Critique Bleu comme l’enfer, de Philippe Djian

Quand ils rentrèrent, le vieux fila jusqu’au frigo, attrapa quatre bières et les posa sur la table.
– Je vous les offre, il dit. Normalement, je fais jamais ça. Ca me casse le cul, les mecs se croient au paradis et ensuite tout mon stock y passe. Mais là, je peux pas faire autrement, je fais ça pour elle, vous êtes tombés au bon moment, une seule nuit dans tout cet enfer, eh les gars, c’est même pas du bol, elle vous a appelés.

 

Bleu comme l’enfer a été ma troisième lecture de vacances. J’ai déjà lu 2 ou 3 livres de cet auteur que j’apprécie tout particulièrement. Je tenais donc à lire ce roman car il s’agit du tout premier de Philippe Djian.

Réunis suite à une sombre histoire, Ned, Henri, Carol et Lili font route ensemble. Ils fuient Franck, un flic hargneux qui les course à travers les paysages arides et désertiques des Etats-Unis. Au détour des routes et des escales, il y aura aussi Lucie, la fiancée d’Henri, une hippie suicidaire et Jimmy, un ami qui a également des emmerdes. Les paysages se succèdent, les kilomètres sont avalés sous une chaleur omniprésente et un ciel bleu comme l’enfer.

Le récit sera découpé en différents chapitres, ces derniers donnant le point de vue de chaque personnage sur l’histoire. Nous passons donc constamment de celui qui poursuit à ceux qui sont poursuivis.

Tout au long de ma lecture, j’ai eu conscience de lire un très bon livre, un livre très construit, très riche, un livre qui créé une vraie atmosphère, un livre plein de caractère. Mais malheureusement, j’ai vraiment été rebuté par le style adopté par Philippe Djian (et que je n’ai d’ailleurs pas retrouvé dans les autres romans que j’ai lu de lui). Et oui, en général j’ai vraiment vraiment vraiment beaucoup de mal avec les romans qui adoptent le style oral et où les pensées des différents personnages sont couchées telles quelles sur le papier. Dans ce roman, il y a certains passages particulièrement durs à lire (du moins pour moi) où tous les marquages disparaissent (pas de tirets, pas beaucoup de ponctuation, des interjections en veux tu, en voilà…) et il est franchement difficile de savoir qui parle en réalité. La lecture devient plus complexe, beaucoup plus fluide… j’ai eu du mal mais je me suis accrochée à cause de l’intrigue.

Parfois, j’ai été également un tout petit peu gênée par le style très cru de l’auteur car tous ses personnages sont des êtres malsains, alcooliques, fumeurs d’herbe et accessoirement obsédés sexuels (pour certains). Bleu comme l’enfer est finalement un livre un peu vulgaire mais on y trouve également quelques scènes particulièrement violentes et dramatiques. Je comprends donc tout à fait qu’il ait été adapté au cinéma car ce roman a un sacré potentiel cinématographique ! C’est aussi à tous ces petits détails qu’on comprend tout le talent de Djian car son évocation des sons, des couleurs, de la température accablante nous plonge dans une ambiance presque palpable. Si on ajoute à ça une écriture très dynamique, on a vraiment l’impression d’être aux côtés de Ned et des autres.

Vous l’aurez compris ou pas, j’ai beaucoup de mal à parler de Bleu comme l’enfer. Je ne regrette absolument pas ma lecture, je regrette juste ce style si particulier qui ne m’a pas aidé à entrer dans l’histoire. L’histoire de cette course poursuite, de cette descente aux enfers n’en est pas moins intéressante. Une expérience à faire. Ou plutôt à lire.

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