Critique Clandestin à l’hôtel

–          « ça ne se passera pas comme ça, David. On n’est pas dans un film ou un conte de fées. Les choses ne se dérouleront pas comme nous le souhaitons […].

David se dit en lui-même : « nous nous en tirerons très bien ». Il eut envie de se rapprocher de Paul mais s’en abstint. Ils reprirent leur marche. David glissa sa main dans sa poche et ses doigts rencontrèrent le canif. Il songea à Billy puis à sa mère, comme pour se mettre à l’épreuve. Le chagrin était toujours là, le souvenir n’avait pas bougé. Mais il savait que ça ne bougerait pas. David prit conscience qu’il avait peur. »

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un livre junior. D’un livre pour adolescents quoi. Allez savoir pourquoi, je suis tombée dessus en jetant un œil dans ma bibliothèque et j’ai décidé de m’y replonger dedans.

Clandestin à l’hôtel est un livre que j’ai adoré étant ado et que je n’avais pas relu depuis… oh, presque dix ans je pense. C’était un cadeau de mon oncle et de ma tante, je ne sais plus vraiment à quelle occasion. Je devais avoir 12 ou 13 ans. J’avais eu un coup de foudre pour cette histoire, pour son ambiance si particulière.

Relire un livre qu’on a aimé quand on était enfant ou ado, c’est toujours un risque : gâcher le beau souvenir que l’on en a. Par exemple, il y a un autre livre, La grotte aux oubliettes (bibliothèque rose ^^), que je n’arrive pas à ouvrir à nouveau. Je l’ai lu des dizaines de fois quand j’étais ado et j’ai peur que la magie qui entoure cette histoire ne s’efface à cause de mes yeux d’adulte. Alors je résiste et je ne l’ouvre pas.

Dans le cas de Clandestin à l’hôtel, ma relecture n’a entrainé aucun regret. Bien au contraire.

Ce roman raconte l’histoire de David, un garçon de 11 ans. Après la mort de ses parents deux ans auparavant, il a été balancé de famille d’accueil en famille d’accueil. En vain. Hanté par les souvenirs de ses parents et de son frère, mort dans l’accident également, il n’arrive à s’intégrer nulle part. Alors il fugue. Après deux jours d’errance dans les rues de Seattle, il s’introduit dans un hôtel, se faufile et s’endort, le dos collé à un distributeur de boissons. C’est Paul, un portier qui travaille de nuit, qui le trouve. Alors que d’autres auraient appelé la police ou jeté l’ado dans la rue, Paul ouvre une chambre à David pour qu’il reprenne des forces…

A l’époque, ce livre m’a plu pour des raisons qui me touchent toujours aujourd’hui : il est tendre, beau et mélancolique à la fois. Imaginez un hôtel et son personnel de nuit. Les longs couloirs obscurs, l’ambiance calme et sereine des 3 ou 4h du matin, quand tous les clients dorment et au milieu de ça, un gosse perturbé et triste qui se lie d’amitié avec la vieille Elen, la standardiste ou la charmante Mélissa, qui travaille au bar.

Ce qui marque le lecteur, c’est la solitude des personnages. Qu’il s’agisse de Paul, de David, de Clark ou de Rob, ils sont seuls. Ils vivent en décalage, dormant le jour, travaillant la nuit, et évoluent dans un monde parallèle au nôtre. Ils ont tous eu leur lot de problèmes : alcoolisme, mort de proches, rupture avec la famille… Ce sont des gens normaux, pas vraiment épargnés par la vie qui se retrouvent tous et qui forment, l’espace de quelques heures, une sorte de famille où David se verrait bien rester…

Vous l’aurez peut-être compris, Clandestin à l’hôtel parle d’amitié, d’espoir et de deuil avec une sensibilité qui ne peut laisser indifférent. Les personnages sont attachants et quant à l’évolution des sentiments et des relations, tout sonne juste. Vraiment une très jolie lecture pour ceux et celles qui ne se laissent pas rebuter par le logo « Castor poche » ! Du reste, le style de l’auteur, sans être très élaboré pour autant, n’a rien d’enfantin et peut convenir à tous lecteurs.

Laisser un commentaire

CommentLuv badge