Critique Augustine

Sortie : le 7 novembre 2012

Nous sommes en 1885. C’est l’hiver à Paris. Augustine a 19 ans et travaille en tant que domestique chez une famille riche. Depuis quelques mois, elle fait des crises régulières qui la mèneront jusque dans les murs de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Elle devient le sujet d’étude favori du professeur Charcot qui étudie l’hystérie, une maladie ô combien mystérieuse.

J’ai voulu regarder ce film pour Soko, l’actrice principale que j’apprécie également en tant que chanteuse. Le sujet de l’hystérie ne me passionne pas plus que ça mais j’avais envie de comparer ce film français avec le film de Cronenberg : A dangerous method qui a le même sujet.

Beaucoup moins bavard, beaucoup plus sombre et beaucoup plus subtil, Augustine a su retenir mon attention jusqu’au bout. Il s’agit d’un premier film, qui plus est, d’un premier film en costumes, mais la réalisatrice s’en tire avec brio, évitant les clichés du genre. Ce film n’est pas très loquace et prend son temps pour nous montrer la vie et le quotidien d’un hôpital où des femmes malades sont à la merci des hommes.

Vincent Lindon, que je n’apprécie pas forcément d’habitude, m’a plu par sa grande sobriété. Il incarne à la perfection cet homme de science poussé par le désir de trouver la vérité, de résoudre cette énigme. Arrogant et sans scrupules, Charcot n’est autre que ce célèbre neurologue français connu pour ses travaux sur l’hypnose et l’hystérie. Pour lui, ses patientes ne sont que des cas parmi d’autres. La médecine de l’époque, gérée par les hommes, est loin d’être tendre et compréhensive.

Dans cette histoire, Charcot est le maître des lieux. Les femmes ? Il les déshabille, les étudie et les rhabille comme des poupées dépourvues de pudeur et de sentiments et passe au cas suivant. Les corps nus sont scrutés par une assemblée de bourgeois satisfaits et un brin émoustillés. Parfois un « elle va pas faire long feu » échappe au célèbre médecine alors que la principale intéressée est encore sous ses yeux… Les choses seront différentes avec Augustine qui deviendra finalement un objet de désir en plus d’être son sujet d’étude préféré. Une tension sexuelle et des rapports de force s’installent rapidement entre ces deux-là. L’intérêt du film repose en grande partie sur cet aspect-là.

Soko s’en tire bien dans son rôle d’hystérique. Enfant fragile et femme forte à la fois, elle nous livre des crises d’hystérie plus vraies que natures mais jamais ridicules. C’est une vraie héroïne qui entame un parcours initiatique jalonné d’épreuves et de découvertes sur elle-même. Elle permet d’évoquer plusieurs thèmes : la relation entre les hommes et les femmes à l’époque mais également la différence de classes étant donné qu’elle n’est qu’une servante parmi tant d’autres.

Augustine est un film réalisé par une femme et cela se sent. Un brin féministe, il nous entraine dans les tréfonds de la médecine de l’époque. Il livre surtout un très beau portrait de femme.

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