Critique La cuisinière, Mary Beth Keane [destockage de PAL en duo]

Paru aux éditions Presses de la cité puis chez 10/18, La Cuisinière est une histoire écrite par Mary Beth Keane, une auteure américaine. Il s’agit de son second roman.

L’histoire retrace le parcours de Mary Mallon, autrement nommée « Mary Typhoïde », soit la première américaine à avoir été reconnue comme porteur sain de la fièvre typhoïde. On considère qu’elle est à l’origine de près de 51 cas de fièvre. Elle ne fut pas la seule à obtenir ce triste statut mais la seule à subir un isolement forcé de par son métier, une rupture avec le reste du monde, ce qu’elle vécut évidemment très mal.

De quoi ça parle ? (résumé éditeur)

Immigrée irlandaise courageuse et obstinée arrivée seule à New York à la fin du XIXe siècle, Mary Mallon travaille comme lingère avant de se découvrir un talent caché pour la cuisine. Malheureusement, dans toutes les maisons bourgeoises où elle est employée, les gens contractent la typhoïde, et certains en meurent. Mary, de son côté, ne présente aucun symptôme de la maladie. Au contraire, sa robustesse est presque indécente. Des médecins finissent par s’intéresser à son cas, mais la cuisinière déteste qu’on l’observe comme une bête curieuse et refuse de coopérer. Pourquoi la traite-t-on comme une malade alors qu’elle est en parfaite santé ? Les autorités sanitaires, qui la considèrent comme dangereuse décident de l’envoyer en quarantaine sur une île au large de Manhattan. Commence alors pour Mary Mallon, femme indépendante, un combat à armes inégales pour sa liberté…

Mon avis

J’ai lu ce roman dans le cadre du destockage en duo que je fais avec Zofia. Je l’ai commencé dans de biens mauvaises conditions car venant tout juste de rater mon train, j’étais contrainte d’attendre 1h avant le suivant. Je suis donc allée m’acheter un paquet de bonbons et puis je me suis posée sur un siège en plastique avec ce livre car… j’ai toujours un bouquin dans mon sac. Comme tout le monde, non ? 😉

Autant vous dire, je ne connaissais pas l’histoire de Mary. Ce fut donc une découverte à 100 %.

J’ai bien aimé le début de ma lecture car, dès les premières pages, on saisit l’ampleur du problème et on comprend bien à quel point notre héroïne a été un cas à part pour les scientifiques de l’époque. Pour tout vous dire, et même si cela parait paradoxal venant d’une fille qui s’est procuré ce livre, je n’ai aucun attrait pour tout ce qui porte aux sciences et aux maladies. Non, si j’avais envie de lire ce roman, c’était avant tout pour son contexte historique et surtout pour sa dimension intime. Car même si le personnage est forcément romancé, j’avais envie de découvrir cette fameuse Mary et la manière dont elle a vécu ce drame de l’intérieur.

L’auteure nous brosse le portrait d’une femme de poigne. D’une jeune fille qui, débarquée d’Irlande dans le sou, avec juste l’adresse d’une grande tante en poche, va réussir à travailler pour les familles aisées de New York en tant que cuisinière. Son métier, sa passion, elle en est fière mais n’en reste pas moins marquée par les injustices sociales qui ont jalonné sa vie. Vivant en concubinage depuis des années avec Alfred, alors qu’il serait de bon ton qu’ils se marient, elle souffre de se sentir inférieure aux femmes qui l’emploient, un sentiment qui ne la quittera pas et qui la poussera à considérer tout ce qui suivra (son enfermement, les tests auxquels on la soumet, le manque de compassion manifeste des experts qui semblent nier tous ses droits) comme une conséquence directe de son mode de vie un peu déviant (par rapport aux mœurs de l’époque). Comme si on voulait la punir.

En colère comme une bête traquée, Mary ne comprend pas ce qui lui arrive, ne cherche pas à comprendre et n’a surtout aucune envie de se plier aux règles qu’on essaie de lui imposer. Ainsi, si la première partie du roman est dédiée à son enfermement, la seconde évoque son retour à une vie presque normale. Ou comment être accusée de tuer des gens et… s’en foutre complètement ? Il serait trop simple de résumer les choses ainsi, sans les remettre en contexte. Bien souvent, Mary apparait comme une femme presque égoïste mais elle aussi la volonté de se battre, de s’en sortir par elle même et surtout, de gagner sa vie. Certes, elle manque de jugeote mais il est difficile de lui en vouloir car elle vivait à une époque où l’idée de « porteur sain » de la maladie était un concept complètement abstrait (surtout lorsque l’on avait reçu peu d’instruction comme Mary).

Il n’empêche que, sans le vouloir, je me suis peu à peu détachée d’elle et de ses manigances pour survivre… Peut être parce qu’à partir d’un moment, j’avais l’impression que tout avait été déjà dit et que l’histoire ne m’apporterait plus rien.

En quelques mots,

La cuisinière est un roman qui oscille entre fiction historique et biographie. Le sujet est intéressant, tout ce qui tourne autour des questions sanitaires et du rapport intérêt public/libertés individuelles m’a captivée, l’écriture est maitrisée et le contexte historique, vraiment bien rendu.

Néanmoins, dans son ensemble, le roman ne m’a pas vraiment passionnée. Je l’ai commencé sur les chapeaux de roue puis mon intérêt est retombé. Peut-être parce qu’à force de vouloir se montrer objective dans ses propos, l’auteure nous livre un récit un peu trop neutre. Dans la seconde partie, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de passages un peu vides, redondants et qui n’apportaient pas énormément de choses. En tous cas, à mon grand regret, pas un instant je ne me suis sentie touchée par Mary et son drôle de destin.

Je sais que ce roman a été adoré par beaucoup de lecteurs mais j’espère que vous saurez respecter mon avis sur la question. Je crois que La cuisinière n’a tout simplement pas été le roman auquel je m’attendais. Son sujet de base est intéressant, peut-être ne pouvait-il d’ailleurs pas être traité autrement, mais j’ai assez vite décroché.

10 comments

    • Audrey says:

      Oh tu pensais à quoi du coup ? :-/
      Je t’avoue que ma lecture m’a à moitié convaincue. Je l’ai trouvé bien écrit ce roman et en même temps, j’ai trouvé qu’il était un peu… terne ? J’aurais aimé qu’il y ait plus d’investissement affectif de l’auteur même si je sais que la relative neutralité du roman est voulue. Cela ne me correspond pas trop mais je comprends qu’on puisse trouver le résultat admirable.

  1. zofia says:

    Quel dommage car je pense que tout ce qu’a pu subir Mary à cause de sa différence, on aurait été très intéressant à développer et à lire, on dirait que ça manque un peu d’engagement de la part de l’auteure.

    p.s : je viens de me relire, ça me paraît clair mais ça ne l’est peut-être pas étant donné que je suis HS aujourd’hui, au fond du lit ou presque, donc désolé si mes phrases n’ont pas autant de sens que je le voudrais ^^
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    • Audrey says:

      Hum c’était tout à fait compréhensible mais je crois que le côté neutre de l’écriture est vraiment voulu. Et ça a ses atouts. C’est juste que ça ne m’a pas aidée à me rapprocher de Mary mais ça vient peut être de moi aussi ^^
      Repose toi bien alors 😉 J’espère que tu n’es pas en train de choper la grippe ou je ne sais quoi.

  2. A-Little-Bit-Dramatic says:

    Il est dans ma PAL depuis février dernier et je compte le lire dans l’hiver. Bon, peut-être ne le ferais-je pas, mais c’est prévu. 😉 Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre et, très futilement, c’est surtout la magnifique couverture qui m’a attirée de prime abord. Ensuite, j’ai trouvé, à la lecture du résumé, que le sujet traité par l’auteure était intéressant… Moi non plus, la médecine n’est pas un sujet qui me passionne mais j’aime bien voir les avancées de la science et les progrès de la médecine…comme pour toi, c’est avant tout le contexte qui m’a plu et le reste, c’est du plus ! 😉 Originalité, histoire vraie…je me dis que ce roman a tout pour me plaire et j’espère que ce sera le cas. 😉
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    • Audrey says:

      J’espère que ça sera le cas alors ! 🙂 le livre a convaincu beaucoup de monde, il n’y a pas de raison que ça ne soit pas ton cas ! J’irai lire ta critique avec attention à ce moment là ! 😉

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