l’époque victorienne. Vous savez que j’avais beaucoup aimé Agnès Grey mais il faut bien l’avouer, La dame du manoir de Wildfell Hall est vraiment un cran au dessus en matière d’intrigue et de fond. C’est un roman profondément féministe et dont le propos, qui ne choque plus personne à présent, a dû paraître bien audacieux à l’époque de sa sortie !  En terminant ce second et dernier roman de l’auteur, je suis terriblement triste à l’idée de tous ces magnifiques livres qui auraient pu suivre si Anne Bronte ne s’était pas éteinte à l’âge de 29 ans… 🙁

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16 comments

    • Audrey says:

      Merci ! 😀
      Charlotte en a écrit quelques uns, on va dire que ça va… Mais Anne et Emily, c’est vraiment du gâchis !
      Un excellent roman en effet, qui passe tout seul malgré sa longueur, très agréable à lire !

  1. sanasan says:

    Je suis d’accord !! Très belle chronique !! Pour te dire, malgré mon aversion pour le personnage d’Hélène dans l’adaptation BBC tu m’as donné envie de le lire 🙂 (tu sais le pilier de bar 😉 )…
    Et ce qui est drôle c’est que j’ai rôdé durant 15 bonnes minutes hier au rayon des soeurs brontë à la Fnac après avoir vu passer ce roman sur ta page ! Voilà, je le prendrai la semaine prochaine
    sanasan Articles récents…Les demoiselles d’Arisaig… la genêseMy Profile

    • Audrey says:

      Merci <3
      J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi ! 🙂
      Difficile en effet de se détacher de l'actrice quand on découvre le personnage d'Helen mais bon, le roman est long, ce qui donne le temps d'oublier au profit de sa propre représentation du personnage. Mais bon, comme je l'ai dit, j'ai trouvé Helen intéressante mais peu sympathique car trop austère.

  2. zofia says:

    A priori je n’étais pas tentée par ce titre mais par cette belle chronique tu as réussi à éveiller tout mon intérêt ! 😉

    Mais il est clair que les sœurs Brontë avaient vraiment un énorme potentiel ! rien qu’à voir comment elles sont appréciées encore aujourd’hui avec seulement peu de livres écrits…
    zofia Articles récents…Bondrée d’Andrée A. MichaudMy Profile

  3. lacavernedhaifa says:

    Voici un roman qui pourrait énormément me plaire ! J’aime beaucoup l’époque victorienne et les romans qui parlent de la condition des femmes de cette époque ! Je pense que je serais outrée (comme je l’ai été en lisant ton article) lorsque son mari dit à ses amis de disposer de sa femme comme bon leur semble ! C’est affreux !
    lacavernedhaifa Articles récents…Cat Street, tome 1 et 2 de Yoko KamioMy Profile

    • Audrey says:

      Oui en gros, il leur dit de se servir s’ils sont tentés ! Mais ce n’est qu’un « détail » dans une longue suite d’affronts !

  4. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Je suis ravie de retrouver ce roman sur ton blog, parce que je l’ai beaucoup aimé. Il y’a un moment que je l’ai lu maintenant, environ trois ans, mais il m’avait fait forte impression. 😉 J’avais beaucoup aimé la trame et les personnages mais je comprends que tu n’aies pas réussi à t’attacher beaucoup à Helen…ce que j’ai aimé en elle, c’est sa profonde modernité… c’est une femme en avance sur son temps, je trouve, qui s’assume, en dépit du qu’en dira-t-on. Cela reflète aussi la modernité et l’ouverture des soeurs Brontë à une époque où on n’était pas tendre pour les femmes. Et je l’ai aimée aussi (pas tout de suite, c’est vrai ^^ ) parce que son mari, un vrai pervers manipulateur, lui fait subir, est juste affreux. :/ Un vrai malaise se crée je trouve, dès qu’il apparaît.
    En tous cas, La Dame du Manoir de Wildfell Hall est un vraiment un bon classique, qui mérite d’être connu et lu.
    A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…L’Enigme de la Diane, tome 2, Des Antilles aux Mascareignes ; Nicolas GrondinMy Profile

    • Audrey says:

      Ravie de voir une autre fan du roman 🙂
      Moi ce que je trouve épatant dans ce roman, c’est l’évolution du personnage d’Helen que l’on découvre fuyante et austère par les yeux de Gilbert puis qu’on retrouve jeune femme via son journal intime, avant son mariage et pleine d’illusions… Puis au fur et à mesure que les années passent et qu’elle parle de son quotidien, on remarque que ses idées évoluent, que ses réactions changent et l’espoir laisse peu à peu place à la lassitude, le désespoir puis la rébellion ! 🙂 En embarquant son fils et en quittant son mari, Helen choisit une existence illégale ! Donc oui, on peut dire qu’elle a une certaine force de caractère ! Bien sûr, je n’ai pas pu en parler dans ma critique sous peine d’écrire un pavé mais il y a d’autres couples intéressants dans l’œuvre et des personnages féminins aussi beaucoup plus effacés qu’Helen. C’est d’ailleurs ce que lui reproche son mari : de n’être pas assez douce ! Comme si c’était elle qui avait commencé… ^^

      • A-Little-Bit-Dramatic says:

        Ah oui, je suis totalement d’accord avec toi, d’ailleurs au départ, je ne savais pas trop quoi penser d’Helen, elle me paraissait un peu étrange, très mystérieuse…je pense cela dit que c’est voulu, on voit d’autant plus son évolution par la suite. 🙂 Franchement, La Dame du Manoir de Wildfell Hall m’a énormément surprise : c’est un roman d’une étonnante maturité, pas si simple que ça, même si l’histoire peut paraître un peu lambda au départ. Il est très abouti.
        Je crois effectivement que je suis une fan ! 🙂 Et maintenant, j’ai envie de le relire ! ! 😀
        A-Little-Bit-Dramatic Articles récents…L’Enigme de la Diane, tome 2, Des Antilles aux Mascareignes ; Nicolas GrondinMy Profile

        • Audrey says:

          Non c’est clair ! On peut résumer l’histoire en quelques lignes mais le propos est bien plus riche, c’est pour ça qu’une simple critique (surtout que j’essaye de ne jamais faire trop long) ne pourra jamais rendre l’exacte densité de l’oeuvre ! 🙂

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