Critique Birdman

Sortie : 25 février 2015

Alejandro González Iñárritu, c’est quand même Amours chiennes, 21 grammes et surtout Babel ! Comment ne pas avoir envie de voir son nouveau film ?  Il revient cette année avec Birdman, un film que j’ai trouvé aussi étrange qu’ambitieux. C’est une vraie surprise, un film virtuose qui exigera toute votre concentration, toute votre attention.

L’histoire : Riggan Thomson a connu son heure de gloire au début des années 90. Il incarnait un super héros au cinéma : Birdman. Des années plus tard, il est totalement has been et n’attire plus vraiment les foules. Malgré tout, Riggan essaie de monter une pièce dans un théâtre de Broadway. Il veut renouer avec le succès, montrer qu’il est un vrai acteur. Quelques jours avant la première, Riggan n’est pourtant pas au top de sa forme : son ego, sa famille, son passé sont autant d’épreuves à passer…

Birdman, c’est déjà un casting de premier choix : Edward Norton, Emma Stone, Naomi Watts, Zach Galifianakis, et j’en passe ! C’est également un décor et un lieu que je trouve hautement séduisants : un théâtre de Brodway. Nous l’allons guère le quitter durant les deux heures de film : il arrive à Riggan de sortir dans la rue mais c’est toujours pour faire quelques pas avant de retourner s’engouffrer dans son antre. Impossible pour lui de s’en éloigner ne serait-ce que quelques heures car c’est là que va se jouer son destin dans seulement trois jours.

La réalisation de Birdman est très particulière, très fluide et nous fait sans cesse passer de la scène du théâtre aux coulisses. La caméra d’Alejandro González Iñárritu tourne sans cesse autour de ses acteurs et nous donne l’impression de voir un très très long plan séquence (ce qui est évidemment faux). Le travail sur l’espace, les jeux de miroir, les ellipses temporelles très astucieuses… tous ces éléments donnent énormément de naturel au film. C’est un flux continu de scènes, de dialogues… Voilà pourquoi je disais plus haut que Birdman exige toute votre attention : ça ne s’arrête jamais !! C’est donc un traitement intéressant, bien qu’un peu fatigant à la longue. Notons également que l’ingéniosité du procédé s’atténue légèrement au cours de la dernière partie du film.

Riggan a été l’incarnation même d’un cinéma commercial (un ciné de supers héros) et souhaite revenir avec un projet artistique…tout en espérant toucher le public et retrouver le succès. Riggan VEUT être aimé. L’ego et la vanité sont bel et bien au programme dans Birdman. Iñárritu nous parle des acteurs, de leurs déceptions, du cirque médiatique, d’ambition et de désillusions.

Plus qu’une performance technique et visuelle, Birdman a donc également un fond à défendre. Le réalisateur cherche t il à régler ses comptes ? Son film est en réalité une satire du monde du spectacle (notamment de l’industrie cinématographique et surtout, des célébrités qui la constituent, du rôle des critiques…) mais la société actuelle en prend également pour son grade (on nous parle encore une fois de l’omniprésence des réseaux sociaux. Si tu n’as pas ton twitter ou ton facebook, tu n’existes tout simplement pas).

A tous ces thèmes, s’ajoutent également quelques touches de surnaturel au sujet desquelles j’éprouve quand même de solides réserves… En fait, je n’ai pas trop compris leur intérêt et encore moins leur réelle signification (si elles en ont une, bien entendu). Je pense qu’elles incarnent tout simplement un jeu entre la réalité et l’imagination de Riggan qui se tape des petits délires personnels (mais cette interprétation ne tient pas si on souhaite analyser la toute dernière scène du film). Bon, passons sur ces dernières : leur présence n’est pas non plus dérangeante.

Voilà ! Au lieu d’aller voir des films d’une bêtise absolument affligeante (comme 50 nuances de Grey, un film hautement dangereux pour la bonne santé de votre cerveau), je vous conseille d’aller voir un VRAI film avec un VRAI contenu, une VRAIE réflexion (et de VRAIS ACTEURS) : Birdman ! J’ai été étonnée par ce film fébrile et tendu, et c’est assez rare pour être souligné.

5 comments

  1. Clownface says:

    Je dois avouer que je ne m’attendais à autant de fond sur ce film. Je pensais que c’était juste un film sur la frontière imagination/réalité (certainement parce que la bande-annonce contenait des scènes de « délires »). Apparemment ça va un peu plus loin.
    Par contre, ce que tu dis sur la réa me fais un peu peur mais me rend assez curieux. Cd’après ce que je lis, ça me fais penser au Fils de l’homme d’un autre espagnol (ou mexicain, je ne sais plus) qui m’avait fortement déplu.

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